Cinéma : Sur le fil du Zénith, un documentaire de Natyvel Pontalier



Natyvel Pontalier, Belge d’origine gabonaise renoue le fil rompu par la colonisation et la christianisation avec ses racines. De Bruxelles à Ebolo le village d’origine de son clan, elle interroge l’histoire de sa famille, des traditions du peuple Fang qui ne sont plus transmise. A travers ce documentaire sensible et éclairant, elle reconstitue la mémoire des territoires et d’une culture traditionnelle invisibilisée. Les premiers questionnements surgissent en 2014 lorsqu’elle s’interroge sur certaines cérémonies traditionnelles qui perdurent dans sa famille malgré l’évangélisation. Elle s’aperçoit que la rupture avec la culture Fang ne remonte qu’à deux générations, celle de sa grand-mère, la dernière à parler encore la langue avec ses petits-enfants. Lorsque cette dernière décède, Natyvel Pontalier entend parler de l’existence de reliques familiales désormais disparues, qui étaient conservées dans le Byeri objet rituel traditionnel, où étaient déposés les ossements des ancêtres afin de pouvoir communiquer avec eux. 






Le peuple Fang dialoguait au quotidien avec les esprits, réincarnés dans la nature ou bien dans de nouvelles personnes. Avant la colonisation, la spiritualité rythmait les existences. La campagne d’acculturation menée par les colonisateurs pour imposer le christianisme, a fait disparaître cet artefact précieux, fondement même des croyances. La perte du Byerie symbolise la perte des traditions. Artefacts sacrés considérés comme de la sorcellerie par les missionnaires chrétiens venus évangéliser les populations, ils ont été détruits, ou bien envoyés en Europe où ils sont désormais admirés dans les musées occidentaux. Objets arrachés à leur histoire, loin de ceux qui les ont créés, de ceux pour lesquels ils avaient un sens, ils font aujourd’hui la une de l’actualité avec la grande question de la restitution des œuvres spoliées.

En racontant sa propre histoire, Natyvel Pontalier part à la recherche de la mémoire culturelle ont les Gabonais ont été privés. L’importance de la voix off, réflexions personnelles, introspections de la voix intérieure ou explications de la conteuse, subjectivité du narrateur, permet de dire la place d’où elle s’exprime. La réalisatrice se met en scène, pour mieux transmettre, donner à voir son expérience personnelle, ses réminiscences de la culture traditionnelle arrachée. Elle emprunte le point de vue personnel pour aborder la Grande Histoire construisant avec sensibilité un univers esthétique, poétique et onirique, qui trouve écho avec ce récit intime.






Natyvel Pontalier a recueilli le témoignage des membres de sa famille, de prêtres catholiques, de Ngangas les guérisseurs. La réalisatrice imagine une forme de narration inédite, pour mieux interroger ce qui constitue l’identité d’une culture. Au gré de ses rencontres, de ses recherches, dans une véritable quête de soi, elle réunit les fragments, les bribes vivaces encore de la culture qui n’a pas été transmise. Elle choisit de ponctuer ce périple d’images rares de cérémonies d’initiation et de rêves spirituels qui révèlent les choses cachées, en sommeil. Dans les rituels Fangs, le rêve est un moyen pour les ancêtres morts d’initier les vivants. Les croyances dématérialisées ont perduré implicitement dans les cérémonies de mariage, celles liées à la mort. Lors d’un décès, la messe est célébrée et la cérémonie Fang du retrait du deuil prend la suite pour annoncer le retour de l’esprit du mort. « Sur le fil du Zénith » interpelle les nouvelles générations afin de reconstruire une identité pour le futur, de se réapproprier l’histoire et la mémoire des peuples.

Sur le fil du Zénith, un documentaire de Natyvel Pontalier
Sortie le 26 octobre 2022