Paris : Le Pilier des Nautes, vestiges du plus ancien monument autochtone parisien identifié - Musée de Cluny - Musée national du Moyen-Âge et Crypte archéologique de l'île de la Cité

 

Remarquable artéfact archéologique, le Pilier des Nautes, plus ancien monument autochtone connu de Paris, date du début du Ier siècle après JC. Les vestiges partiels sont conservés dans le frigidarium des thermes de Cluny, point de départ du parcours chronologique du Musée de Cluny - Musée national du Moyen-Âge. Certains blocs de cet ancien pilier votif sont redécouverts le 16 mars 1711 à l’occasion d’excavations entreprises sous le chœur de la cathédrale Notre Dame. Le creusement d’une crypte, un caveau destiné aux sépultures des archevêques, permet de mettre à jour des éléments du rempart protégeant l’île de la Cité durant la période du Bas-Empire. Au IVème siècle, sous la poussée des raids Vikings, Wisigoths, Huns, Vandales etc, la ville se replie sur cet agglomérat peu urbanisé d’anciens îlots et de terres gagnées sur le fleuve. Lors de la construction des fortifications, puisent dans les anciennes constructions, cultes tombés en désuétudes, reliquats de la civilisation gallo-romaine. Les blocs sculptés prélevés sur des monuments antérieurs sont réemployés, ciselés et assimilés à la maçonnerie de sorte à répondre à leur nouvelle fonction. Dans l’état des connaissances actuelles, il est impossible de déterminer l’emplacement originel du Pilier des Nautes. Selon la théorie d’Anne Lombard-Jourdan, historienne spécialiste de la civilisation gauloise, la colonne aurait peut-être appartenu au sanctuaire gaulois du Lendit à proximité de l’actuelle ville de Saint-Denis. 











Le Pilier des Nautes dont la taille est estimée à cinq mètres de hauteur devait comporter un piédestal et possiblement une statue au sommet. La disposition exacte des blocs demeure néanmoins inconnue en absence d’indices historiques. Dans les profondeurs de Notre-Dame, aux XVIIIème siècle, les fouilles révèlent neuf morceaux en pierre tendre de Saint-Leu enclavés dans le mur d’enceinte gallo-romain. Dégagés, ils forment quatre dés, à l’origine probablement empilés les uns sur les autres et dont les quatre faces s’ornent de bas-reliefs. 

Lors de son édification, cette colonne monumentale a pour vocation de susciter l’émerveillement et de célébrer une forme de syncrétisme culturel. En effet, les bas-reliefs associent le panthéon gréco-romain et les divinités du culte celte. Ce dialogue, hybridation des folklores latin et gaulois, symbolise la Pax Romana vantée par les commanditaires du monument. La prospérité de la corporation des bateliers de Lutèce, les Nautes, dépend de cette longue période de paix, du Ier au IIème siècle après JC, imposée par l'Empire romain aux régions conquises. 

Les armateurs-mariniers du territoire des Parisii possèdent alors une grande partie des anciens quais de débarquement situés sous l’actuel parvis de Notre-Dame. La crypte archéologique de l’île de la Cité propose une mise en ambiance des vestiges avec un module dédié au Pilier des Nautes. 

Au Ier siècle, es professionnels du transport fluvial Parisii acquièrent un grand pouvoir en collaborant avec Rome. Les privilèges accordés s’étendent de primes variées jusqu’aux faveurs personnelles, de l’octroi du droit de cité romain à la dispense de charges municipales. Prérogatives de prestige, les Nautes obtiennent le droit de disposer d’une force armée privée, milice en charge de la protection des barges, de leurs chargements, marchandises venues de tout l’Empire.











Le bloc de la dédicace à Jupiter, dieu majeur du panthéon gréco-romain, et à l’empereur Tibère dont le règne s’étend de 14 à 37 après JC, date précisément le monument et désigne clairement les commanditaires : « À Tibère César Auguste, à Jupiter, très grand, très bon, les Nautes du territoire des Parisii, aux frais de leur caisse commune ont érigé le monument ». Les inscriptions en latin et en langue gauloise restituée en alphabet latin sont à l’origine rehaussées d’ocre rouge. 

Seul le bloc de Jupiter est complet. Les bas-reliefs des dé d’Esus et de la pierre aux huit divinités ont été partiellement effacés lors de leur réemploi. L’un des blocs présente une procession de personnages en armes, probablement les Nautes eux-mêmes dont la puissance est symbolisée par leurs armures, leurs armes, leurs boucliers. Divinités celtes et latines sont identifiées par leurs attributs. Le panthéon gréco-romain - Jupiter, Mars, Vulcain, Mercure, Fortuna, Vénus, les Dioscures Castor et Pollux - est associé aux dieux gaulois - Esus, Smertrios, Tarvos trigaramus, Cernunnos. 

Le Pilier des Nautes constitue l’un des très rares témoignages de la mythologie gauloise. En effet, les Celtes interdisaient la représentation des divinités afin de préserver les secrets du culte. Seuls les druides pouvaient transmettre le message divin, jouant une position d’intermédiaires entre les dieux et les hommes. L’édification du Pilier des Nautes, la représentation inédites de dieux gaulois à figure humaine, est contemporaine de l’interdiction des assemblées de druides par le pouvoir romain. L’interprétation actuelle tend vers l’idée d’une assimilation des folklores, d’un syncrétisme imposé grâce à la coopération des élites tels que les Nautes. 

Le Pilier des Nautes 

Musée de Cluny - musée national du Moyen-Âge
28 rue du Sommerard - Paris 5
Tél : 01 53 73 78 00
Horaires : Du mardi au dimanche de 9h30 à 18h15 - Fermé le lundi

Crypte archéologique de l'île de la Cité
7 place Jean Paul II - Paris 4
Horaires : Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h - Fermé le lundi et certains jours fériés