Expo Ailleurs : Les Manuscrits de Tagdemt, trésors du Cabinet des livres - Musée Condé - Château de Chantilly - Jusqu'au 30 mai 2022

 

A l’occasion du bicentenaire de la naissance du duc d’Aumale, Henri d’Orléans (1822-1897), cinquième fils de Louis-Philippe, le musée Condé rend hommage au dernier propriétaire du château de Chantilly. L’exposition  « Manuscrits de Tagdemt, trésors du Cabinet des livres » revisite un pan méconnu des collections cantiliennes. Trente-huit manuscrits orientaux réunis par le duc d'Aumale, exemples remarquables de la calligraphie maghribi, illustrent la diversité, la richesse patrimoniale de la culture arabo-musulmane au XIXème siècle. En Europe, l’imprimerie se diffuse rapidement dès son invention en 1450 tandis qu’à travers l’Empire ottoman se perpétue la tradition des manuscrits calligraphiés jusqu’au milieu du XIXème siècle. Lors de ses années algériennes, en pleine campagne de colonisation, le duc d’Aumale entre en possession d’une partie de la bibliothèque de l’émir Abd el-Kader (1808-1883), chef militaire, homme d’état, philosophe. Cette prise de guerre remarquable rassemble une série de livres et de manuscrits datés du XVIème au XIXème siècle. L’étude des fonds de Chantilly relancée en 2020 par l’Institut de recherche et d’histoires des textes du CNRS et la Bibliothèque Universitaire des langues et civilisation (BULAC), a permis de redécouvrir l’opulence des livres de l’émir ainsi que de nombreux textes dont l’existence avait été oubliée. Ces manuscrits témoignent de l’histoire précoloniale de l’Algérie. La profusion d’écrits pragmatiques évoque puissamment le quotidien de la Smalah, la capitale nomade d’Abd el-Kader. Les oeuvres lacunaires rendent compte de leurs itinéraires mouvementés, parcours intimement liés à l’histoire de la colonisation. L’année 2022 marque le soixantième anniversaire des accords d’Evian et de l’indépendance de l’Algérie. La commissaire Marie-Pierre Dion, conservateur général des bibliothèques du musée Condé, a conçu l’exposition avec le concours de Zouhour Chaabane responsable du catalogage et de la valorisation des manuscrits arabes de la BULAC, Muriel Roiland ingénieure en analyse des ressources anciennes, section arabe de l’IRHT (CNRS), Ismail Warscheid chercheur à l’IRHT (CNRS) professeur d’études islamiques à l’université de Beyrouth.











Les trésors bibliophiliques du duc d’Aumale présentés au sein du Cabinet des livres, offrent un échantillon très parlant des livres en circulation au XIXème siècle au Moyen-Orient et au Maghreb. Le plus long court sur quatre-cents feuillets, le plus ramassé dépasse à peine une demie page. La grande diversité de nature, de calligraphie en a rendu l’étude, l’analyse, la redécouverte nécessaires. Les manuscrits religieux, Corans et commentaires, dominent la sélection. Titres de noblesse, textes littéraires contes et poèmes, manuels d’astronomie, d’astrologie, de grammaire, de calcul, de versification, côtoient traités de droit, actes de propriété et tout un ensemble de documents de la vie quotidienne, tels que des livres de compte ou des autorisations professionnelles.

Le chef de guerre Abd el-Kader, à l’origine de cette collection, conçoit le projet de grande bibliothèque à Tagdemt capitale éphémère après Mascara, de l’Etat fondé en 1836 par l’émir. La ville est prise au cours de la campagne de 1841 menée par le général Bugeaud, alors gouverneur général de l’Algérie. Avant de quitter la cité, les habitants l’incendient. Les troupes françaises en détruisent les vestiges. Mais Abd el-Kader sauve un vaste ensemble de livres, manuscrits et documents. Le 16 mai 1843, le duc d’Aumale dont la carrière militaire prend son essor en Algérie, attaque la capitale nomade d’Abd el-Kader. En l’absence de l’émir et de sa cavalerie, la Smalah tombe rapidement. Les forces françaises composées en grande partie des mercenaires qui se rémunèrent par le pillage procèdent à une mise à sac systématique. Cet épisode de la colonisation algérienne précipite la chute de l’émir et sa reddition.

Selon les estimations, entre sept-cents et cinq-mille ouvrages auraient détruits, pillés, dispersés au cours de la prise de la Smalah. Les lieutenants du duc d’Aumale connaissant son goût pour les livres réunissent certains manuscrits afin de lui offrir. Ces précieux éléments viennent compléter un ensemble d’ouvrages diversement acquis, achat, tractations, dons plus ou moins volontaires, spoliations. Ce corpus particulier est conservé à Taguin, tandis que le duc d’Aumale devient gouverneur général de l’Algérie en 1847.











Contraint à l’exil lors de la révolution de 1848, Henri d’Orléans s’installe en Angleterre. Fin 1871, les lois d’exil de Napoléon III sont rapportées. A l’occasion du retour en France du duc d’Aumale, les manuscrits de Tagdemt rejoignent le fonds du musée Condé qu’il créée à Chantilly. Cet ensemble précieux fait l’objet de restaurations minutieuses et d’analyses scientifiques menées par Octave Houdas, spécialiste des manuscrits arabes d’écriture maghribi.

L’exposition qui se tient au sein du Cabinet des livres, éclaire la personnalité de deux hommes férus de culture, le duc d’Aumale, sa passion pour l’orientalisme et les civilisations du bassin méditerranéen, et l’émir Abd el-Kader, fin lettré, symbole de résistance et de dialogue. En sous-texte, l’évènement ouvre des pistes de réflexion sur la complexité des rapports entre le Maghreb et et l’Occident. 

Manuscrits de Tagdemt, trésors du Cabinet des livres
Jusqu’au 30 mai 2022


Cabinet des livres du Musée Condé
Château de Chantilly

7 rue Connétable Château - 60500 Chantilly
Tél. : 03 44 27 31 80