Cinéma VOD : Jeune femme, de Léonor Serraille - Avec Laetitia Dosch - Disponible sur Arte Cinéma jusqu'au 30 juin 2020


Paula a passé dix ans au Mexique avec son compagnon, Joachim, célèbre photographe qui a été son professeur. Réduite au seul statut de muse par un artiste égocentrique et dominateur, Paula est restée une éternelle adolescente, inadaptée à la vie réelle. De retour en France, à Paris, il la quitte et la met à la porte. Paula se retrouve à la rue, sans argent. Elle embarque le chat de Joachim. Débute pour elle une errance à travers la ville. Elle est brutalement confrontée au déclassement. Contrainte à la débrouille, paumée, elle ne s’apitoie jamais sur son sort. Du canapé d’un couple d’amis à un hôtel miteux, de la chambre de bonne allouée par cette mère célibataire qui l’engage comme garde d’enfant au triste centre commercial où elle trouve un poste en intérim de vendeuse en lingerie, Paula se réapproprie son existence. Sur les chemins de l’émancipation, elle envisage à nouveau un avenir.   







La réalisatrice Léonor Serraille, ancienne de la Fémis, signe un premier long-métrage remarqué, film humain et sensible récompensé par la Caméra d’or à Cannes en 2017. Avec un véritable talent de portraitiste, elle brosse un personnage d’anti-héroïne moderne, imprévisible, aussi singulière qu’excentrique et dont le caractère virevoltant, vibrant, infuse l’oeuvre. 

« Jeune femme » est porté par sa comédienne principale, Laetitia Dosch, lumineuse, qui parvient à trouver le juste équilibre dans son interprétation entre l’expressivité des fêlures, les extravagances, la fragilité. Si l’immaturité excessive de ce personnage de trentenaire à la dérive agace au premier abord, sa fragilité et son isolement, émeuvent d’autant plus qu’elle ne cède jamais à l’auto-apitoiement. Maltraitée par la vie, ballottée d’un refuge à l’autre, cherchant le réconfort dans des rencontres au hasard, Paula fait face à un monde qui s’écroule brutalement, elle-même constamment au bord de la rupture. Avec un naturel délicieux et une spontanéité apparente, Laetitia Dosch prend des risques en permanence, joue avec le ridicule, le grotesque, pour en filigrane incarner plus intensément la colère, la détresse. Le nouveau départ de cette jeune femme attachante 




Léonor Serraille filme la débrouille, la dérive sociale, sans jamais sombrer dans le misérabilisme. Elle ne fait pas pour autant l’impasse sur l’âpreté de la situation, la solitude, le désœuvrement, la faim. Elle laisse souvent le réalisme basculer vers le burlesque dans une ode à l’art de rebondir.  En creux, la réalisatrice peint un tableau de la ville contemporaine. Les paysages lugubres de la modernité, comme le centre commercial, les beaux quartiers et les hôtels borgnes, sont les décors du lien social disparu, du manque de communication. Les visages anonymes se multiplient. Les vies modestes passent sans bruit. 

Par ses qualités d’écriture, le film trouve un équilibre entre noirceur et empathie, tendresse et lucidité. Le regard sans concession, parfois cruel porté sur Paula souligne ses paradoxes, sa force et sa vulnérabilité. Oeuvre joyeuse, optimiste, « Jeune femme » parvient à être à la fois très personnel et profondément universel. 

Jeune femme, de Léonor Serraille
Avec Laetitia Dosch, Grégoire Monsaingeon, Souleymane Seye Ndiaye, Léonie Simaga, Nathalie Richard
Sortie le 1er novembre 2017
Disponible sur Arte Cinéma jusqu’au 30 juin 2020