Expo : Helena Rubinstein, la collection de Madame - Musée du Quai Branly Jacques Chirac - Jusqu'au 28 juin 2020



Redoutable femme d’affaires, pionnière des cosmétiques, Helena Rubinstein (1872-1965) a étendu sa passion pour la beauté au monde des arts. Collectionneuse frénétique, d’art moderne tout d’abord, elle a réuni, en pendant, un second ensemble encore plus original pour l’époque, d’art extra-occidental, d’Afrique en particulier. Avec toute sa force de conviction, elle s’engage pour la reconnaissance et la valorisation des arts premiers. L’impératrice de la beauté, comme la surnommait Cocteau, est fascinée par l’expressivité des sculptures, le traitement des visages, un vocabulaire plastique inédit pour le regard européen. Tout au long de sa vie, Helena Rubinstein rassemble plus de 400 œuvres, avec un tropisme particulier pour les représentations féminines. Cette collection sera dispersée, à sa mort et selon son vœu, au cours de trois ventes aux enchères d’exception à New York, les 21 et 29 avril et le 15 octobre 1966. Hélène Joubert, commissaire de l’exposition, conservateur en chef et responsable de l’Unité patrimoniale des collections Afrique du musée du Quai Branly, a mené deux ans d’enquête pour retrouver la trace de ces objets et ressusciter à l’occasion d’une exposition évènement une partie de cet ensemble mythique. 











L’extraordinaire trajectoire, d’Helena Rubinstein, aînée de huit filles, issue d’une famille modeste de Cracovie, débute lorsqu’elle refuse le destin tout tracé et le mari choisit par ses parents. Elle quitte l’Europe pour l’Australie où en 1902 elle ouvre à Melbourne une première boutique. Elle y décline une première crème Valaze. Fine observatrice des mentalités, elle décide de se positionner sur une image de luxe afin de mieux vendre. Elle installe dans cette échoppe originelle une cabine de soin, prémisses du futur concept de salon de beauté. Le succès est rapide. 

En 1905, Helena Rubinstein s'établit à Londres et épouse à la même époque le journaliste américain Edward William Titus, un dandy cultivé qui lui ouvre les portes d’un nouvel univers. Alors que l’entreprise d’Helena Rubinstein croît, ils s’installent à Paris avec leurs deux garçons. La femme d’affaires part à la conquête du marché américain en 1914 avec un institut à New York. En 1938, elle divorce pour épouser un prince géorgien, Artchil Gourielli-Tchkonia. Et aux Etats-Unis, elle assoit son empire de la beauté grâce à des idées marketing redoutables.









Avec son sens de la communication, du grandiose, d’une esthétique portée à son comble, Helena Rubinstein fait construire des immeubles par les architectes les plus réputés et les plus modernes. Elle confie ses salons de beauté et ses appartements aux meilleurs décorateurs du moment Jean-Michel Frank, Emilio Terry, Paul T. Frankl, Ernö Goldfinger ou David Nightingale Hicks. 

A Paris, Londres, New York, ces intérieurs d’exception font l’objet de toutes les attentions. Abondamment photographiés par les grands magazines de l’époque, ils sont des écrins pour ses collections d’art, fabuleuses mises en scène. 

Introduite par son amie Misia Sert dans les cercles des avant-gardes intellectuelle et artistique, Helena Rubinstein possède un goût inné pour la modernité. Mécène par nature, elle possède un œil intuitif d'une rare finesse. Très tôt, elle collectionne les œuvres de Matisse, Braque, Chagall, Derain, Picasso, Dalí, Modigliani, Brancusi. 








En 1908, son ami le peintre Jacob Epstein l’initie aux arts premiers, plus particulièrement à la statuaire et aux masques africains. Helena Rubinstein développe un goût prononcé pour les arts extra-européens à l’heure où le marché prend à peine son essor. 

Amatrice de la première heure, elle fréquente assidument les Puces de Clignancourt à l’instar des grands collectionneurs tels que Paul Guillaume, Charles Ratton, Pierre Loeb. A l’occasion de sa rencontre avec Félix-Henri Lem, elle fait l’acquisition d’un ensemble de statues et masques du Mali et du Burkina Faso, et de terres cuites agni de Côte d'Ivoire appartenant au Dr Lheureux.








La collection originelle d’Helena Rubinstein comptera plus de 400 pièces, d’une grande qualité, d’une originalité rare. S’il s’agit de l’une des plus importantes des années 1930, aucun inventaire exhaustif ne sera établi. La collection de Madame n’avait fait l’objet d’aucune étude du vivant d’Helena Rubinstein, d’aucune publication scientifique. 

A l’occasion d’une enquête de longue haleine, catalogues détaillés des ventes, nombreux reportages photographiques, archives privées et publiques ont permis à Hélène de retrouver la trace de ces objets dispersés dans le monde entier. L’occasion également de retracer l’itinéraire de ces pièces avant même leur acquisition par Helena Rubinstein 











Parmi les 66 pièces d’une très grande qualité présentées dans l’exposition Helena Rubinstein, la collection de Madame, seules 5 proviennent du fond du musée du Quai Branly. 31 collections privées et 7 institutions d’envergure ont contribué par leurs prêts à réunir ces objets. Figures funéraires Mma des Agni de Côte d’Ivoire, masque heaume Ngontang des Fangs du Gabon, statue du Cameroun prêtresse dansante la reine Bangwa du Cameroun, pièces Baoulé, reliquaires kota, ces œuvres assemblées à nouveau tracent en creux le portrait émouvant d’une collectionneuse et de sa passion dévorante. 

Helena Rubinstein, la collection de Madame
Jusqu’au 28 juin 2020

Musée du Quai Branly Jacques Chirac
37 quai Branly - Paris 7
Tél : 01 56 61 70 00
Horaires : lundi, mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h, jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h

Fondation dapper a dit…

Merci pour cet article passionnant et pour le partage de la danseuse bangwa et du Kota de la collection Dapper ainsi que tous les autres chefs d'œuvres exposés !