lundi 15 juillet 2019

Lundi Librairie : Les inéquitables - Philippe Djian



Les inéquitables - Philippe Djian : Dans une grande maison en bord de mer, Marc le taiseux habite avec Diana dont le mari, Patrick, qui était son frère, est mort dans des circonstances violences il y a tout juste un an. Il habite avec elle pour son bien. Même s’il ne peut réprimer un certain trouble face à cette cohabitation, il s’est donné pour mission de veiller sur elle depuis qu’elle a tenté plusieurs fois de se suicider, hantée par un deuil impossible. Quitte à se faire tabasser l’amant de Diana, Serge, fils du maire, grand magouilleur et mari de Charlotte qui fait pousser sa propre herbe. Une nuit, sur la plage, Marc découvre échoués par hasard des kilos de cocaïne. Avant que la police n’intervienne, il s’empare de quelques sachets dans l’idée d’éponger des dettes de jeu. Il se tourne vers un spécialiste des combines illégales, Joël, le frère de Diana avec lequel elle est en froid, pour écouler la marchandise. Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu avec les revendeurs. En instance de divorce, Joël s’en prend violemment à sa jeune épouse Brigitte et l’étrangle dans un accès de rage. Marc accepte de l’aider.

Roman noir, histoire de trahison et de loyauté, Les inéquitables ausculte les amitiés défaites et les amours naissantes. La côte basque, où demeure Philippe Djian, inspire le décor de ce huis clos en famille au bord de l’océan. L’auteur de 37°2 le matin et Oh.… , Prix Interallié en 2012 exploite un fait divers réel, des paquets de coke abandonnés sur les plages basques, comme rouage de l’engrenage fatal qui entraîne les personnages dans une spirale infernale. A partir de cet épisode fondateur, le récit progresse dans une atmosphère de déréliction de plus en plus poisseuse. 

Sous des allures de thriller, le roman flirte avec le pastiche tant l’auteur se préoccupe plus des relations nouées entre eux que des détails matériels. Ils sont tous liées par les secrets, le sexe, les ressentiments. Les hommes se révèlent lâches, violents. Djian préfère donner le beau rôle aux femmes dont il dresse de magnifiques portraits. Diana et son deuil douloureux, Charlotte et sa main arrachée par un train lorsqu’elle était enfant, Brigitte, mariée avec un psychopathe. Blessées par la vie, elles tentent de se reconstruire, de poursuivre, de fuir. Elles s’affirment, se dressent contre l’adversité. 

Le récit tout en ellipses, cultive le flou, les blancs que l’imagination complète. Philippe Djian nous en dit peu sur le passé de ses personnages. Maître de la suggestion, il laisse flotter l’idée d’activités opaques, de trafics, d’illégalité, de liaisons secrètes. La banalité apparente bascule sur une pente glissante ponctuées d’angoisses irrésolues, de colériques nuits blanches. 

Pour Philippe Djian, l’écriture est un engagement total dans une voie personnelle. Saisissant le moment, il parvient à faire ressentir l’instantanéité, la vitesse de la chute. La langue s’y affirme dans son extrême rigueur. L’épure radicale du style, son efficacité contraste avec l’arc narratif truffé de rebondissements. Un roman aussi fascinant que troublant.

Les inéquitables - Philippe Djian - Editions Gallimard



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