Ailleurs : Les décors de la cour itinérante de François Ier réinventés par Jacques Garcia pour le château de Chambord




Emblème de la Renaissance française dans le monde, le Domaine de Chambord, plus grand parc clos d’Europe, s’étend sur 5 440 hectares. A sa tête depuis 2010, Jean d’Haussonville poursuit deux objectifs, accroître son rayonnement et atteindre l’indépendance financière d’ici 2020. Chambord se réinvente en permanence afin de séduire les visiteurs, toucher de nouveaux publics variés. A l’occasion des 500 ans du monument, de nombreux événements ont été mis en place, parmi lesquels une exposition événement, Chambord 1519-2019 l’utopie à l’oeuvre dont je vous parlais ici, la restitution des 6,5 hectares de jardins à la française tels qu’ils étaient au XVIIIème siècle au pied même du château. D’autres encore célèbrent ce demi-millénaire tels que La cuvée Chambord 2019, un vin issu des vignes biologiques du château ou l’inauguration d’un hôtel de luxe. Classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, le château comporte plus de 400 pièces. Une seule était jusqu’alors consacrée à l’évocation de la Renaissance. Un vaste projet de décors replace désormais François Ier, le grand commanditaire de Chambord, au cœur de la visite. Jacques Garcia, décorateur et scénographe, a été mandé afin de recréer certains décors de la cour itinérante, selon les témoignages de la dernière visite du roi en 1545. Cinq pièces ont été entièrement rhabillées parmi lesquelles une interprétation des appartements du roi plus conforme à la réalité historique ainsi qu’une reconstitution du théâtre de Molière conçu selon le souhait de Louis XIV. 











Chambord réputation de monument vide a été imaginé plus comme une oeuvre d’art, une utopie architecturale, qu’une véritable résidence royale. Son destin grandiose de symbole, véritable réclame vantant la richesse et la puissance du royaume de France, a laissé peu d’éléments tangibles pour occuper les nombreuses salles du château. C’est d’autant plus vrai pour la Renaissance, période fondatrice, que mobilier et textiles ne nous sont pas parvenus à travers les siècles. Jusqu’aux règnes de Louis XIII et plus définitivement Louis XIV, la cour du roi de France change de résidence à chaque saison. Le château de Chambord, en particulier, n’aura pas de mobilier fixe avant le XVIIIème siècle. A la Renaissance, sur les routes, la cour de François Ier se déplace précédée par d’importants convois. Caisses et malles emportent meubles, étoffes, tapisseries, vaisselles, objets du quotidien et effets personnels. L’opulence de ces caravanes traduisent la richesse et le luxe de la cour.

Le domaine de Chambord a fait appel à Jacques Garcia afin de rendre à cette période de la Renaissance sa place essentielle dans la visite du château. Depuis plus de vingt ans, le décorateur oeuvre à rétablir le lustre du château de Champ Bataille datant du XVIIème siècle, un projet personnel qui illustre sa passion pour le Grand Siècle. Au Musée du Louvre, Jacques Garcia a collaboré au réaménagement des appartements de Louis XIV, Louis XV et Louis XVI tandis qu’au château de Versailles, il était chargé de repenser entièrement les 35 salles consacrées au mobilier français du XVIIIème. Connu pour ses interventions au Fouquet’s, chez Ladurée, à l’hôtel Costes ou au Murat à Paris, au Wynn à Las Vegas, au Victor à Miami, à la Reserve à Genève ou tout récemment à L’Oscar à Londres, il inaugure au château de Chambord un geste décoratif inédit et puissant.










Jusqu’à présent, une seule pièce évoquait la Renaissance et le quotidien de François Ier, figure emblématique du monument. En réaménageant de nouvelles salles, porté par une démarche à la fois scientifique, pédagogique et esthétique, Jacques Garcia a fait de sa nouvelle création une évocation vivante de ce qu’a pu être la cour itinérante. Le faste des décors réinventés s’approche au plus près de la réalité historique et traduit l’atmosphère singulière de la Renaissance. Afin de recréer les étoffes, Jacques Garcia a collaboré avec les maison Pierre Frey, Rubelli, Dedar, Gross, Henryot et la Maison du lin. Ces spécialistes en leur domaine ont pris en charge la dimension technique de la reproduction des tissus en repensenant totalement la façon de retraduire les textiles datant la Renaissance, période dont le savoir-faire artisanal a été soit perdu soit ne serait plus accessible de nos jours en termes financiers. Une abondante recherche a été menée afin de restituer l’aspect, les couleurs des tissus du XVIème siècle.

A l’entrée du château, au pied du donjon, les murs ont été recouverts de lourdes tentures évoquant le velours frappé de la couronne du roi de France. 24 paires de bois de cerfs ont été accrochés aux cimaises et quelques pièces de mobilier et tapisseries habilement disposées.

Au premier étage, face à l’escalier à double révolution inspiré par les travaux de Léonard de Vinci, le théâtre de Molière apparaît tel qu’il avait été commandé par Louis XIV. En effet, de 1669 à 1670, Chambord accueille la troupe de Molière qui y donne les premières représentations de Monsieur de Pourceaugnac et Le Bourgeois gentilhomme. Ce théâtre de poche déploie sa scène devant quelques banquettes recouvertes de velours. Les tentures de satin jaspé frappé de fleurs lys évoquent les lourds brocarts d’origine, étoffes de soie rehaussées de dessins brochés d’or et d’argent.



 








Au deuxième étage, les appartements du roi composés d’une garde-robe, d’une chambre à coucher et d’un cabinet de travail laissent vagabonder l’imagination. Le décor luxueux de la chambre restaurée selon les canons historiques surprend. Murs et sols sont recouverts de paille tressée, panonceaux fixés sur des tasseaux. Le lit royal posé sur une estrade à deux marches est surmonté d’un double ciel de lit. Un deuxième lit est destiné à l’un des gentilshommes de la cour en grâce tandis que deux lits pliables sont prévus pour les officiers de la garde royale. Autour de la cheminée, se trouvent un dressoir, sorte de table portative et une série de ployants, petits tabourets pliants typiques de la Renaissance. Les motifs des étoffes repensées par la maison Dedar ont été inspirés par les représentations du Camp du Drap d’or, la rencontre le 24 juin 1520, entre François Ier et Henri VIII d’Angleterre.

Visite chaleureuse et accessible, cette nouvelle évocation de la Renaissance à travers un décor vivant offre une expérience singulière au sein du plus célèbre château de la Loire, à moins de deux heures de Paris en voiture.

Décors de la cour itinérante de François Ier imaginés par Jacques Garcia
Domaine national de Chambord
Château de Chambord 
41250 Chambord
Horaires d’ouverture du monument de 9h à 18h 



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.