lundi 9 juillet 2018

Lundi Librairie : L'Idéal / Au secours pardon - Frédéric Beigbeder



L'Idéal / Au secours pardon - Frédéric Beigbeder : Dans le confessionnal d’un prêtre orthodoxe, Octave Parango se confie. Transfuge de la pub, après la prison, après la télé, il se fait oublier. Le quadragénaire désenchanté s’est reconverti en talent scout, chercheur de jolies têtes, dénicheur de futurs mannequins pour des agences avides de chair fraîche. Et pour cela il s’est établi à Moscou car en Russie « la beauté est un sport national ».  Fête, alcool, drogue, nihilisme, il mène grand train grâce à ses amis, mafieux russes et oligarques sulfureux, pour qui il lui arrive d’accepter de jouer les rabatteurs. Abruti par cette vie facile de débauche, Octave accepte la mission que lui confie L’Idéal, le plus grand groupe de cosmétiques au monde. Il est chargé de découvrir la nouvelle égérie de la marque phare, visage de l’innocence, le plus jeune possible. Il faut bien imposer la tyrannie de la jeunesse pour vendre des crèmes anti-rides. Octave se lance dans une quête sous influence jusqu’au fin fond de la Russie. Lors d’une de ses escales, il croise Lena, quatorze ans, adolescente de Saint Pétersbourg qui pourrait bien être ce visage inédit. Fou amoureux, il se découvre au fil de cette relation platonique une âme de romantique.

Satire acide de nos sociétés contemporaines, Frédéric Beigbeder dénonce avec autant d’ironie que d’autodérision un monde devenu fou, gangréné par l’avidité, le désir de pouvoir, le culte des apparences et la perte d’idéal. Avec un plaisir évident, l’auteur place son récit dans cette inquiétant pays qu’est la Russie nouvelle des milliardaires louches. Sur fond de sexe, drogue et corruption, le romancier présente cette création toute neuve qui fait oublier celle des grands écrivains comme un monde en déshérence qui depuis la chute du communisme a adopté les pires vices des sociétés occidentales. Terre de tous les excès, de tous les possibles, univers interlope et violent des oligarques, pétrole, armes, pornographie, Frédéric Beigbeder y ausculte les mutations culturelles de la société, symptômes de notre époque dont Octave le cynique est le digne représentant. 

Enfant de la publicité, de la télévision, cet anti-héros attachant, tout à fait dépressif et parfaitement indifférent au sort des autres, assume avec désinvolture son métier d’ogre, fournissant des nymphettes au plus offrant. Déliquescence d’une vie en décomposition mais aussi débridée que décadente, il traîne son mal-être obnubilé par son seul nombril parvenant seulement à s’oublier dans la frénésie des paradis artificiels.

Radicalité de ton et énergie particulière, Frédéric Beigbeder pose un regard moraliste sur le monde contemporain. Avec un goût prononcé pour la provocation, il dénonce le conditionnement des esprits, la soumission volontaire aux diktats en poussant la réflexion sur la liberté réelle de nos existences d’occidentaux bien nourris. Les éléments du bonheur, ce que l’on doit désirer sont autant de motifs imposés par la publicité et la société de consommation. La dictature de la beauté stéréotypée, que toutes les femmes souhaitent ne ressembler qu’à une seule, est une forme de totalitarisme insidieux. L’uniformisation des codes esthétiques permet selon l’auteur « l’exploitation du désir de l’homme à travers la marchandisation du corps de la femme ». Le corps devenu objet est prostitué, vendu à la pornographie ou à la publicité. 

Oeuvre férocement pessimiste, L’Idéal trouve néanmoins une place à la spiritualité, à l’idée d’expiation, de pardon. Ce roman-confession désespéré se lit comme une réflexion lucide sur la condition humaine. Aussi divertissant que glaçant. 

L’Idéal (paru initialement sous le titre Au secours Pardon) - Frédéric Beigbeder - Editions Grasset - Edition de poche Le Livre de Poche





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