mercredi 20 juin 2018

Paris : Passage des Deux Pavillons, le plus petit passage couvert de Paris - Ier



Le passage des Deux Pavillons, tracé dans les années 1820 par un promoteur privé, un certain comte Dervilliers, a été ouvert au rez-de-chaussée d’un immeuble datant du XVIIème siècle. Raccourci à travers le pâté de maison reliant les jardins du Palais Royal à la rue des Petits-Champs, il doit son nom au deux pavillons encore visibles de nos jours entre lesquels son escalier d’accès se glisse depuis la rue de Beaujolais. Long de 33 mètres et large de 2,2 mètres, le passage des Deux Pavillons détient le titre de plus petit passage couvert de Paris. Néanmoins, sa situation particulière a fait de lui dès sa construction un objet de convoitise de la part des propriétaires originels de la galerie Vivienne dont je vous parlais ici et de son éternelle rivale la galerie Colbert à laquelle j’ai consacré un article par là. Un peu d’histoire si vous le voulez bien. 







Objet de tractations et de détournements, le passage des Deux Pavillons est à l’origine édifié en forme de croix rectiligne. Son tracé débouche alors naturellement depuis le Palais Royal sur l’entrée de la galerie Colbert, rue des Petits-Champs. La concurrence acharnée qui se joue entre les deux passages marchands que sont la galerie Vivienne imaginée par le notaire Marchoux, investisseur privé au nez creux, et la galerie Colbert, édifiée peu de temps après par des spéculateurs rivaux, la société Adam et Compagnie, va profondément en modifier la physionomie. 


Entrée du passage des Deux Pavillons
1875
Dessins de Léon Leymonnerye
Entrée du passage des Deux Pavillons
1875
Dessin de Léon Leymonnerye
































Les propriétaires des deux galeries manigancent les uns contre les autres afin de ternir l’éclat de leur rival. Marchoux rachète le passage des Deux Pavillons et en fait modifier le parcours. La nouvelle déviation en biais permet de le faire déboucher dans l’axe de la galerie Vivienne. Le flux naturel des passants provenant du Palais Royal se trouve alors détourner d’un passage commerçant vers l’autre. One point pour la galerie Vivienne, dont le propriétaire fait marquer le décor du passage des Deux Pavillons d’une frise en plâtre représentant des renommées et des victoires, qui entre en écho avec les ornementations de la galerie.







Au début du XXème siècle, le passage des Deux Pavillons a bien failli disparaître victime des transformations de la ville. Le décret du 23 novembre 1912 relatif au prolongement de la rue de Valois jusqu’à la rue des Petits-Champs envisage purement et simplement sa suppression. Il ne doit son maintien qu’à l’abandon du projet à la suite de la déclaration de guerre de 1914.

Désormais ce passage typique du quartier du palais Royal ne risque plus rien. La petite voie privée a fait l’objet d’une inscription au titre des Monuments historiques par arrêté du 7 octobre 1986 qui protège les façades d'entrée rue de Beaujolais et rue des Petits-Champs, les façades intérieures, les décors intérieurs comprenant les sols et le plafond du passage.


Passage des Deux Pavillons - 2018
Passage des Deux Pavillons - Eugène Atget - 1907



Sans être d’une beauté exceptionnelle, le passage des Deux Pavillons par sa conformation singulière et sa petite histoire cocasse vaut bien d’être emprunté. D’autant que ses commerces sont aujourd’hui d’un chic des plus parisiens.

Passage des Deux Pavillons – Paris 1
Accès 6 rue de Beaujolais et 5 rue des Petits-Champs

Bibliographie
Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments - Félix Lazare
Galeries et passages de Paris : A la recherche du temps passé - Guide complet - Richard Khaitzine – Collection Le p’tit flâneur – Editions Le Mercure Dauphinois
Secrets et curiosités des monuments de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme

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