vendredi 15 juin 2018

Paris : Galerie Vivienne, lustre soigneusement restauré de l'un des plus beaux passages couverts de Paris - IIème



La galerie Vivienne, chère à Colette, dernière demeure de Vidocq, est née de la bonne fortune d’un homme, un certain Marchoux, notaire de son état, qui résidant au 6 rue Vivienne décida, dans les années 1820, d’investir sa nouvelle fortune dans la construction d’une galerie commerciale prestigieuse. Sur des plans imaginés par l’architecte François-Jacques Delannoy, lauréat du prix de Rome en 1778, les travaux de construction débutent en 1823. La galerie Vivienne sera officiellement inaugurée en 1826. Elle rencontre alors un succès commercial immédiat grâce à l’élégance des boutiques mais surtout à sa situation privilégiée à proximité du Palais Royal, foyer de la vie parisienne jusqu’en 1831. De nos jours propriété de l’Institut de France, la galerie Vivienne a retrouvé tout son lustre après avoir été menacée de destruction dans les années 1970. 200 appartements et 30 boutiques de luxe se dispersent sur une longueur totale de 146 mètres, réparties en éléments architecturaux variés, rotonde, salles rectangulaires, branches courtes et galerie principale. Cafés et salons de thé modernes, boutiques de mode, de décoration côtoient galeries d’art contemporain et d’estampes anciennes, librairie et cave patrimoniales. 











En 1823, président de la chambre des notaires, Marchoux mène une opération foncière très fructueuse qui lui permet d’acheter le bâtiment où il loge situé au 6 rue Vivienne puis différentes parcelles attenantes. Il y a tout d’abord un immeuble au 4 rue des Petits Champs dont le jardin est mitoyen de son logement puis une propriété située sur le passage des Petits-Pères, passage dont le tracé suit l’actuelle rue de la Banque.

Pour édifier la future galerie commerciale dont il rêve, Marchoux fait appel à l’architecte François-Jacques Delannoy qui déploie des trésors d’inventivité pour surmonter les difficultés de la réalisation. Le terrain irrégulier et étroit est également long et légèrement incliné, suivant des dénivelés contraires. Contraintes supplémentaires, sur le tracé de la galerie se trouvent déjà trois bâtiments préexistants, qu’il s’agira de conserver et d’intégrer à l’architecture globale pour des raisons économiques. La structure imposée par ces différents éléments, Delannoy imagine un plan coudé, succession d’espaces variés à la géométrie contrastée. Les travaux débutent en 1823. La galerie porte alors le nom de Marchoux avant de prendre celui de Vivienne en 1825 et d’être inaugurée en 1826

Les trois entrées de la galerie Vivienne reprennent celles des anciennes maisons donnant sur la rue, aux façades desquelles ont été ajoutés des portails. Les éléments divers, porches, rotondes, salles rectangulaires, galeries plus étroites trouvent une unité dans l’homogénéité d’un décor néo-classique de style pompéien, particulièrement celui prévu entre les arcades des boutiques. A l’ocre se mêlent des couleurs fortes du rouge et du violet tandis que les structures métalliques sont patinées dans une nuance sablée. L’harmonisation générale tient dans la répétition du motif de l’arcade d’un espace à l’autre. Réalisé par l’italien Giandomenico Faccina, le splendide sol en mosaïque traité comme un décor propre, prolonge l’impression d’unité.










Les symboles du commerce et des arts marquent toutes la galerie. Dans des médaillons se retrouvent le caducée de Mercure, dieu romain du commerce. Balance, corbeille de fleurs, ancre marine, corne d’abondance, ruche et couronne de laurier évoquent le succès d’une activité commerciale florissante tandis que des figures allégoriques ailées convoquent les arts et l’agriculture. A l’entrée rue des Petits Champs, au fronton de l’immeuble construit en retrait de la rue vers 1844, les cariatides qui soutiennent le balcon du premier étage sont l’oeuvre d’Hermance Marchoux, peintre et sculpteur, fille du notaire promoteur.

C’est par là que le visiteur pénètre dans la partie de la galerie qui correspond à l’ancienne cour de l’hôtel Vanel, régularisée, rythmée par des arcades et couverte d’une verrière. Elle est suivie d’une petite rotonde ornée de 7,50 mètres de diamètre, couronnée par une coupole en verre hémisphérique. Au centre de la placette se trouver à l’origine une statue de Mercure, aujourd’hui disparue. La grande galerie voutée surélevée d’un étage d’habitation s’impose comme le tronçon le plus long, 42 mètres divisé en 12 travées. Les boutiques au vitrage en berceau à deux pans sont ordonnées en rangée transversale surmontée d’arcs-boutants en bois et staff. L’élégante verrière d’origine y a été conservée. Elle se compose de petites plaques de verre qui se chevauchent afin de moduler l’aération. 

L’élégance de la galerie Vivienne lui assure un succès commercial immédiat. Le luxe et la diversité des boutiques qui sont alors au nombre de 70 attirent une foule animée. La grande luminosité et cette atmosphère joyeuse séduisent les passants d’autant que la galerie sert de raccourci, chaînon entre les futurs grands boulevards et le Palais Royal. Inspirés par cette réussite, les promoteurs de la société Adam  Cie lancent en 1826 les travaux de construction d’une galerie qui deviendra une grande rivale, la galerie Colbert dont je vous parlais ici.










Mais à partir de 1831, le duc d’Orléans, devenu Louis-Philippe s’installe aux Tuileries. Les tentatives pour moraliser les galeries du Palais Royal, haut lieu des jeux d’argent et de la prostitution, mènent au déclin de l’activité du quartier au profit des nouveaux centres d’animation, la Madeleine, les Champs-Elysées. Cependant le prestige de la galerie Vivienne perdure. 

En 1840, elle est la dernière demeure d’Eugène-François Vidocq (1775-1857) aventurier, délinquant bientôt bagnard devenu policier chef de la Sûreté après s’être échappé puis détective privé. Cet homme unique habite au numéro 13 qui possède un élément remarquable, un escalier toujours visible de nos jours dont la rampe en fer forgé exécutée par Dominique de la Fonds date du XVIIème siècle. La galerie léguée en 1859 par Marchoux à l’Institut de France poursuit son destin. Néanmoins, le début du XXème siècle ne sera pas favorable aux galeries couvertes qui auront fait la gloire du Second Empire. 

Dans les années 1970, les boutiques ont quasiment toutes déménagées, la galerie Vivienne tombe en ruine. Huguette Spengler, une artiste engagée, décide de sauver la galerie menacée de destruction. Elle rachète les locaux commerciaux dans lesquels elle créée des installations artistiques. Elle obtient l’inscription au titre des monuments historiques par arrêté daté du 7 juillet 1974. La galerie Vivienne revit au début des années 1980 grâce à la mode. L’installation de Jean-Paul Gaultier et Yuri Torii en 1986 opère une véritable résurrection. Une série de rénovations menées en 1993 par l’architecte Marc Saltet lui redonne son lustre d’antan, conservant son charme historique que certains commerces perpétuent depuis leur création. 

Aux numéros 45, 46 et 47 dans un décor immuable, une librairie fondée en 1826, Petit-Siroux devenu Jousseaume aujourd’hui, propose des ouvrages rares de collection destinés aux bibliophiles. Les Caves Legrand Filles et Fils datent quant à elles de 1880. François Beaugé ouvre alors une boutique dédiée aux épices, au thé et au café rapidement rachetée rapidement par les frères Pierre et Alexandre Legrand qui y ajoutent le commerce du vin. A partir de 1945, l’activité se recentre autour du vin grâce à Lucien Legrand. Passionné, il parcourt les vignobles des petits producteurs et invente le métier de caviste avec Jean-Baptiste Chaudet son concurrent.










Malgré cette plénitude, la galerie Vivienne se trouve au centre d’une vive controverse en 2016. Nombreux commerçants et amoureux de Paris ont dénoncé les travaux de restauration de l’aile la plus courte, partie la moins jolie de la galerie. Ces modifications ont porté atteinte à l’authenticité d’un patrimoine architectural unique. Sur des détails tout d’abord comme le vert d’eau, choisi pour repeindre les murs après sondage, qui ne correspond pas à un passage parisien du XIXe siècle. Ou encore les devantures en bois d’origine des boutiques en bois qui avaient besoin d’un simple décapage pour retrouver leur beauté d’origine mais ont été dissimulées derrière de vilains placages en faux bois. 

Polémique également au sujet d’éléments essentiels tels que la verrière dont le nouveau verre blanc remplaçant le verre cathédrale translucide originel est trop transparent transformant cette partie de la galerie en véritable serre surchauffée. La structure métallique de cette verrière qui était enduite d’un jaune sablé, coordonné au décor général de la galerie, a été repeinte en gris aluminium anachronique. Le chenal en béton armé a été conservé sans même que son état de dégradation ne soit sondé. La galerie Vivienne inscrite mais non classée au patrimoine historique, ne jouit pas du plus haut niveau de protection juridique. Dernièrement, c’est le premier tronçon ouvrant sur la rue des Petits-Champs qui a fait l’objet d’une restauration, bien plus soigneuse cette fois-ci.

Galerie Vivienne – Paris 2
Accès 4 rue des Petits Champs, 5 rue de la Banque, 6 rue Vivienne

Bibliographie 
Passages couverts parisiens – Jean-Claude Delorme et Anne- Marie Dubois – Parigramme
Paris et ses passages couverts – Guy Lambert – Editions du Patrimoine Centre des monuments nationaux
Le guide du promeneur 2è arrondissement – Dominique Leborgne – Parigramme
Le guide du patrimoine Paris – Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos – Hachette 
Paris secret et insolite – Rodolphe Trouilleux - Parigramme 

Sites référents 

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