samedi 27 avril 2019

Paris : Pointe dite Trigano, immeuble habitable le plus étroit de Paris, longtemps considéré à tort comme la dernière demeure d'André Chénier - IIème



La Pointe dite Trigano, bâtiment en proue à pan coupé, forme l’angle des rues de Cléry et de Beauregard. Curiosité architecturale, anomalie charmante, cet édifice marque par sa dimension pittoresque l’identité du paysage urbain du quartier. La bâtisse originelle aurait, semble-t-il, été construite entre 1650 et 1675. Abondamment remaniée depuis sa création, le quatrième étage est d’ailleurs probablement une surélévation du XVIIIème siècle, seuls ses singuliers volumes demeurent parfaitement authentiques. Il s’agit de l’immeuble d’habitation le plus étroit de Paris, la plus petite maison de Paris, au 39 rue du Château d’eau, n’étant quant à elle pas habitable. La pointe formée par la construction apparaît sur les plans de Paris de 1760 et 1771 mais ne porte pas de nom. Elle est le fruit d’un urbanisme singulier dont les singularités reflètent l’histoire de Paris.











La disposition exceptionnelle des rues du quartier de la Butte Bonne Nouvelle illustre l’une de des facettes de l’urbanisation parisienne. Les rues de Cléry et rue d’Aboukir, deux longues voies parallèles reliées par de courts chemins transversaux reprennent les anciens tracés de l’enceinte de Charles V, édifiée entre 1356 et 1383 à l’initiative d’Etienne Marcel et démolie entre 1640 et 1670. 

Le mur défensif s’étendait de la porte Saint Denis au niveau du 285 rue Saint-Denis jusqu’à la porte Saint Honoré au niveau du 161 rue Saint Honoré. Lors de la destruction du rempart, la butte formée des siècles de détritus est partiellement arasée afin de combler les fossés laissant cette partie du quartier un peu surélevée. Côté sud la rue d’Aboukir voit le jour sur le tracé du remblai, le rempart et le fossé, côté nord la rue Sainte Foy sur le chemin de ronde intérieur et la rue de Cléry l’ancien chemin de contrescarpe.


1889 Peintre Maurice Emmanuel Lansyer
La maison d’André Chenier
97 rue de Cléry 18 mai 1889

1904 Photographe Eugène Atget
97 rue de Clery angle rue Beauregard Paris 2
1907 Photographe Eugène Atget
97 rue de Cléry angle rue Beauregard Paris 2


1928 Photographe André Kertész
97 rue de Cléry angle rue Beauregard Paris 2

Carte Postale Circa 1920-30

1935 Photographe Roger Schall
97 rue de Cléry angle rue Beauregard Paris 2
1939 Photographe Brassaï
97 rue de Cléry angle rue Beauregard Paris 2

1943 Photographe Robert Doisneau
97 rue de Cléry angle rue Beauregard Paris 2
1952 Photographe Henri Cartier-Bresson
97 rue de Cléry angle rue Beauregard Paris 2



La bâtisse étroite qui forme l’angle des rues de Cléry et Beauregard porte une plaque commémorative, dont l’inscription « Ici habitait en 1793, le poète André Chénier » a longtemps été un argument commercial pour les divers établissements installés au rez-de-chaussée. Il est néanmoins avéré depuis qu’il s’agit d’une information erronée. En 1793, André Chénier (1762-1794) habitait bien le 97 rue de Cléry mais selon la numérotation en vigueur au cours de la période révolutionnaire. Son dernier domicile, là où il sera arrêté avant d’être guillotiné, se trouvait donc au niveau du numéro 23 actuel. L’immeuble en question a été rasé depuis reconstruit mais la rue Saint Claude rebaptisé rue Chénier en son honneur en 1864. 

Ponctué de fenêtres sur toute sa hauteur suggérant une seule pièce par étage, le pan coupé à la pointe du pâté de maison est couronné d’un petit fronton. Modifié à plusieurs reprises comme l’indiquent les photographies anciennes, les rénovations successives sont à l’origine des murs de refend du rez-de-chaussée. Sur les clichés d’Eugène Atget 1903 et 1907, l’immeuble porte une l’enseigne Au poète de 93, journaux et vins. En 1935, l’inscription est devenue Au poète Chénier. De nos jours, boutique ou restaurant, il n’y a plus d’enseigne en façade. La vitrine occultée par des rideaux est cerclée d’une grille en fer forgé qui évoque les anciens débits de boissons de la capitale sans pourtant les avoir hérités.








La plaque pointe Trigano posée au début des années 2000 rend hommage à la famille Trigano, célèbre dans le quartier et plus particulièrement le patriarche Edgar Trigano dont le négoce de textile était établi dans le quartier ainsi que son fils, Gilbert Trigano, l’un des fondateurs du Club Med.

Pointe dite Trigano
97 rue de Cléry 60 rue Beauregard - Paris 2

Bibliographie
Le guide du promeneur 2è arrondissement - Dominique Leborgne - Parigramme
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme

Sites référents

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