mardi 27 septembre 2016

Cinéma : Poesía Sin Fin de Alejandro Jodorowsky - Avec Adan Jodorowsky, Pamela Flores, Brontis Jodorowsky - Par Didier Flori



Cinéaste culte dans les années 60 et 70, le chilien Alejandro Jodorowsky a fait les premières heures des séances de minuit avec des objets filmiques non identifiés tels qu’ El Topo ou La montagne sacrée. L’artiste iconoclaste s’est cependant assez mal accommodé de l’évolution industrielle du 7ème art, comme l’illustre le passionnant documentaire Jorodowsky’s Dune sur son adaptation avortée du roman de Frank Herbert. Il l’a donc ensuite quelque peu délaissé au profit de la bande dessinée, où il s’est illustré en tant que scénariste des sagas L’Incal et La caste des Métabarons






Son retour au premier plan cinématographique s’est révélé pour le moins inattendu, dans la sélection de la Quinzaine des réalisateurs de Cannes 2013 ; alors que l’oeuvre de Jodorowsky se bornait jusque là plus ou moins aux mondes imaginaires, La Danza de la Realidad s’inscrivait dans le genre de l’autobiographie filmée. L’auteur y racontait son enfance dans la petite ville de Tocopilla au Chili, ainsi que le destin extraordinaire de son père Jaime, incarné par son fils Brontis. Trois ans plus tard, Jodorowsky reprend avec Poesia sin fin son récit là où il l’avait laissé, au moment où sa famille quittait son village natal pour Santiago.

La base réelle dont s’inspire le métrage n’induit pour autant pas un style réaliste. Jodorowsky se situe une fois de plus du côté du surréalisme, voire du « réalisme magique ». Dans Poesia sin fin, on s’endort enfant pour se réveiller adulte, on rencontre des muses colorées dans des cafés lugubres où le temps semble s’écouler au ralenti. Le film s’inscrit dans la continuité baroque de son prédécesseur, mais tandis que selon les termes du cinéaste La Danza de la Realidad était poétique par son lien au monde de l’enfance, la poésie vient ici de l’engagement du petit Alejandrito devenu Alejandro poète.





Le lyrisme de cette plongée dans les souvenirs est magnifié par la photographie superbe de Christopher Doyle et les thèmes pathétiques composés par Adan Jodorowsky, aussi interprète de son père jeune adulte. Mais l’impression tenace que produit Poesia sin fin, c’est avant tout celle d’un cinéma anticonformiste. Jodorowsky abolit les frontières, mêle spiritualité et sensualité, s’affranchit des codes de la beauté pour tenter d’atteindre le sublime. 

Exercice d’équilibriste, le film est évidemment loin d’être irréprochable. On a parfois la sensation de voir une succession de scènes tableaux qui se suivent sans réelle évolution dramatique. La théâtralité assumée du métrage le fait aussi par moments prendre des allures de "happening" au goût douteux, comme lorsque la compagne d’un manchot s’offre aux caresses de volontaires parmi les invités d’une fête. 







Néanmoins, ces excès un peu artificiels sont rachetés par la profonde sincérité du projet du cinéaste. Chaque apparition de ce dernier au sein de son film, comme un guide hors du temps, est porteur d’une véritable émotion qui trouve son plein essor dans un final familial. Poesia sin fin remplit alors pleinement la fonction voulue par son auteur, celle d’un film réconciliateur et guérisseur.

Poesia sin fin de Alejandro Jodorowsky
Avec Adan Jodorowsky, Pamela Flores, Brontis Jorowsky et Leandro Taub
Sortie le 28 septembre 2016


Cinéphile averti, Didier Flori est l’auteur de l’excellent blog consacré au cinéma Caméra Critique que je ne saurais trop vous conseiller. Egalement réalisateur et scénariste, c’est avec ferveur qu’il œuvre dans le cadre de l’association Arte Diem Millenium qui soutient les projets artistiques de diverses manières, réalisation, promotion, distribution… Style ciselé, plume inspirée et regard attentif, goûts éclectiques et pointus, ses chroniques cinéma révèlent avec énergie toute la passion pour le 7ème art qui l'anime.





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