mercredi 29 juin 2016

Paris : Rue Berton, voyage à travers les siècles à Passy - XVIème



Les secrets bucoliques de Passy et du XVIème arrondissement en général, sont jalousement gardés à l'abri des regards, calfeutrés derrière cerbères et systèmes de sécurité high tech. Rarement accessibles au public, ils frustrent et font fantasmer les flâneurs amoureux de la ville qui retrouvent dans le village de Passy avec église en son centre, jardins secrets, merveilles dissimulées derrières des portes, tous les objets de son affection. Sinuant à flanc de colline, la rue Berton qui fut rue de Seine puis du Roc est indiquée sur le plan Roussel de 1730. Par décret du 2 octobre 1865, elle prend le nom de Berton en hommage à Pierre Monton Berton (1727-1780) et Henri Montan Berton (1767-1846) compositeurs. Séparée de sa partie basse devenue rue d'Ankara en 1954, elle débute pittoresque à souhait côté avenue Marcel Proust.





Etroit sentier que l'imagination transforme à loisir, singulier chemin pavé filant entre deux murs aveugles par dessus lesquels s'échappent envolées de lierre et frondaisons verdoyantes, le lacis de la venelle ponctuée de réverbères coudés hérités de l'éclairage au gaz ne dépasse pas les 1,50 mètres de large. Ruelle de campagne en résonance avec le passé champêtre du village de Passy, la rue Berton était à l'origine un chemin courant des berges de la Seine jusqu'aux sommets des coteaux de Passy à travers les vignobles.

Sur les pentes transformées en terrasses, modestes maisons côtoient les hôtels particuliers luxueux des aristocrates. Après la Révolution, les parcelles loties lors d'opérations immobilières voient se développer les immeubles de rapport. Aujourd'hui, la rue Berton donne accès aux derniers vestiges des terrasses de Passy datant du XVIème siècle, terrasses disparues sous la pression de l'urbanisme devenu lapidaire à partir de 1860, date de l'annexion à Paris. Les parcelles avec leur vue spectaculaire sur la Seine seront presque intégralement loties à la fin du XXème siècle.








Le deuxième tronçon, libéré de son corset de pierre s'élargit, plus moderne. On arrive tranquillement au XIXème et XXème siècle, imprévu voyage dans le temps où le promeneur croise les silhouettes timides derrière les futaies de l'ancien hôtel de la princesse de Lamballe (1749-1792), proche de Marie-Antoinette, devenue en 1847 la maison de santé du Dr Blanche, clinique psychiatrique établie auparavant à Montmartre à la Folie Sandrin dont je vous parlais ici. Cet établissement aux méthodes novatrices pour l'époque a reçu comme patient notamment Gérard de Nerval et Guy de Maupassant. Aujourd'hui, l'hôtel de Lamballe qui appartient à l'ambassade de Turquie est le domicile de l'ambassadeur. Au numéro 21 de la rue Berton, se situait la demeure de François Mussard qui en 1752 accueille Jean-Jacques Rousseau. Celui-ci y écrit Le Devin du Village, intermède en un acte, premier opéra dont les paroles et la musique sont du même auteur.










Seconde moitié du XVIIIème siècle, l'ensemble des jardins et des constructions en terrasse au niveau du numéro 24 rue Berton s'ouvrant sur le 47 rue Raynouard, est la propriété de Jean de Julienne, directeur de la Manufacture des Gobelins.  L’occupation du site de la maison de Passy est attestée dès le Moyen Âge. Des cercueils exhumés en 1826 à l'angle des rues Berton et Raynouard attestent par leur type une occupation du site remontant au moins au XIVème siècle.

Le numéro 24 de la rue Berton s'ouvre sur le rez-de-chaussée de la Maison de Balzac qui était accessible par la rue Raynouard comme dépendance d'un premier hôtel qu'il fallait traverser, disparu lors de l'élargissement de la rue Raynouard. La porte donnant sur la rue Berton est sujette à légende. Elle aurait été une issue secondaire pour le romancier tentant d'échapper par un escalier dérobé à ses créanciers. Honoré de Balzac habita le niveau donnant sur le jardin de 1840 à 1847. Mais la présence de l'escalier entre les étages n'est pas avérée à son époque.










De 1912 à 1913, les dîners de Passy réunissent de nombreux artistes au 24 rue Berton devenu musée Balzac en 1908 sous l'impulsion de Louis Baudier de Royaumont, homme de lettres. Guillaume Apollinaire, poète et dramaturge Paul Fort, le peintre Francis Picabia, le poète Sébastien Voirol, l'architecte Auguste Perret et son frère Gustave, l'artiste Marcel Duchamp se retrouvent régulièrement. Puis de 1917 à 1918, sont données les représentations du Théâtre Idéaliste. En 2002, des fouilles archéologiques entreprises sur la parcelle ont révélé que les caves donnaient accès à des habitats troglodytes datant du Moyen-âge, exemple unique à Paris qui renvoie à ce que fut le village de Passy peuplé de paysans, de vignerons et de carriers.










Au numéro 38, un immeuble remarquable, réalisation d'Auguste Perret, précurseur de l'utilisation du béton armé, a vu ses façades et toitures classées au titre des Monuments historiques ainsi que ses parties communes et le septième étage, domicile de Perret. Construit entre 1928 et 1930 à la place de l'hôtel particulier de l'architecte, le premier sous-sol abrite alors le cabinet des Frères Perret.

Au bout de la rue Berton, l'escalier qui remonte vers la rue Raynouard aurait presque des accents bellevillois selon Willy Ronis. Remontant quelques numéros, apparaît l'entrée principal du musée de Balzac auquel je consacrerai un article très prochainement.

Rue Berton - Paris 16
Accès par croisement rue d'Ankara et avenue Marcel Proust d'un côté, avenue de Lamballe et escalier du 57 rue Raynouard de l'autre

Bibliographie
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Le guide du promeneur 16è arrondissement - Marie-Laure Crosnier Leconte - Parigramme
Curiosités de Paris - Inventaire insolite des trésors minuscules - Dominique Lesbros - Parigramme

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