samedi 3 octobre 2015

Théâtre : Une laborieuse entreprise de Hanokh Levin - Mise en scène Myriam Azencot - Avec Yann Denécé, Luciana Velocci Silva - Poche Montparnasse

Crédit Pascal Gély


Au cœur de la nuit, tourmentée par la chaleur de l’été, Levina, ne parvenant pas à dormir, a trouvé refuge sur la terrasse en quête d’une illusoire fraîcheur. Elle ronflote doucettement alors que son mari Yona, en pleine crise existentielle, s’agite et vitupère, maudissant les trente années de mariage qui les unissent, la trivialité du quotidien, les rêves déçus et les grandes aspirations défuntes. Il la réveille pour lui annoncer qu’il la quitte et part refaire sa vie ailleurs. Mais Levina ne compte pas se laisser abandonner aussi facilement. S’en suit une épique scène de ménage durant laquelle chacun se jette au visage mufleries et méchancetés, frustrations et désillusions. Seule l’apparition subite du voisin, Gounkel, un vieux garçon misérable, en quête d’une aspirine et d’un peu de chaleur humaine, parviendra à séparer les belligérants. 

   
Crédit Pascal Gély
Crédit Pascal Gély
Crédit Pascal Gély


Regard affûté, sens du détail, Hanokh Levin dissèque la mécanique du couple, expose son usure avec une férocité réjouissante, grattant là où ça fait mal. Cette dérisoire guerre des sexes est portée par des dialogues qui font mouche, très bien vus, cruels, fielleux, vachards. Une laborieuse entreprise oscille entre mélodrame et vaudeville, satire libératrice et cinglante qui ose la truculence, flirte avec le grotesque de situations paroxysmiques brutes. De coups bas en fulminations, les mots se dressent, constats lucides d’échec, soulignant sans complaisance les vicissitudes de l’existence et exposant sans fard les affres de la condition humaine. 


Crédit Pascal Gély


Premier rang à même la scène, le plateau du Petit Poche, minuscule amphithéâtre, semble inclure les spectateurs dans la pièce. Cette proximité troublante renforce le sentiment de banalité et d’universalité des situations, un peu comme si l’on avait atterri dans le salon de nos voisins. Myriam Azencot a pensé la mise en scène dans cet espace scénique réduit de sorte à nous porter au centre de l’énergie tourbillonnante des comédiens. Décor et costumes renforcent le sentiment de familiarité du quotidien. Leur usure se pose comme le reflet de celle du couple, telle cette vieille pantoufle avachie. Les acteurs lourdement fardés, traits marqués, coiffures clownesques auraient presque des allures de mimes. La vie est un cirque, une pantomime où s’agitent de petits bonhommes qui auraient rêvé d’héroïsme.
 




Sombre et follement drôle, acide et voire tout à fait décapante, cette œuvre vivante est formidablement interprétée, portée par l’énergie communicative des comédiens. Survoltés, ils incarnent avec force, tendresse et insolence des personnages cruels, impudiques et amers mais capables d’éclats passionnés, sans jamais trahir la loufoquerie originelle de la pièce. Une belle alchimie les lie. Yann Denécé créé un Yona Popokh éruptif, tour à tour antipathique et émouvant, méchant et geignard. Touchante, exaspérante, Luciana Velocci Silva en Levina Popokh est nuancée, généreuse tandis que Cédric Revollon en Gounkel pathétique, en laissé-pour-compte vaguement rebutant est tout à fait épatant.

L’humour implacable d’Une laborieuse entreprise nous cueille entre deux déflagrations de la guerre domestique que se livrent Levina et Yona. Crue, irrésistible, cette pièce déjantée, pleine de mordant grince, émeut, fait rire et pleurer à la fois. La vie en somme.

Texte français Laurence Sendrowicz
Mise en scène Myriam Azencot
Avec Yann Denecé, Luciana Velocci Silva, Cédric Revollon
Du 22 septembre au 29 novembre 2015
Du mardi au samedi 21h, dimanche 15h

75 boulevard du Montparnasse - Paris 6
Réservations : 01 45 44 50 21




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