lundi 25 mai 2015

Lundi Librairie : Beaux seins, belles fesses - Mo Yan



Dans un modeste village du Shandong, Shuangguan Lushi, qui n’a mis au monde que des filles, au grand désespoir de sa belle-famille, donne naissance à des jumeaux. Un fils enfin paraît, il s’agit de Jintong, l’Enfant d’or, fruits des amours adultères entre sa mère et un pasteur suédois. Mais Jintong voue une passion sans limite aux seins de sa génitrice et refuse de se nourrir d’autre chose que de lait maternel. Le garçon et ses huit sœurs seront ballottés par le destin au gré du souffle de l’Histoire : l’occupation japonaise dans les années 30, les hommes du Guomindang dans les années 40, la révolution maoïste et l’avènement du communisme, la tyrannie des commissaires politiques dans les années 50, le Grand Bond en avant et la famine jusqu’à l’hégémonie des néo-capitalistes contemporains.

Grande saga familiale, fresque de la Chine paysanne, Beaux seins, belles fesses mêle habilement la tradition des contes, l’Histoire et le quotidien des contemporains. Truculent, poétique, Mo Yan associe avec bonheur fantaisie et réalisme cru. A travers les mésaventures tour à tour tragiques et hilarantes de cette famille, il dresse le portrait de la société rurale chinoise au cours du XXème siècle. Par le biais d’une perspective historique et sociale, il évoque puissamment le bouillonnement des existences, la vie et la mort, les rires et les larmes, l’amour et la chair donnant à expérimenter une interprétation ardente et colorée de son pays.

L’imaginaire débridé de cette chronique baroque n’est pas sans évoquer Cent ans de solitude de Gabriel Garcia Marquez. Le style brillant aux accents rabelaisiens sert une verve savoureuse et railleuse portée par un humour réjouissant parfois trivial même. Les longues phrases ponctuées de métaphores imaginatives et cocasses, les personnages symboliques marquent le récit d’une patte singulièrement inventive. Cette épopée portée par un souffle romanesque puissant rend hommage à la mémoire d’un monde disparu dans les chaos de l’histoire, le désarroi des plus humbles. Sexe, politique, pouvoir, Beaux seins, belles fesses est une œuvre sensuelle, tendre et violente, burlesque et cruelle.

Beaux seins, belles fesses - Mo Yan (Prix Nobel de Littérature 2012) - Traduit du chinois par Noël et Liliane Dutrait - Editions Seuil - Collection de poche Points




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