lundi 27 janvier 2014

Lundi Librairie : Le Boss de Boulogne de Johann Zarca



Le Boss fête sa sortie de prison pour menus larcins. Plutôt que d’aller traîner ses guêtres en boîte, où la panoplie sweat à capuche baskets fait grincer des dents, il entraîne sa bande composée de Youssouf, Souleymane, Makita, Vamp au Bois de Boulogne. Chargés en alcool et en résine, ils débarquent dans un univers extrêmement codifié où chacun, même le plus misérable des tapins toxicomanes, trouve sa place, un microsome où les règles de la société n’ont plus cours. Prostitution, drogue et petits commerces illicites, un monde où le Boss va imposer sa loi. Il organise le business de la came  avec le BDB Crew,  s’impose face à Smoke l’ancien grossiste de la cité et les gitans qui tentent d’empiéter sur son nouveau territoire. Tout se complique, le jour où Paola la reine des transsexuelles du bois se fait salement assassiner par un pervers. Premier meurtre d’une inquiétante série.

De la rue des prix cassés, au spot des Brésiliennes jusqu’au village des tentes, un décor réel bien glauque qui fait les beaux jours des reportages de TF1, prend chair sous la plume nerveuse de Johann Zarca, une chair livide éclairée par un verbe fleuri ponctué d’argot manouche et rebeu, de verlan. Ce roman de l’ombre est propulsé par un grand élan jubilatoire ; jubilation de la langue malmenée et transcendée entre néologismes et idiomes. Si la trame est assez mince, plus que l’histoire du Boss, l’auteur retrace une atmosphère, le domaine de la nuit sauce brouillard peuplé de créatures mises à l’index.

Chronique crépusculaire dont l’humour vachard n’exclut pas une certaine tendresse envers des personnages revenus de tout, vision d’un monde désenchanté où surnagent misère sexuelle, violence et solitude. L’oralité de la langue, l’inventivité renvoie à des univers littéraires familiers. Les anathèmes de Céline ne sont pas très loin, on songe à Alphonse Boudard, San Antonio. Sans concession, Le Boss de Boulogne offre une tranche de vie d’un univers protéiforme et glacé marqué d’un désespoir âpre. Un roman sombre dont le style très vert anobli le sordide. 

Johann Zarca est également l'auteur d'un blog joyeusement foutraque, Le mec de l'underground,  où vous pourrez découvrir son écriture si particulière qu'il qualifie lui même de littérature vandale.  

Le Boss de Boulogne de Johann Zarca - Editions Don Quichotte

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