lundi 9 décembre 2013

Lundi Librairie : Une Gourmandise de Muriel Barbery


Le grand maître des critiques gastronomiques se meurt. En quête d’une saveur oubliée, il remonte le fil du temps et de ses souvenirs gustatifs allongé sur son lit de mort. Alors que se succèdent les réminiscences, son entourage témoigne de ce qu’a été sa vie et quels ont été ses liens avec ses semblables. Une vie basée sur l’exigence, un personnage odieux avec ses proches, cynique et entièrement dévoué à son ambition professionnelle. Famille, connaissances, de la fidèles domestique au médecin traitant, du clochard de quartier à sa maîtresse, du chat de la maison à la statuette dans son bureau, chacun prend la parole à son tour. Cette multitude de voix, cette polyphonie trace le portrait d’un homme intransigeant et cruel que l’auteur parvient  malgré tout à nous rendre sympathique, la mémoire du goût de son enfance et de l’innocence étant ce qui l’humanise profondément. 

La Gourmandise est le premier livre de Muriel Barbery, paru 6 ans avant L’élégance du Hérisson, prélude heureux de ce que sera le succès littéraire de 2006. Elle possède un talent de narration, une écriture très stylisée qu’elle met au service du récit et de l’évocation des sensations. Elle a un sens rare du mot juste. Le verbe est coloré, l’adjectif savoureux. Les sujets sombres sont abordés avec une légèreté certaine. Il y a de la fraîcheur dans la description des solitudes et des mesquineries de ses créatures, de l’élégance dans cette satire sociale des destins impérieux. Au final, l’histoire est un prétexte, le roman un long exercice de style troussé avec talent ou tout du moins une maîtrise appréciable de la technique. Cette plume à l’élégance surannée semble ne pas avoir croisé les écrits modernes. 

A vouloir trop bien faire, l’auteur perd en envergure, en souffle créatif. Je me demande s’il ne s’agit pas d’un symptôme généralisé dans la littérature française contemporaine. Un peu comme si les auteurs hyper marketés pour plaire à  une cible n’étaient plus capables que de fournir des livres en papier mâché bourrés de références pour satisfaire les prétentions intellectuelles du lecteur mais quasiment tous interchangeables. Je m’inquiète du côté étriqué du roman français qui limite ses envolées à des histoires simplistes contées par des personnages d’une extrême banalité. Il manque de coffre, de profondeur, de matière, de puissance. Il faudra que j'y revienne. Mais je m’égare. Ce petit livre vite lu, est plutôt agréable et les jolies descriptions de parfums, d’arômes mettent en appétit. Une Gourmandise est plein de saveur même si parfois c'est une pâtisserie trop sucrée, trop consistante pour être parfaitement digeste.

Une Gourmandise  de Muriel Barbery - Editions Gallimard - collection poche Folio 

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