Expo Ailleurs : Marie-Caroline, duchesse de Berry. Princesse rebelle - Château de Sceaux Musée départemental - Jusqu'au 14 février 2027


Le Château de Sceaux consacre une exposition à l'une des figures marquantes de la Restauration (1814-1830), Marie-Caroline de Bourbon, princesse des Deux-Siciles (1798-1870). Célébrité en son temps, personnage retombé dans l'oubli, la manifestation interroge, en filigrane, la place des femmes dans l'histoire de France. Cette audacieuse, épouse du fils cadet de Charles X, Charles-Ferdinand d'Artois (1778-1820), assassiné en 1820, mère d'Henri d'Artois (1820-1883), est de son temps autant admirée que critiquée. L'exposition "Marie-Caroline, duchesse de Berry. Princesse rebelle", placée sous le double commissariat de Céline Barbin, conservatrice du patrimoine au château de Sceaux et Carole Blumenfeld, historienne de l'art spécialiste de la période, retrace le destin mouvementé, presque romanesque de cette princesse.

D'une grande modernité, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles développe une conscience aiguë des codes de son époque, de la nouvelle société émergente. Alors que les femmes sont écartées de la scène politique, elle comprend le pouvoir de l'image, la mise en scène de soi, de son intimité. Cette héroïne romantique conçoit sa propre légende afin de conquérir l'opinion publique, asseoir son influence, et faire apprécier son fils. Pour défendre les droits de l'héritier légitime du trône, elle se mettra en danger dans des tentatives de prises de pouvoir avortées sous la Monarchie de Juillet (1830-1848). Surnommée "la Mary Stuart française" à la suite de ces frasques, son image marque les artistes contemporains. Sofia Coppola s'inspire de sa personnalité pour créer le personnage de Marie-Antoinette dans son film de 2006. Patrice Chéreau lui emprunte la robe blanche maculée de sang portée par Isabelle Adjani dans "La reine Margot" (1994) qui s'inspire du tableau représentant l'agonie du duc de Berry.

Mécène des arts et des lettres, bienfaitrice des peintres, sculpteurs, écrivains, la princesse soutient également l'artisanat. Le parcours d'exposition chronologique réunit 120 pièces, tableaux, gravures, mobilier, objets personnels, parmi lesquelles des prêts exceptionnels du Château de Versailles, qui témoignent de cette vocation d'ambassadrice des savoir-faire français. 







Marie-Caroline de Bourbon-Siciles (1798-1870) appartient à la famille royale de Naples, de la branche cadette de la maison de Bourbon, qui a retrouvé son trône en 1815. Elle passe son enfance entre Naples et la Sicile. Sa tante Marie-Amélie de Bourbon épouse, en 1809, le duc d'Orléans en exil, futur Louis-Philippe Ier. Sa cousine Marie-Louise d'Autriche épouse Napoléon Ier, en 1810. 

À la chute du Premier Empire, Louis Stanislas Xavier de France (1755-1824) comte de Provence, frère de Louis XVI, revient en France après vingt-cinq ans d'exil et devient le roi Louis XVIII, règne qui dure de 1814 à 1824. Veuf, le souverain n'a pas de descendance et ne souhaite pas à son âge se remarier. Son frère, Charles-Philippe de France, futur Charles X (1757-1836), a deux fils, Louis-Antoine d'Artois (1775-1844) duc d'Angoulême, et Charles-Ferdinand d'Artois (1778-1820), duc de Berry

L'ambassadeur Pierre Louis Jean Casimir de Blacas d’Aulps, diplomate et pair de France, négocie le mariage par procuration du duc de Berry et de la princesse des Deux-Siciles qui se tient le 14 avril 1816. Marie-Caroline de Bourbon-Siciles épouse Charles-Ferdinand d'Artois, l'espoir de la branche aînée des Bourbon, le fils cadet du futur Charles X. La princesse débarque à Marseille le 30 mai 1816. À la suite d'une quarantaine liée à la peste qui fait rage dans le Sud, elle recontre son époux pour la première au Château de Fontainebleau le 15 juin 1816. La messe de de mariage se déroule au sein de Notre-Dame le 17 juin 1816. 






Le couple réside au Palais de l'Élysée. L'héritier se fait attendre. Après des fausses-couches et deux enfants décédés quelques heures après leur venue au monde, Marie-Caroline donne naissance à une fille en Louise Marie Thérèse d'Artois en 1819. Elle est à nouveau enceinte en 1820 lorsque son époux est victime d'un attentat le 13 février 1820, à la sortie de l'Opéra de la rue de Richelieu par un ouvrier bonapartiste, Louis-Pierre Louvel. Durant son agonie, le duc de Berry révèle la grossesse de la princesse et l'existence de ses deux enfants illégitimes, Charlotte et Louis de Bourbon, filles d'Amy Brown. Henri d'Artois, comte de Bordeaux, "l'enfant du miracle" selon Lamartine, nait le 19 septembre 1820. 

Soucieuse de son image, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles entretient des rapports cordiaux avec la presse dont elle a cerné l'importance et le pouvoir. Elle diffuse son image et celle de son enfant en passant de nombreuses commandes auprès des artistes. Composés avec une grande attention, tableaux, gravures constituent un journal des grands épisodes de son existence. En parallèle, la princesse fait de l'art de la toilette, un outil de communication. Elle s'entoure d'artisans qu'elle valorise et devient une ambassadrice du savoir-faire français. Ses collections personnelles acquièrent une dimension politique. L'exposition qui se tient au Château de Sceaux réunit des pièces diverses, services de porcelaine, coffrets à bijoux, mobilier. Ces objets issus de fonds publics et privés illustrent le soin qu'elle apporte à la conception de ses collections.







Au lendemain des journées révolutionnaires des Trois Glorieuses, entre le 27 et le 29 juillet 1830, Charles X abdique. La maison d’Orléans, branche cadette de la maison de Bourbon, succède à la branche aînée. Le duc d'Orléans devient "roi des Français" sous le nom de Louis-Philippe Ier. La duchesse de Berry suit la cour de Charles X en exil en Angleterre, à Bath, puis en Écosse. Elle tente de défendre les intérêts de son fils, héritier légitime sous le nom d'Henri V, et cherche à se faire proclamer régente. Elle remet constamment en question le statut de Louis-Philippe. Le 14 décembre 1831, à Rome, elle épouse dans le plus grand secret un ami d'enfance, Hector Lucchesi-Palli (1808-1864), futur duc della Grazia, chambellan du roi des Deux-Siciles. 

À l'origine du complot de 1832, la duchesse de Berry réunit autour d'elle des légitimistes qui initient deux soulèvements, l'un à Marseille, le second en Vendée. C'est un échec. En cavale durant six mois, elle est finalement arrêtée à Nantes puis enfermée à la citadelle de Blaye où elle accouche d'une fille en mai 1833. Libérée en juin, elle embarque pour Palerme. Mais Charles X décide de la priver de son fils et place Henri d'Artois sous la protection de sa propre belle-sœur, la dauphine Marie-Thérèse de France. La vie de Marie-Caroline de Bourbon-Siciles s'achève en exil, en Autriche, auprès de son second époux.

Marie-Caroline, duchesse de Berry. Princesse rebelle
Jusqu'au 14 février 2027

Anciennes écuries du Château de Sceaux Musée départemental
Allée d’Honneur - 92330 Sceaux 
Horaires : Du mardi au dimanche de 14h à 18h30 - À partir du 1er novembre de 13h à 17h - Fermé le lundi
Tarif : 6 € - TR : 4 € - Gratuit -26 ans
Accès - RER B Sceaux