Le Château de Sceaux consacre une exposition à l'une des figures marquantes de la Restauration (1814-1830), Marie-Caroline de Bourbon, princesse des Deux-Siciles (1798-1870). Célébrité en son temps, personnage retombé dans l'oubli, la manifestation interroge, en filigrane, la place des femmes dans l'histoire de France. Cette audacieuse, épouse du fils cadet de Charles X, Charles-Ferdinand d'Artois (1778-1820), assassiné en 1820, mère d'Henri d'Artois (1820-1883), est de son temps autant admirée que critiquée. L'exposition "Marie-Caroline, duchesse de Berry. Princesse rebelle", placée sous le double commissariat de Céline Barbin, conservatrice du patrimoine au château de Sceaux et Carole Blumenfeld, historienne de l'art spécialiste de la période, retrace le destin mouvementé, presque romanesque de cette princesse.
D'une grande modernité, Marie-Caroline de Bourbon-Siciles développe une conscience aiguë des codes de son époque, de la nouvelle société émergente. Alors que les femmes sont écartées de la scène politique, elle comprend le pouvoir de l'image, la mise en scène de soi, de son intimité. Cette héroïne romantique conçoit sa propre légende afin de conquérir l'opinion publique, asseoir son influence, et faire apprécier son fils. Pour défendre les droits de l'héritier légitime du trône, elle se mettra en danger dans des tentatives de prises de pouvoir avortées sous la Monarchie de Juillet (1830-1848). Surnommée "la Mary Stuart française" à la suite de ces frasques, son image marque les artistes contemporains. Sofia Coppola s'inspire de sa personnalité pour créer le personnage de Marie-Antoinette dans son film de 2006. Patrice Chéreau lui emprunte la robe blanche maculée de sang portée par Isabelle Adjani dans "La reine Margot" (1994) qui s'inspire du tableau représentant l'agonie du duc de Berry.
Mécène des arts et des lettres, bienfaitrice des peintres, sculpteurs, écrivains, la princesse soutient également l'artisanat. Le parcours d'exposition chronologique réunit 120 pièces, tableaux, gravures, mobilier, objets personnels, parmi lesquelles des prêts exceptionnels du Château de Versailles, qui témoignent de cette vocation d'ambassadrice des savoir-faire français.


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