Expo : L'étoffe de l'artiste - Musée Bourdelle - Jusqu'au 24 janvier 2027

 

L'exposition "L'étoffe de l'artiste", au Musée Bourdelle de Paris, jusqu'au 24 janvier 2027, éclaire sous un angle inédit comment la garde-robe est devenue pour les artistes de la fin du XIXe et jusqu'à la moitié du XXe siècle un manifeste. Affirmation d'une identité reconnaissable, choix esthétique, le style se fait signature. Avec l'essor de la presse, peintres et sculpteurs se construisent un personnage médiatique, une image à diffuser, par le biais d'autoportraits, de photographies ou de caricatures. S'inventer une silhouette caractéristique destinée à la postérité relève de la mise en scène de soi. Dans cette posture nouvelle, résolument moderne, se reflète aussi bien la personnalité que l'époque.

Le vêtement revendique un statut celui d'artiste mais nuance l'appartenance : bourgeois ou bohème, avant-garde ou académie, marge ou "establishment", un pays ou une culture. Parfois geste révolutionnaire, l'habit marque des prises de position, empreint d'une dimension politique. Les femmes s'émancipent et jouent avec la fluidité des genres. Les fantaisistes rivalisent d'exubérance.  








L'exposition "L'étoffe de l'artiste", au Musée Bourdelle, est née de la redécouverte en 2020 d'une partie de la garde-robe d'Antoine Bourdelle dans l'ancien appartement de sa fille Rhodia. Au carrefour de l'histoire de l'art, l'histoire de la mode et de la sociologie, la manifestation réunit cinquante pièces textiles et accessoires associés à une cinquantaine de photographies, trente-trois peintures, douze dessins et neuf sculptures. Enrichi par les prêts du Musée d'Orsay, du Musée des Arts décoratifs, du Musée d'Art Moderne de Paris, du Palais Galliera, de la Maison Atelier Foujita, du Wien Museum et Städel Museum de Francfort et des collections particulières, le parcours chrono-thématique ouvre un dialogue inattendu autour du vêtement d'artiste, véritable réflexion sur la représentation de soi.

Les artistes détournent les codes afin de se singulariser, façonnent leur apparence, s'inventent une dégaine susceptible de marquer les esprits. L'habit terrain d'expression personnelle comme outil de communication peut à l'avenant manifester un rattachement à un groupe et son idéologie. Endosser les attributs de l'artiste permet d'affirmer aux yeux de tous sa vocation.

La manifestation est orchestrée par la Commissaire générale, Ophélie Ferlier Bouat, directrice du musée Bourdelle, et les commissaires scientifiques, Lili Davenas, responsable des peintures et arts graphiques au musée Bourdelle, conservatrice du patrimoine, Valérie Montalbetti Kervella, responsable des sculptures et des collections d'Antoine Bourdelle au Musée Bourdelle, historienne de l'art.







À l'Académie royale des Beaux-Arts, créée au XVIIe siècle, devenue l'École des Beaux-Arts, des modes naissent parmi les professeurs et les élèves. L'institution formate. Au XIXe siècle, il est du plus grand chic de revendiquer une filiation avec ses illustres prédécesseurs, en empruntant par exemple la toque de velours de Rembrandt et Raphaël, en peignant des autoportraits en houppelande de la Renaissance à l'instar d'Ernest Meissonnier. 

Se glisser dans l'uniforme d'artiste permet de frapper l'imaginaire collectif. Les artistes officiels, établis, repus et reconnus, posent en costume d'académicien, légion d'honneur à la boutonnière, bedaine et double menton en prime. Le costume des avant-gardistes découle de la modestie de leurs moyens financiers. Ils empruntent le vestiaire du travailleur, de l'artisan, de l'ouvrier, des vêtements aux étoffes résistantes, salopettes, blouses. Dans les cercles de la bohème, le négligé et la désinvolture s'accessoirisent abondamment, galurin, lunettes, foulard.

Parfois il s'agit de faire un choix entre l'élégance et la praticabilité. Rosa Bonheur (1822-1899), peintre et sculptrice, férue de représentation animalière, par nécessité, adopte le pantalon masculin lorsqu'elle part en expédition dans les hauts pâturages des Pyrénées, les Alpes, le Cantal. De l'observation en pleine nature à la ville, elle finit par conserver cette tenue si confortable. 

Les vêtements régionalistes, adoptés par curiosité ou revendication, prennent de l'ampleur, un mouvement dont témoignent au Musée Bourdelle les costumes folkloriques bretons de Camille Bernier (1823-1902) ou de Jacob Meijer de Haan (1852-1895).  Les jupons traditionnels colorés et fleuris de style Tehuana portés par Frida Kahlo (1907-1954) annoncent ses origines ethniques, affirment son identité. Léonard Foujita associe vestiaire japonais et français dans une fusion unique des matières et des coupes.







Les artistes femmes empruntent le vestiaire des hommes, jouent avec le concept de silhouette androgyne dès les années 1920, Marie Laurencin (1883-1956), Romaine Brooks (1874-1970). La fluidité de genre prend des formes inédites, l'artiste surréaliste Claude Cahun (1894-1954) et son double fictif masculin, Marcel Duchamp (1887-1968) travesti en Rrose Sélavy.

Les excentriques hautement identifiables comme Salvador Dali oscillent entre affirmation et expérimentation. Sonia Delaunay (1885-1979) applique aux textiles, aux vêtements, ses théories des couleurs dans une palette chromatique vibrante au graphisme marqué. 

Dès les années 1910-1920, les futuristes italiens voient dans la mode un outil d'évolution sociale, politique, esthétique. Giacomo Balla (1871-1958) signe "Le manifeste du vêtement masculin futuriste" (1914) et affirme son projet de "transformer le réel". 

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, les artistes intriquent intimement la vie et l'œuvre qui se substitue au corps. Joseph Beuys utilise du feutre, extrait de sa mythologie personnelle. Blessé sur le front russe en 1944, il aurait été sauvé par une tribu nomade de Tartares par lesquels il aurait été soigné en étant enveloppé dans du feutre et badigeonné de graisse. 

L'étoffe de l'artiste
Jusqu'au 24 janvier 2027

Commissaire générale, Ophélie Ferlier Bouat, directrice du musée Bourdelle
Commissaires scientifiques, Lili Davenas, responsable des peintures et arts graphiques au musée Bourdelle, conservatrice du patrimoine, Valérie Montalbetti Kervella, responsable des sculptures et des collections d'Antoine Bourdelle au Musée Bourdelle, historienne de l'art
Conseil scientifique de Denis Bruna, conservateur au musée des Arts décoratifs (MAD).

Retrouvez sur le site du Musée Bourdelle tout le programme d'activité en lien avec l'exposition, ateliers enfants, visites guidées, conférences

Musée Bourdelle
18 rue Antoine Bourdelle - Paris 15
Horaires : du mardi au dimanche de 10h à 18h, fermeture le lundi et certains jours fériés 
Tél : 01 49 54 73 73
Métro Montparnasse lignes 4, 6, 12 / Falguière ligne 12



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.