Paris : Place de la Contrescarpe, placette de village au coeur du Quartier Latin - Ve arr

2026

La Place de la Contrescarpe, au coeur du Ve arrondissement de Paris, constitue un ensemble pittoresque, vieilles maisons, pavés, cafés et restaurants dont les terrasses animées entretiennent l'esprit de village. Au carrefour de la rue Mouffetard, des rues Lacepède et du Cardinal Lemoine, elle est percée en 1852 mais n'adopte son appellation actuelle qu'au début du XXe siècle. Ce nom fait référence à l'un des éléments des anciennes fortifications de la ville, l'enceinte Philippe Auguste. La contrescarpe était le talus extérieur du fossé défensif au pied des remparts.







Fruit de réaménagements successifs, la place de la Contrescarpe ne prend forme que sous le Second Empire. Elle demeure jusque-là une simple avancée de la Porte Saint Marcel, associée à l'enceinte Philippe Auguste, rempart édifié à partir du XIIe siècle. Il s'agit alors d'un carrefour commercial où sont débarqués les marchandises qui pénètrent dans la ville. De nombreuses tavernes et auberges s'y implantent afin d'accueillir carriers comme étudiants et lettrés du Quartier Latin. Lieu festif à la réputation sulfureuse, 

Au XVIe siècle, le cabaret-taverne La Pomme de pin se situe à l'angle de la rue Mouffetard et de la rue de la Contrescarpe Saint Marcel, et non au niveau du numéro 1 de la place actuelle comme le laisse entendre l'inscription erronée. Fréquenté par les poètes de la Pléiade, notamment Jean Antoine du Baïf, Pierre de Ronsard et Joachim du Bellay, l'établissement est vanté par François Rabelais qui le mentionne en 1532 dans "Pantagruel". Au XVIIe siècle, Molière, Jean de La Fontaine, Jean Racine apprécient la vie nocturne du quartier tandis que René Descartes séjourne au 14 de la rue Rollin voisin. Bernardin de Saint-Pierre rédige le roman "Paul et Virginie" (1788) dans un appartement situé au niveau du numéro 4 de la place de la Contrescarpe.

Au XVIIIe siècle, la caserne des Gardes françaises, installée au 36 rue Mouffetard, vient tempérer les débordements des tavernes. La tradition littéraire se perpétue avec la Lost Generation dans les années 1920. Ernest Hemingway vit au 74 rue du Cardinal Lemoine lors de son séjour à Paris, George Orwell dans le quartier.  

Aux numéros 12-14, se trouvait l'enseigne classée d'un ancien marchand de chocolat, la boutique "Au Nègre Joyeux" fondée en 1812. Déposée au printemps 2018, elle est désormais conservée au Musée Carnavalet Histoire de Paris dans la salle des enseignes. 







La place de la Contrescarpe est ouverte en 1852 sous le nom de place Lacepède. Les préceptes hygiénistes du XIXe siècle transforment l'ancien tissu urbain et les grands travaux d'Haussmann modernisent Paris. 
L'ilot insalubre, héritage médiéval, entre les rues Copeau future Cardinal Lemoine et Lacepède, situé sur la partie orientale de la place actuelle, est rasé. Les mesures d’expropriation rapidement exécutées réinventent le quartier Saint Médard. Le tribunal civil de la Seine détermine le montant des indemnités le 14 juillet 1853. Deux mois plus tard, le chantier débute. Un certain nombre d’estaminets réputés disparait dans la manœuvre.

La place Lacepède devient place de la Contrescarpe au XXe siècle, appellation qu'elle emprunte à l'ancienne rue de la Contrescarpe Saint Marcel, aujourd'hui absorbée par la rue Blainville et la rue du Cardinal Lemoine. 

Depuis la fin des années 1960, la rue Mouffetard a fait l’objet de vastes opérations de réhabilitation. Le quartier conserve néanmoins son charme atypique de village entre Saint-Médard et la Contrescarpe. Les années 1970 modifient profondément sa nature. Les commerces de proximité, commerces de bouche destinés aux riverains, font place à des cafés, des bars, des restaurants et leur clientèle peu discrète, jeunes fêtards et touristes en quête de divertissement. L'étroitesse des trottoirs complique la cohabitation entre terrasses de café et passants. Victime de nuisances nocturnes associées aux activités des établissements qui la bordent, la place de la Contrescarpe rencontre les plaintes des riverains. 


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La fontaine, modèle réduit de celle située sur la place Saint Médard, est installée en 1994. Le réaménagement ajoute alors des haies de buis, des plots et des chaînes qui interdisent l'accès au terre-plein. Dans les années 2000, les terrasses envahissent les trottoirs récemment agrandis. Pétitions des riverains en guise de protestation et demandes de classification se multiplient. Le stationnement anarchique des deux roues dépare. 

En 2016, la Mairie se penche sur le sort de la place de la Contrescarpe afin d'établir un plan de modernisation en concertation avec les commerçants et les riverains. Les travaux débutent en 2017. Ils suppriment haies et chaînes, libèrent le centre de la placette, aménagent des parkings pour vélos, motos et revoient les espaces de livraison. L'été 2017 prévoit une végétalisation de la placette. Pourtant, les quatre paulownias de la place, victimes d'agents pathogènes et des rats, sont abattus pour être remplacés, bien plus tard, en 2022. Mais en 2025, ils montrent des signes inquiétants. Un nouvel abattage fait disparaître les arbres. Des arbrisseaux chétifs ont pris leur place et laissent une impression austère de minéralité désolée.   

Place de la Contrescarpe - Paris 5
Métro Place Monge ligne 7



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.


Bibliographie
Connaissance du Vieux Paris - Jacques Hillairet - Rivages
Le guide du promeneur 5è arrondissement - Bertrand Dreyfuss - Parigramme
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette