Paris : Ancien réfectoire du Couvent des Cordeliers, vestige gothique flamboyant, mémoire de l'ordre des Franciscains, souvenir du club révolutionnaire des Cordeliers - VIe arr

 

L'ancien réfectoire du couvent des Cordeliers est le seul vestige de ce centre religieux et intellectuel de premier plan. À Paris, l'ordre des frères mineurs de saint François dispense durant six siècles, du XIIIe siècle au XVIIIe, un enseignement dont la réputation dépasse les frontières de la France. Le déclin du couvent à partir du XVIIe siècle puis la dissolution de l'ordre franciscain à la Révolution, suivie de l'occupation par le Club des Cordeliers l'un des plus célèbres clubs révolutionnaires, déterminent le destin des bâtiments conventuels. Le cloître, les jardins, l'église sont rasés afin de construire sur les terrains libérés l'École pratique de médecine entre 1877 et 1900. Seul l'ancien réfectoire, remarquable exemple de gothique flamboyant édifié entre la fin du XVe siècle et 1506, est préservé puis classé aux Monuments historiques en 1905. Désormais propriété de Sorbonne Université, le site de l'ancien couvent des Cordeliers est occupé par l'UFR de Médecine de l'université Paris Cité, laboratoires de recherche médicale et services administratifs.

Le réfectoire se caractérise par ses proportions exceptionnelles, 57 mètres de long, 17 mètres de larges, 24 mètres de haut ainsi qu'une tourelle hors oeuvre haute de douze mètres. Le programme décoratif foisonnant distingue le portail monumental. Côté Nord, sur le mur figurent des inscriptions des XVIIe et XVIIIe siècles, environ trois-cents noms de moines devenus docteur en théologie. Au rez-de-chaussée, se trouvait à l'origine la salle de réfectoire tandis qu'au premier étage était dévolu au dortoir des novices. À ces espaces s'ajoutait un niveau de combles de belle hauteur. Les dispositions originelles, murs extérieurs en maçonnerie, structures de poutres en bois et murs intérieurs lambrissés, ont favorisé la dégradation au fil des habilitations. Les salles étaient divisées dans le sens de la longueur par des alignements de poteaux.

La réhabilitation du réfectoire menée par la RIVP à la fin des années 2010, a permis de transformer l'édifice en salle évènementielle de 700m2 doublée au premier étage de logements destinés aux jeunes chercheurs, trente-quatre studios et cinq T2.






Les moines franciscains fondateurs du couvent des Cordeliers quittent l'Italie au XIIIe siècle pour s'installer en France sous le règne de Philippe Auguste (1165-1223). Le nom de Cordeliers fait référence à la corde de chanvre qui ceinture leur robe de bure. Les Franciscains fondent un collège rattaché à l'Université de Paris en 1217. Ils sont à l'origine de la construction de l'église dédiée à Sainte Madeleine en 1262. Le sanctuaire jouxte le couvent, édifié sur des terrains, d'anciennes vignes, concédés par Louis IX, protecteur de l'ordre, et l'abbaye de Saint Germain des Prés. L'enclos spacieux et son superbe jardin se développent le long de la muraille de Philippe Auguste édifiée à la fin du XIIe siècle. Le réfectoire originel du XIIIe siècle est rasé en 1358 lors de remaniements de l'enceinte défensive désormais enceinte Charles V.

Durant six siècles, le couvent des Cordeliers joue également le rôle de collège. Établissement de premier plan, IL dispense des cours de théologie et de philosophie. Il occupe une place prépondérante dans l'histoire religieuse et intellectuelle. Les jeunes cordeliers de toute l'Europe poursuivent leur formation théologique au sein de ce collège. Chaque promotion réunit plusieurs centaines d'élèves. 

Le réfectoire parvenu jusqu'à nous est édifié au cours de la seconde moitié du XIVe siècle, grâce à la dotation consentie par Jeanne d'Evreux (1310-1371), alors veuve de Charles IV le Bel (1294-1328), protectrice des communautés religieuses, et en particulier les Cordeliers. Au décès de la reine, le chantier loin d'être abouti prend du retard à défaut de financement. Fenêtres du premier étage, portail, pignon occidental ne sont achevés qu'en 1506. Soutenue par la couronne et le pape, la communauté des Cordeliers prend de l'ampleur entre le XVe et le XVIe siècles. Son influence grandit grâce aux nombreux érudits formés au sein du couvent qui participent de sa renommée. En 1580, un incendie ravage l'église et le cloître, respectivement reconstruits en 1582 et 1683.

À partir du XVIIe siècle, le couvent des Cordeliers connait un déclin. Certains des bâtiments sont réaffectés. De 1603 à 1622, le réfectoire accueille un temps la bibliothèque royale à l'initiative d'Henri IV. Au milieu du XVIIIe siècle, le réfectoire cloisonné permet de délimiter des magasins loués à des commerçants. Cette activité fournit un revenu non négligeable à la communauté dont l'influence ne cesse de décroître. En 1783, le roi Louis XVI intervient en faveur des Cordeliers pour leur éviter l'expropriation suggérée par le ministre des Finances Jacques Necker. Ce dernier souhaite récupérer la propriété depuis 1779, afin d'y établir une nouvelle prison et la Chambre des comptes. 




Edme Verniquet (1727-1804), architecte, entreprend de relever le premier plan exact de Paris. En 1785, il s'installe avec ses collaborateurs dans l'un des espaces du réfectoire. Une partie du bâtiment sert alors de dépôt d'archives de la Cour des Comptes et de Bibliothèque royale qui conserve jusqu'à 24 000 ouvrages. 

En 1790, l'Assemblée constituante vote une loi de dissolution des ordres et congrégations religieuses. Les communautés sont dispersées. D'avril 1790 à 1794, la Société des Amis des droits de l’homme et du citoyen, bientôt surnommé le Club des Cordeliers, tient ses séances publiques dans la salle de théologie, ancien amphithéâtre d'anatomie aujourd'hui disparu. Ce club politique révolutionnaire, particulièrement actif durant les insurrections, est alors animé par Georges Danton et Jean-Paul Marat, Louis Legendre, Jacques-René Hébert, Jacques-Nicolas Billaud-Varenne, Camille Desmoulins, Fabre d'Églantine. Le vent tourne sous la Terreur. Les membres influents arrêtés au printemps 1794 et guillotinés, le club ferme en 1795. 

En 1795, la nouvelle École de Santé de Paris investit les anciens bâtiments du couvent. Elle devient École de Médecine de Paris en 1798 puis reprend son titre originel de Faculté de Médecine en 1808. 

En 1805-1806, le réfectoire est remanié afin d'accueillir divers ateliers. Jean-Tobie Merklein, mécanicien et ingénieur, y oeuvre pour la Banque de France à la fabrication des billets, timbres et divers sceaux. Francesco Belloni, mosaïste romain, fondateur d'une manufacture parisienne en 1798, y dispense des cours auprès de ses élèves. Dans les combles. Le peintre Jean-Baptiste Regnault réside cour du Commerce Saint André et tient atelier dans les combles du réfectoire.

Le doyen de la faculté de médecine de Paris, Mathieu Orfila, créé en 1835 le Musée Dupuytren, musée d'anatomie pathologique, grâce au legs consenti par Guillaume Dupuytren, professeur de médecine opératoire à la faculté de médecine. Le nouveau musée prend ses quartiers au sein de l'ancien réfectoire des Cordeliers. Le Musée Dupuytren, vétuste, ferme ses portes en 1937. Les collections seront à nouveau présentées au public à partir de 1967, dans les locaux de l'ancienne faculté de médecine et au sein de l'hôpital Cochin. Les collections du Musée Dupuytren sont transférées vers les réserves de Jussieu, université Pierre et Marie Curie en 2016.

En 1875, la Ville de Paris cède l'ensemble de l'ancien couvent des Cordeliers, terrains et bâtiments à la Faculté de Médecine qui fait raser l'ensemble afin de concevoir des locaux adaptés à leur vocation d'enseignement et recherche. Le cloître disparait à cette occasion. 

Le réfectoire préservé de la destruction est classé sur la liste des Monuments historiques en 1905, protection patrimoniale qui sera renouvelée en 1975 par un arrêté. Durant l'entre-deux-guerres, le réfectoire fait l'objet d'un chantier d'envergure. De 1929-1935, toitures, des lucarnes du XIXe siècle sont restaurés et les souches de cheminées supprimées. En 1985, une nouvelle campagne de restauration a présidé à la démolition du mur de refend édifié en 1806. La réhabilitation la plus récente menée par la RIVP s'est achevée en 2019.

Réfectoire vestige du couvent des Cordeliers 
15 rue de l'École de Médecine - Paris 5



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.


Bibliographie
Saint-Germain des Prés et son faubourg, évolution d’un paysage urbain - Dominique Leborgne - Parigramme
Connaissance du Vieux Paris - Jacques Hillairet - Rivages
Le guide du promeneur 6è arrondissement - Bertrand Dreyfuss - Parigramme
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette