Paris : 13-15 rue de la Bûcherie, histoire d'un site occupé par l'ancienne Faculté de Médecine de Paris de 1472 à 1775 - Ve arr

 

Au 13-15 rue de la Bûcherie dans le Ve arrondissement se trouve un ensemble élégant, site originel de la Faculté de Médecine de Paris que l'école occupe de 1472 à 1775. Ce lieu historique n'est désigné sous l'appellation "Hôtel de la Bûcherie" que depuis très récemment. Propriété de la Ville de Paris depuis 1898, il se caractérise par une remarquable rotonde sous coupole du XVIIIe siècle, ancien amphithéâtre d'anatomie dit amphithéâtre de Winslow. 






La rue de la Bûcherie, dont l'appellation évoque le voisinage du port aux Bois ou port de la Bûcherie, est ouverte au début du XIIIe siècle sur le clos Mauvoisin. À l'angle de la rue des Rats et de la rue de la Bûcherie, la Faculté de Médecine, fondée en 1331, investit une première maison à proximité de l'Hôtel Dieu dès le XIVe siècle. La propriété prend de l'envergure avec le rachat de maisons voisines, Maison de la Couronne de fer en 1469, Maison des Trois Rois en 1523, Maison du Soufflet en 1568 et Maison de l'Image Sainte Catherine en 1608. 

Le bâtiment principal est entièrement remanié entre 1472 et 1502 afin d'accueillir les élèves. Au fil des acquisitions, les infrastructures se complètent, bibliothèque, salle des actes, chapelle, amphithéâtre d'anatomie, dit amphithéâtre Riolan en hommage à deux médecins, le doyen de la faculté de médecine de Paris, Jean Riolan l'Ancien (1539-1606), et Jean Riolan le Jeune ou le Fils (1577-1657), professeur d'anatomie et de botanique, premier médecin de la reine Marie de Médicis. Il sera reconstruit à diverses reprises en 1578, 1604, et en 1620 sous la direction de l'architecte Jacques Lemercier (1585-1654).

En 1575, Jean Robin (1550-1629), botaniste royal d'Henri III, Henri IV, Louis XIII, y créé entre la rue et la Seine, le premier jardin botanique de Paris, dont témoigne encore le square Viviani où se trouve le plus vieil arbre de Paris, un robinier ou faux acacia, planté par le scientifique.

Du fait de la proximité de la Seine, l'École de Médecine est régulièrement inondée à l'occasion des crues du fleuve. L'état des bâtiments s'en ressent. Michel le Masle (1587-1662), seigneur et prieur des Roches et de Notre-Dame-des-Champs, chanoine de Notre-Dame et secrétaire de Richelieu, consent une importante donation en 1643. L'École de Médecine est reconstruite en grande partie grâce à ses largesses. Une plaque, apposée en 1678 à l'entrée de la salle des actes, rend hommage à la générosité du mécène. 

Dans les années 1690, la Faculté de Médecine entend rivaliser avec le nouvel amphithéâtre de l'Académie royale de chirurgie établi au 5 rue des Cordeliers, future rue de l'École de Médecine. L'amphithéâtre de Riolan est reconstruit sous la direction de l'architecte Louis Barbier de Blignières entre 1743 et 1745. Désormais amphithéâtre dit Winslow, il est inauguré à l'occasion d'une séance de dissection publique menée par le professeur Jacques Bénigne Winslow, médecin anatomiste, le 8 février 1745. 

L'amphithéâtre se révèle rapidement trop exigu pour ses fonctions. De nouvelles crues de la Seine endommagent les locaux, vétustes dès les années 1770. En 1775, la Faculté de Médecine déménage vers la rue Jean de Beauvais, pour s'implanter définitivement sur le site de l'ancien couvent des Cordeliers au lendemain de la Révolution. 






Les bâtiments du 13-15 rue de la Bûcherie, nationalisés à la Révolution, sont vendus. Au XIXe siècle, ils renouvellent leur vocation, atelier, imprimerie, lavoir dans l'amphithéâtre de Winslow en 1890, hôtel de voyageurs, maison close, cabaret avant le rachat par la Ville de Paris en 1898. Sauvé de la destruction, l'ensemble est classé à l'inventaire des Monuments historiques par arrêté du 20 décembre 1907. Un projet de Maison des étudiants donne lieu à une réhabilitation dirigée par l'architecte municipal Georges Debrie (1856-1909). 

En 1937, la préfecture de la Seine attribue le bâtiment du 13 rue de la Bûcherie à la bibliothèque russe Tourguenev, plus ancienne bibliothèque de langue russe en dehors de la Russie. Cette institution fondée en 1875 par un groupe d'étudiants et émigrés russes à l'initiative de German Lopatine est placée sous le parrainage d'Ivan Tourgueniev (1818-1883) qui y dépose une grande partie de sa collection personnelle. Durant la Seconde Guerre Mondiale, lors de l'Occupation allemande, la bibliothèque est victime des spoliations nazies et les ouvrages envoyés à Berlin. En 1945, l’Armée Rouge s'en saisit et rapatrie les livres en Union soviétique où une partie est conservée, dans le secret, à la Bibliothèque Lénine de Moscou.

De 2018 à 2020, Perrot& Richard architectes et designer Ramy Fischer de RF Studio s'attachent à la restauration de l'ensemble. Aujourd'hui, il accueille Philanthro-Lab, incubateur de projets à vocation sociale, fondation créée par Philippe Journo, entrepreneur, homme d'affaires, acteur majeur de l'immobilier commercial, qui y propose séminaires, et espace de co-working. 

Hôtel de la Bûcherie, ancienne Faculté de Médecine 
13-15 rue de la Bûcherie - Paris 5
Métro Saint Michel ligne 4
RER B Saint Michel Notre Dame



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.


Bibliographie
Saint-Germain des Prés et son faubourg, évolution d’un paysage urbain - Dominique Leborgne - Parigramme
Connaissance du Vieux Paris - Jacques Hillairet - Rivages
Le guide du promeneur 5è arrondissement - Bertrand Dreyfuss - Parigramme
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette