Théâtre : Les Marchands d'étoiles - D'Anthony Michineau - MES Julien Alluguette - Le Splendid - Jusqu'au 3 janvier 2027

Crédit Florent Cleret 

En juin 1942, Raymond Martineau propriétaire d'un commerce de tissu a organisé une soirée d'inventaire. Paris occupée par les Nazis, sous couvre-feu, ne trouve pas de repos. Les avions survolent la Capitale, les sirènes hurlent, les miliciens patrouillent dans les rues qui résonnent du bruit des bottes et des balles perdues. La nuit s'étire dans le comptage des étoffes dans les sous-sols du magasin. Raymond, méridional haut en couleurs, fort en gueule, patron au grand cœur, fait mine de croire qu'il est le chef à la maison. Face à Yvette, la discrète épouse dont le tempérament, la force de caractère se révèle dans les épreuves et leur fille, Paulette aussi ravissante que rebelle, il peine à s'imposer. Et puis il y a Joseph leur tout jeune employé et Louis le plus ancien.

Au cours de la soirée, Joseph, un peu naïf, révèle que si son père est catholique, sa mère est juive. Cette ascendance le met en danger, entre persécutions et dénonciations. À l'initiative du gouvernement de Philippe Pétain, le "statut des Juifs", deux lois d'exclusion et de discrimination, ont été adoptées par le régime de Vichy en octobre 1940 et juin 1941. Désormais les mesures contre les Juifs s'amplifient. Depuis fin mai 1942, une ordonnance allemande impose le port de l'étoile jaune à tous les Juifs de plus de six ans en zone occupée. Louis, qui s'est lié récemment avec Marcel un milicien dépourvu de scrupules, collabo zélé, s'inquiète. De violents coups sont frappés à la porte.


"Les Marchands d'étoiles", pièce créée au Festival d'Avignon 2023, remarquée par la critique et plébiscitée par le public, a été nommée quatre fois aux Molière 2025 qui ont distingué Guillaume Bouchède, dans le rôle de Raymond, lauréat du prix du meilleur comédien dans une pièce de théâtre privé. Anthony Michineau, l'auteur, qui interprète également le pragmatique Louis, s'est inspiré d'une histoire réelle. Durant la Seconde Guerre Mondiale, de deux entreprises parisiennes, un fabricant de tissu et un imprimeur ont fait fortune en obtenant le monopole sur la production des étoiles jaunes imposées aux Juifs par Vichy et les Nazis.

L'écriture emprunte une voie entre la comédie et le drame qui s'entrechoquent. Équilibre subtil. Dans cette pièce d'une grande humanité, les répliques fusent, dialogues au cordeau. Les tempéraments se dévoilent dans l'adversité. L'interprétation prend toute sa dimension. L'humour soulage les tensions, les montées d'angoisse. Le sens de la dramaturgie tient les spectateurs en haleine. La mise en scène signée Julien Alluguette rythme un spectacle sans temps mort, partition sensible qui offre aux comédiens un bel espace d'expression.

La qualité de l'interprétation, donne corps aux secrets, aux masques derrière lesquels se dissimulent les couards et les courageux. La générosité des comédiens s'incarne dans un esprit de troupe, une belle énergie communicative. Guillaume Bouchède interprète un Raymond à la faconde délicieuse. Anthony Michineau qui prête ses traits à Louis ni collabo ni héros qui fait le dos rond en attendant que ça se passe. Nicolas Martinez est glaçant dans le rôle de Marcel le cynique, type effroyable. Julien Crampon convainc en candide Joseph. Stéphanie Caillol est épatante dans le rôle de la surprenante Yvette et Axelle Dodier propose une délicieuse Paulette. "Les Marchands d'étoiles" capture le moment de bascule qui fait les héros et les salauds quand les gens ordinaires sont confrontés à l'Histoire. Un spectacle remarquable. 

Les Marchands d'étoiles
Jusqu'au 3 janvier 2027
Du 30 juin au 29 août : du mardi au samedi à 19h,
À partir du 3 septembre : du jeudi au samedi à 19h, matinées le samedi à 16h30 et le dimanche à 17h,
Relâches : 24, 25 décembre et 1er janvier, supplémentaires : lundi 28 décembre à 19h.

Auteur : Anthony Michineau
Mise en scène : Julien Alluguette assistée de Blandine Guimard
Distribution : Guillaume Bouchède ou Eric Collado ou Jean-Jérôme Esposito / Nicolas Martinez ou Romain Thunin ou Guillaume Compiano / Anthony Michineau ou Thibaut Gonzalez ou Romain Fleury / Julien Crampon ou Vianney Fayard ou Alban Pellet / Stéphanie Caillol ou Clotilde Daniault ou Sabine Perraud / Axelle Dodier ou Justine Teulié ou Sawsan Abes ou Ilona Bachelier
Scénographie : Georges Vauraz
Création sonore : Yohann Roques
Lumières : Ronan Le Magorec

Théâtre du Splendid
48 boulevard Saint-Martin - Paris 10



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.