Nos Adresses : Naam, cantine thaïe à Belleville, accueil revêche pour une table dispensable - Paris 19

 

Naam, l'eau en thaï, gargote couverte de louanges par Télérama, rend hommage au royaume du Siam et sa cuisine. Sur le papier, l'adresse avait tout pour séduire. La réalité nous a rattrapé. Cette cantine du Nord de Paris témoigne d'une passion pour la cuisine du monde et d'un pays en particulier. Anne Coppin, sa créatrice, originaire de Lille, découvre la Thaïlande pour la première fois à l'âge de dix ans, lors d'un périple avec ses parents. Coup de foudre, jamais démenti. À vingt ans, elle s'embarque dans un food trip d'un an au volant d'un truck équipé d'une cuisinière à gaz et d'une batterie succincte. Dans cet équipage, humeur vagabonde, elle traverse l'Asie guidée par son goût des découvertes et de la nouveauté. Par la suite, Anne Coppin perfectionne ses techniques culinaires en multipliant les stages dans les restaurants de Bangkok entre street food et établissements haut de gamme. Elle produit un livre de recettes et un guide de voyage gourmand inspirés de ses expériences. En 2020, elle ouvre sa première adresse dédiée à la cuisine thaïe, à Lille, restaurant doublé de cours de cuisine le dimanche.

Le deuxième établissement voit le jour à Paris, dans le quartier de Belleville, en 2024. La cantine au décor chiné, gentiment kitsch, associe anciennes affiches, vieilles photos, pochettes de disque, papier peint palmier. Configuration plaisante, palette chromatique avenante. La cuisine de poche, ouverte derrière une vitre sur rue, dispense le spectacle divertissant des nourritures en préparation. La carte revendique l'authenticité, la simplicité, la convivialité. Le troisième restaurant est inauguré en mai 2026 du côté de la Bastille. Le récit est joli. Il donne envie d'aimer. Mais l'expérience s'avère peu concluante.







Absorbée par le lancement de sa nouvelle adresse dans le XIe arrondissement, Anne Coppin a confié les rênes de Naam, l'échoppe bellevilloise, à ses équipiers. Cette délégation donne lieu à une expérience authentique certes mais authentiquement parisienne avec un accueil atrabilaire. Notre serveuse, une blondinette joufflue visiblement mortifiée d'être obligée de travailler, va consciencieusement altérer la qualité de notre soirée par un comportement original d'un rare manque de professionnalisme. 

La table a été réservée la veille auprès d'une première employée qui a fait semblant de noter la réservation dans un registre imaginaire. Étrange mais si ça l'amuse de jouer à la marchande plutôt que de dire simplement que la réservation n'est pas nécessaire et pas vraiment confirmable non plus. Le jour-même, restaurant quasiment vide, la nouvelle hôtesse tente de nous installer à une table placée au bord d'un escalier qui mène aux toilettes et aux réserves. L'une des chaises se trouve posée à cinq centimètres de la première marche et menace de chuter au moindre faux mouvement. Soupir d'exaspération quand je demande à changer. "C'est la table que vous avez réservée". Oui, bien sûr, j'ai réservé une table dangereuse qui bloque le passage vers les sanitaires. Parce que j'aime me faire déranger en plein dîner par des convives à la vessie pleine et que je kiffe avoir le vertige. 

Soupirs réitérés de nombreuses fois tout au long de la soirée. Notamment lorsque, en absence de conseils ou d'explications, quelques minutes supplémentaires sont demandées pour choisir les plats. Ou quand un bol de riz est requis pour atténuer les ardeurs d'une entrée caractérielle. Ou que ladite entrée prend trop de temps à être dégustée. Le manque d'aménité de cette demoiselle ne sera pas notre exclusivité. Parmi les victimes, deux touristes seniors, à qui elle s'adresse avec une désinvolture blasée, Gen Z stare en prime - je pensais que c'était une légende urbaine, il existe donc ! - et un couple de vingtenaires, casé à la table dans l'escalier susmentionnée, qui s'en plaint mais pas au point d'avoir le privilège de changer de place - alors que le restaurant est toujours quasi vide. Les seuls sourires de la soirée seront adressés à un jeune homme qui dîne avec sa petite amie. Gênant. Et au moment de l'addition, dans l'espoir d'un pourboire qui n'arrivera pas. Tu as vu la Vierge, Bernadette. 







Chez Naam, la carte resserrée, gage de qualité et de fraîcheur, décline deux amuse-bouche, deux salades, deux currys, deux plats sautés, deux plats grillés, quatre desserts. Les promesses nourrissent les attentes, la délicatesse des marinades, la force des épices, la vivacité des compositions, l'expressivité des parfums, le contraste des textures. Et au final dans l'assiette, c'est une déception avec des mets manquant cruellement de nuances et d'élégance. 

En entrée, la Som Tam, "salade de papaye vert, carottes, échalotes, cacahuètes grillées, piments frais, citron vert et tamarin, recette de Khon Kaen dans le Nord-Est" (10 euros), d'une fraîcheur aussi sympathique que croquante, travaille dans les résonances sucrées salées et stridulations acidulées. 

La Laap Het, "salade de champignons, coriandre longue, échalotes, concombre et piments, assaisonnée au citron vert et à la poudre de riz grillée et d'un mélange d'épices typiques des montagnes du Nord, recette de la région de Chiang Rai dans le Nord " (12 euros), nécessite la présence d'un bol de riz jasmin - Khao Homali 3 euros - pour en apaiser le feu. Tempérament virulent. 

Le Khao Phad Het, "riz jasmin, pleurotes et shitaké sautés au wok, accompagnés d'un œuf frit et d'une sauce phrik naam pla, recette de la région de Hua Hin dans le Centre" (21 euros), pour résumer un riz frit aux champignons et à la sauce de poisson, pianote sur une seule note et manque de caractère. Le Phad See Yew, "pâtes de riz fraîches, légumes verts, œuf, sauce soja foncé, poivre blanc, cacahuètes, phrik nam pla, région de Nonthaburi dans le Centre" (20 euros), un sauté de nouilles au wok fait le job, sans épate, à peine perturbé par une invasion de branches de persil entières. Prochaine étape, la botte. 

Si les plats ont été apportés dans un rush inopportun, les desserts daignent faire leur apparition vingt minutes après commande. Le Khanom Kati, "flan crémeux au lait de coco du Naam" (8 euros), s'avère dispensable. Le Khao Niao Manuang "riz gluant à la mangue, réalisé de façon traditionnelle" (10 euros), se révèle délicieux, seul coup de cœur de la soirée. 

Naam, c'est l'histoire d'une déception. François Simon se demanderait : "Y retournerai-je ?". J'en doute. 

Naam
73 rue de Belleville - Paris 19
Horaires d'été : Ouvert tous les jours de 19h à 23h



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.