Théâtre : Le procès d'une vie - De Barbara Lamballais et Karina Testa - Théâtre du Splendid - Jusqu'au 3 janvier 2017

Crédit Simon Gosselin  

Été 1971, Marie-Claire Chevalier, adolescente de seize ans, d'un milieu modeste, a été abusée par un camarade de classe plus âgé. Enceinte, elle refuse de garder l'enfant. L'avortement est alors illégal et sévèrement puni. Elle raconte tout à sa mère, Michèle, employée à la RATP qui élève seule ses trois filles. À défaut d'avoir les moyens de payer la somme réclamée par le gynécologue qui a confirmé la grossesse, Michèle cherche une faiseuse d'ange. Elle se confie à ses collègues, son amie, Lucette, sa foi et son empathie, Renée, ses convictions, son éducation. Micheline, qui a connu les violences conjugales et expérimenté sur elle-même un avortement clandestin, accepte d'aider Marie-Claire. Mais lors de la troisième tentative, la jeune fille fait une hémorragie. Elle est conduite d'urgence à l'hôpital. Quelques semaines après, le garçon qui a violé Marie-Claire, arrêté dans le cadre d'un vol de voiture, tente d'obtenir la clémence des autorités en dénonçant sa victime. Les cinq femmes impliquées dans l'avortement clandestin sont inculpées. Elles contactent l'avocate Gisèle Halimi, réputée pour ses combats féministes, qui accepte de les défendre.


La pièce écrite à quatre mains par Barbara Lamballais et Karina Testa, créée en juillet 2025, dans le cadre du Festival Off d'Avignon, a été distinguée par trois Molière en 2026. Exempt de tout pathos, "Le procès d'une vie" embrasse la grande histoire à hauteur de femmes, des femmes ordinaires et leur avocate Gisèle Halimi (1927-2020). En 1972, elles reçoivent un large soutien de la part d'intellectuels, de médecins, de militants. La médiatisation retentissante du procès mobilise une partie de l'opinion. L'engagement public a trouvé une voix commune dès le 5 avril 1971, date à laquelle le Nouvel Observateur publie le Manifeste des 343, une pétition pour la dépénalisation de l'IVG, signée par 343 femmes, célébrités et anonymes qui affirment avoir subi un avortement malgré la loi de 1920.

À l'automne 1972, Marie-Claire Chevalier est relaxée, les autres prévenues sont condamnées à des peines symboliques. Le procès de Bobigny, évènement hautement politique, marque une étape décisive dans le combat féministe qui débouche, le 17 janvier 1975, sur la loi Veil.

La pièce, véritable manifeste, associe histoire intime et combat féministe. Elle souligne la diversité des trajectoires entremêlées, la puissance de ce choeur des femmes courageuses et solidaires. Six comédiennes, un comédien, incarnent de façon remarquable les vingt-huit personnages, leurs forces et leurs fragilités. Il y a beaucoup d'émotion à entendre la plaidoirie de Gisèle Halimi qui dénonce l'injustice de la loi de 1920. Les femmes aisées ont les moyens financiers et les réseaux pour accéder à des médecins qualifiés, ou même de partir à l'étranger, tandis que les plus modestes font appel à des "faiseuses d'ange", et risquent leur vie. Une pièce vibrante, humaine, incarnée, engagée. Nécessaire.

Le procès d'une vie 
Jusqu'au 3 janvier 2027

Horaires : Du 30 juin au 29 août : du mardi au samedi à 21h - À partir du 2 septembre : du mercredi au samedi à 21h, dimanche à 15h - Représentations supplémentaires : lundi 28 et mardi 29 décembre à 21h - Relâches : jeudi 24 et vendredi 25 décembre, vendredi 1er janvier.

Durée 1h20
Tout public, à partir de 13 ans

Texte Lauréat de l’Aide à la Création ARTCENA – Œuvre librement inspirée de la vie de Gisèle Halimi et de “Le procès de Bobigny – Choisir la cause des femmes” © EDITIONS GALLIMARD

Une pièce écrite par Barbara Lamballais et Karina Testa
Mise en scène Barbara Lamballais assistée de Armance Galpin
Distribution :
Jeanne Arènes ou Vanessa David ou Barbara Bolotner : Simone de Beauvoir, Lucette, Agnès
Clotilde Daniault ou Shady Nafar ou Emilie Chevrillon : Gisèle Halimi
Maud Forget ou Milia Dugoua Mace : Marie-Claire
Déborah Grall ou Aurélie Toucas ou Charlotte Campana : Renée, Fritna
Karina Testa ou Julie Farenc-Deramond ou Peggy Martineau : Micheline, Djamila, Mélanie, Professeur Milliez
Céline Toutain ou Anne Buffet : Paulette, Michèle
Julien Urrutia ou Charles Morillon : Pierre, Edouard, Daniel, Le gardien, le médecin, le juge
Scénographie : Antoine Milian
Lumières : Rémi Saintot
Son et musiques : Benjamin Ribolet
Costumes : Marion Rebmann
Perruques : Julie Poulain

Théâtre du Splendid
48 rue du Faubourg Saint-Martin - Paris 10
Tél : 01 42 08 21 93




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.