Paris : Église Saint-Étienne-du-Mont, un lieu de culte emblématique du Quartier Latin - Ve arr

 

L'Église Saint Étienne du Mont, lieu de culte emblématique du quartier Latin dans le Ve arrondissement, est perché au sommet de la montagne Sainte Geneviève. La construction par étapes sur plusieurs siècles, de 1494 à 1626 avec des reprises et des restaurations jusqu'au Second Empire, confère à ce sanctuaire un style composite qui associe motifs gothiques, Renaissance et baroques. La conception générale conserve néanmoins la marque de la période médiévale avec un haut pignon à la française et une rosace. Une tourelle flanque le clocher à lanternon, haut de 50 mètres. La façade se distingue par le foisonnement de son décor Renaissance. De part et d'autre du portail central, se trouvent des colonnes annelées ainsi que des statues de sainte Geneviève en bergère avec son mouton et saint Étienne. Au coeur d'un tympan en demi-cercle, un bas-relief évoque la lapidation du martyr. Au premier niveau, la rosace s'entoure de deux niches ornées de statues, l'Ange de l'Annonciation et la Vierge. Un fronton curviligne ajoute des courbes.

À l'intérieur, le jubé remarquable, le dernier à Paris, porte haute de 9 mètres, balustrade en dentelle de pierre, sépare le choeur de la nef. Deux escaliers flanquent la tribune depuis laquelle les prêtres procèdent à la lecture des épitres, de l'Évangile, également chaire pour le prédicateur lors des grandes occasions. Au sein de l'église, demeurent les tombeaux de Pierre Perrault, le père de Charles, le conteur, du peintre Eustache le Sueur, le philosophe Blaise Pascal, le dramaturge Jean Racine, le théologien Louis-Isaac Lemaître de Sacy, depuis 1711. Le sanctuaire conserve deux oeuvres peintes d'intérêt, "Martyre de saint Jean l'Évangéliste" par Le Brun dans la chapelle commémorative, "La Manne" par Philippe de Champaigne dans la chapelle Saint-Charles-Borromée. 







Au VIe siècle, une église dédiée aux Saints-Apôtres - Paul et Pierre - est construite à l'initiative de la reine Clotilde, épouse de Clovis, sur les conseils de sainte Geneviève. Elle témoigne de l'attachement des souverains à la foi catholique. Cette basilique mérovingienne conserve par la suite les reliques de sainte Geneviève, considérée comme la sainte patronne de la ville à partir de la fin du IXe siècle. À cette époque, le nom de la sainte est ajouté à celui "des Saints-Apôtres". Ce dernier disparait au cours du XIIe siècle. Au XIIIe, seul celui de Sainte-Geneviève est conservé.

La chapelle Saint Jean du Mont, située dans la crypte de l'église haute de l'abbaye de Sainte-Geneviève, est dévolue à la paroisse du bourg alentours. En 1222, en réponse à l'accroissement du nombre de fidèles, le pape Honorius III et Eudes de Sully, archevêque de Paris, appuient la fondation d'une église paroissiale autonome. L'église Saint-Étienne-du-Mont se déploie sur le côté Nord de la chapelle originelle. Agrandie en 1328, ce premier sanctuaire se révèle rapidement trop exigu. Le projet d'un édifice plus vaste se concrétise à la fin du XVe siècle.

En 1492, l'abbaye Sainte Geneviève fait don des terrains nécessaires à cette entreprise. Le chantier débuté en 1494, ne s'achèvera qu'en 1624. Parmi les noms des bâtisseurs qui se succèdent au chevet de ce lieu de culte, se trouvent Étienne Viguier, Philippe de Froncières, le tailleur de pierre Dartois, Jean Turbillon, Jean de Froncières, Jean Blandurel, Antoine Beaucorps, Pierre Merlin, Pierre Nicolle, Thomas de Greneuze, Germain Pilon, Jean Entrot, Christophe Robin, Pierre Biart, Claude Guérin et Christophe Étoile.







Sous la direction de l'architecte Étienne Viguier, le chantier débute en 1494 avec la construction de l'abside, le choeur et le clocher. Les deux premières cloches rejoignent le sanctuaire en 1500. Les maîtres-maçons, Nicolas et Antoine Beaucorps, en charge du chantier de l'église, édifient le jubé entre 1521 et 1545. Le choeur de style gothique flamboyant est achevé en 1537. La pose de la charpente survient en 1538. En 1541, Guy de Montmirail, évêque de Mégare, consacre les autels des chapelles du chevet. La paroisse passe commande des vitraux et statues la même année. La construction de la nef débute en 1545. La pose des voûtes de la nef et du transept survient en 1584.

Le cloître de l'église, adossé au chevet, se développe sur trois côtés, entre 1606 et 1611, autour du cimetière oriental. Cette disposition particulière lui vaut l'appellation de Cloître des Charniers. Au XVIIe et au XVIIIe siècle, les fidèles y reçoivent l'Eucharistie en cas d'affluence. De nos jours, préservé, il abrite au Sud, le bureau d'accueil, à l'Est, la galerie des Charniers aux douze verrières Renaissance, prélevées sur un sanctuaire disparu et installées en 1734, au Nord, une galerie Salle des Mariages.

Le chantier de la façade n'est initié qu'en 1610. À la suite d'une donation de 3000 livres, Marguerite de Valois, la reine Margot, pose la première pierre le 26 août. Jean-François de Gondi (1584-1654), premier archevêque de Paris, oncle du cardinal de Retz, préside à la consécration de l'église Saint Étienne du Mont le 15 février 1626. 

Les grandes orgues, réalisées par le facteur Pierre Pescheur, et le buffet par Jean Buron, sont installées en 1636. Une chaire est aménagée en 1651. Les logements des marguilliers et des prêtres voient le jour à cette époque. 







Au cours de la Révolution, en 1791, l'église devient brièvement Temple de la piété filiale. Les dépouilles des personnalités inhumées au sein du sanctuaire sont transférées vers les Catacombes, entre 1791 et 1793. Les reliques de sainte Geneviève sont saisies par des émeutiers en 1793 et brûlées en place de Grève. Dans la chapelle Saint-Geneviève, la châsse en cuivre conserve un fragment du sarcophage de la patronne de Paris, fragment retrouvé en 1802 lors de la démolition de la chapelle de l'abbaye Sainte-Geneviève. L'église Saint Etienne du Mont est rendue au culte en 1801, à l'occasion du Concordat. 

Lors du percement de la rue Clovis, entre 1801 et 1807, l'église abbatiale de l'abbaye Sainte-Geneviève vétuste depuis la Révolution est démolie. Il n'en demeure que la tour Clovis, l'ancien clocher, désormais situé dans l'enceinte du lycée Henri IV. 







Sous le Second Empire, l'architecte Victor Baltard (1805-1874) en charge d'une restauration d'envergure efface les outrages de la Révolution. La façade est remontée, les statues disparues restituées à l'identique, une chapelle des catéchismes ajoutée. L'église Saint Étienne du Mont fait l'objet d'un classement au titre des Monuments historiques par la liste de 1862. 

Église Saint-Étienne-du-Mont
Place du Panthéon - Paris 5
Métro Cardinal Lemoine ligne 10 / Place Monge ligne 7




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.