Théâtre : L’Avenir des reflets, écrit et mis en scène par Lazare - La Colline Théâtre National - Jusqu'au 20 juin 2026

Crédit Felice d'Agostino

Tableau inaugural. Dans les locaux d'une administration fantaisiste, les mères des grandes figures de la Révolution françaises patientent avec leur progéniture bébé, Marie-Antoinette, Olympe de Gouges, Robespierre... Elles attendent d'être reçues par la fée assistante sociale qui distribue les dons et les destins.

Jean-Paul Marat, médecin, physicien, fondateur du journal "L'Ami du peuple", s'engage pour défendre les humbles, les modestes. Il est l'un des premiers à se positionner contre l'esclavage. Scientifique humaniste, il se résout pourtant à la violence au service de ses idéaux, et finit assassiné par Charlotte Corday en 1793.

Olympe de Gouges, femmes de lettres, rédactrice de la Déclaration universelle des droits de la femme et de la citoyenne en 1791, embrasse la cause des femmes, lutte pour l'égalité des individus, et lutte contre l'esclavage.  En tant que dramaturge dont les pièces sont rejetées systématiquement par les caciques de la Comédie française, elle tente un coup de force dans la maison de Molière.



Proposition généreuse et fantaisiste, "L’Avenir des reflets", au théâtre de la Colline bouscule le roman national écrit par les vainqueurs pour réhabiliter certaines figures. Le spectacle écrit et mis en scène par Lazare s'inscrit dans un nouveau cycle "La Comédie du mauvais sang". La dramaturgie associe la politique, l'humour et le lyrisme, la poésie et la réflexion politique, en faveur d'une société plus égalitaire. Lazare lance des ponts entre les événements passés et notre actualité, trouve des similarités dans un engagement contre les injustices, éclaire des analogies, prix du pain hier, prix de l'essence aujourd'hui. La gouaille volontiers frondeuse, verve espiègle qui ne boude pas les anachronismes, traduit un goût de l'oralité, des jeux langagiers, du calembour.

La dimension artisanale de "L’Avenir des reflets" confère une atmosphère singulière au plateau entièrement investi de bric et de broc, éléments de carton-pâte et échafaudages. Burlesque circassien, énergie du théâtre forain, la mise en scène rythmée revendique un foisonnement d'idées et de personnages. 

Narration ponctuée d'ellipses temporelles, récit fragmenté sur la chute de l'Ancien Régime et le crépuscule des utopies, le spectacle touffu, plus de trois heures, mène une réflexion sur l'héritage de la Révolution française. Sur le ton de l'humour, de la farce, il questionne les privilèges, la répartition des richesses, l'égalité entre les genres, entre les individus, la propriété privée, le déterminisme social, autant de thématiques ancrées dans notre époque. 

Huit comédiens incarnent une trentaine de rôles, figures historiques, Jean-Louis Marat et Olympe de Gouges en tête, Marie-Antoinette, Louis XVI, Rétif de la Bretonne, Robespierre, La Fayette et personnages imaginaires, Hamlet, Persée. 

Denis Lavant, habité, campe un Marat dont l'aura de professeur lunaire, ne manque pas d'intriguer. Panache, grâce, audace, Ava Baya prête ses traits à une Olympe de Gouges particulièrement intéressante. Anne Baudoux émeut et fait sourire dans le rôle de la Gouzail, l'une des femmes qui marchent sur Versailles pour réclamer du pain. Gabriel Tur est impeccable en Robespierre et La Fayette tandis que Pierre Thionois chante un Louis XVI inspiré. Myrtille Hetzel au violoncelle et piano, Jérôme Billy au piano, Gabriel Tur à la batterie et au piano, Nicolas Testa à la basse, accompagnent l'action, brillants dans un grand écart mélodique qui va du baroque au rock en passant par la pop.

L’Avenir des reflets
Jusqu'au 20 juin 2026

Texte et mise en scène Lazare
Avec Anne Baudoux, Ava Baya, Jérôme Billy, Myrtille Hetzel, Denis Lavant, Marion Malenfant, Pierre Thionois, Gabriel Tur, Myrtille Hetzel (violoncelle, piano), Jérôme Billy (piano), Gabriel Tur (batterie, piano), Nicolas Testa (basse)
Lumières Philippe Berthomé
Costumes Marion Xardel, assistée de June Nguyen et avec l’aide de l’atelier costumes de La Colline
Collaboration artistique Anne Baudoux
Scénographie et accessoires Marguerite Bordat, assistée de Lucile Guenal
Composition musicale Myrtille Hetzel, Jérome Billy, Ava Baya, Gabriel Tur
Conseil musical Myrtille Hetzel, Eddy Kent
Son et collaboration musicale Nicolas Testa
Assistanat à la mise en scène Marion Harlez Citti
Fabrication du décor ateliers de La Colline
Direction technique Bruno Bléger
Régie de scène compagnie Yoan Weintraub
Production Vita Nova
Coproduction La Colline – théâtre national ; Bonlieu – Scène nationale d’Annecy ; La Passerelle – Scène nationale à Saint Brieuc ; Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique ; L’Empreinte – Scène nationale Brive-Tulle ; Théâtre National de Bretagne – Centre dramatique national
Avec le soutien du Fonds SACD/ministère de la Culture – Grandes formes théâtre, de La Chartreuse – Centre national des écritures du spectacle, de la DRAC Île-de-France, du fonds d’insertion de l’École du TNB et de la Spedidam

(Durée : 3h25)

Mixt – terrain d’arts en Loire-Atlantique, Nantes les 11 et 12 février 2027
La Passerelle, Scène nationale de Saint-Brieuc le 17 février
Bonlieu, Scène nationale d’Annecy le 1er avril
Théâtre National de Bretagne, Rennes du 14 au 16 avril
L’Empreinte, Scène nationale Brive-Tulle les 27 et 28 avril

Théâtre national de la Colline
15 rue Malte-Brun - Paris 20
Tél : 01 44 62 52 52



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.