Lundi Librairie : Le chant des contraires - Daphné Tamage

Le soir du Nouvel An, Apolline Avenarius, jeune romancière, s'apprête à rejoindre un dîner chez des connaissances. Son avenir littéraire dépend de cette soirée, où elle compte faire la connaissance du directeur de l'incontournable revue "Sycophante". Elle souhaite lui proposer un texte dont la publication seule serait à même de lui attirer l'approbation maternelle dont elle manque tant. Un courant d'air, la porte claque les clés laissées à l'extérieur. Apolline se retrouve enfermée dans son propre studio parisien. Et personne pour la secourir. Ses appels à l'aide demeurent sans réponse, entre serrurier pas concerné, concierge en vacances, voisins fantômes, un père à la pêche au saumon en Alaska. Cloîtrée dans cette pièce exiguë envahie de cartons, elle rumine solitaire les évènements de la journée, autant de jalons à l'origine de cette situation absurde.

Critique sociétale, satire malicieuse, " Le chant des contraires" interroge les injonctions faites aux femmes, les rôles assignés, le déterminisme. Le point de départ du récit, un accident malencontreux ou un acte manqué hésite entre distraction réelle ou tentative inconsciente d'autosabotage. Plume alerte, empreinte d'ironie crue, Daphné Tamage peint un portrait de femme moderne, versatile, pétrie de contradictions, un tableau parcouru de fulgurances lyriques et d'introspections tamisées. Le récit emprunte les circonvolutions de la pensée. L'esprit vagabonde, s'attarde sur les blessures d'enfance, les manques de la jeune femme, les rapports aux autres.

La trentenaire en quête d'identité, inventée par Daphné Tamage, est hantée par une figure maternelle qui lui refuse son attention, sa reconnaissance. Le temps d'une soirée, Apolline apprend à devenir adulte. Pour cela, elle doit renoncer à obtenir l'assentiment de ses parents, ne plus chercher à satisfaire leurs attentes. Le chemin vers la réalisation de soi passe aussi par une forme de lâcher-prise. Apolline se remémore l'humiliation vécue lors d'un entretien avec une journaliste qui la confond avec une autre romancière, des épisodes de son enfance en Belgique, les liens de dépendance affective qui la rattache à son entourage, ses relations malsaines avec les hommes.

Des épisodes mystiques surviennent comme autant de signes. Une nuée de mésanges terrassée en plein vol, des oiseaux morts tombent du ciel, comme un signe annonciateur d'apocalypse. À défaut de lui venir en aide, une amie énergéticienne tire les cartes, mais ne fournit que des réponses sibyllines à la crise existentielle d'Apolline. Un prêtre pratique l'art-thérapie.

À travers cet alter ego de fiction, la romancière joue avec les éléments autobiographiques pour nourrir la narration. Elle souligne les paradoxes propres à la nature humaine, prend le parti de la sensibilité, l'autodérision et l'incarnation. Apolline se déclare écologiste. Elle se positionne pour la protection de la nature et des animaux, mais arbore une chapka en fourrure de loup de Sibérie héritée de sa grand-mère. Féministe, elle refuse d'être associée à une reproduction de Picasso tout en fréquentant des types toxiques, dont elle accepte les cadeaux onéreux, une robe, un dîner, à défaut d'une relation sincère. Sur la piste d'elle-même, Apolline se redécouvre malgré les tiraillements, les contradictions.

Le chant des contraires - Daphné Tamage - Éditions Stock



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.