L'exposition "Adya et Otto van Rees, au coeur des avant-gardes" au Musée de Montmartre jusqu'au 13 septembre 2026, nous invite à redécouvrir deux figures de l'avant-garde européenne du début du XXe siècle, aujourd'hui méconnues. Chantres de la modernité, Otto van Rees (1884-1957) et Adya van Rees-Dutilh (1876-1959) ont créé ensemble un langage commun tout en affirmant deux styles distincts. Entre émulation et influence, art et intimité intriqués, leurs destins artistiques sont liés par une même exigence dans l'exploration et les expérimentations. Otto van Rees s'illustre par le biais de la peinture, le dessin, les collages, tandis qu'Adya van Rees-Dutilh se trouve dans les arts textiles, tapisseries et broderies. Des années de bohème à Montmartre suivi des séjours en Suisse et la fondation du mouvement Dada à Zurich jusqu'au défi de la modernité renouvelée au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, leurs parcours atypiques s'inscrivent dans des courants très variés, réalisme, divisionnisme, cloisonnisme, cubisme, abstraction. Sous la houlette des commissaires, Irène Lesparre, historienne de l’art, Fondation van Rees, Alice S. Legé, docteure en histoire de l’art, responsable de la conservation du musée de Montmartre, l'exposition "Adya et Otto van Rees, au coeur des avant-gardes" réunit une centaine d'oeuvres, issues de collections françaises, néerlandaises, suisses.
Home Une Expo : Adya et Otto van Rees, au coeur des avant-gardes - Musée de Montmartre - Jusqu'au 13 septembre 2026
Expo : Adya et Otto van Rees, au coeur des avant-gardes - Musée de Montmartre - Jusqu'au 13 septembre 2026
By La Rédaction At mars 26, 2026 0
L'exposition "Adya et Otto van Rees, au coeur des avant-gardes" retrace, au fil d'une scénographie chronologique, la contribution des deux artistes aux différents courants de l'avant-garde. L'intimité de leur couple nourrit leur art. Leur itinéraire créatif est lié à leur histoire personnelle.
Adya Duthil nait en 1876 à Rotterdam au sein d'une famille aisée de la haute-bourgeoisie. Elle suit les cours de dessin dispensés par Barbara Elisabeth van Houten à La Haye. Par la suite, elle intègre l'atelier bruxellois d'Ernest Blanc-Garin, académie réservée aux femmes où elles ont l'opportunité d'étudier le nu d'après modèle.
Otto van Rees nait en 1884 à Fribourg-en-Brisgau en Allemagne et grandit à Amsterdam dans une famille hollandaise d'universitaires. Son père, Jacob van Rees, professeur pacifiste et anarchiste catholique, lui transmet des valeurs idéalistes. Autodidacte, Otto s'initie à la peinture dans l'atelier de Herman Heyenbrock, marqué par l'influence du réalisme, de l'impressionnisme et de Jaan Toorop.
Otto et Adya se rencontrent en 1903. L'année suivante, ils s'installent au Bateau Lavoir à Paris sur les conseils de Pablo Picasso. En 1905, ils emménagent à Fleury-en-Bière près de Barbizon dans une maison sans eau courante où ils reçoivent Kees van Dongen avec qui Otto collabore. Le couple séjourne en Italie à partir de 1906. Installés à Anzio au Sud de Rome, ils donnent naissance à leur premier enfant, leur fille Aditya, "enfant du soleil" en sanskrit.
Adya à Zwolle et Otto à Rotterdam connaissent leurs premières grandes expositions en 1908. Le couple se marie en 1909 à Courbevoie. Leur fille Magda nait en 1910. Cette année-là, Adya van Rees expérimente la broderie à travers laquelle elle invente un nouveau vocabulaire abstrait dont l'expressivité se met au service de la subversion. En 1914 Salon des indépendants, un visiteur scandalisé vandalise au couteau une tapisserie d'Adya inspirée du "Transsibérien" de Blaise Cendrars. En 1911-1912, Otto van Rees abandonne le symbolisme découvert sous l'influence d'Émile Bernard et de l'imagerie populaire pour embrasser un cubisme émergent.
En 1914, la Première Guerre Mondiale éclate. Otto van Rees est mobilisé dans l'armée néerlandaise. Adya van Rees-Dutilh et leurs enfants se réfugient en Suisse où elle rejoint un cercle d'artistes expatriés à Zurich. Elle se convertit au catholicisme, religion dont les motifs et thématiques marqueront par la suite son art. En novembre 1915, les van Rees, Adya, ses broderies et Otto, ses premiers collages figuratifs, participent à une exposition du groupe Dada à la galerie Tanner, du marchand d'art Gottfried Tanner (1880-1958). Otto van Rees réalise deux peintures murales abstraites à l’école Pestalozzi de Zurich.
De février à juillet 1916, le couple d'artiste s'investit dans les activités du Cabaret Voltaire aux murs duquel sont exposés des figures de l'avant-garde, notamment Amadeo Modigliani, Pablo Picasso, Vassily Kandinsky, Paul Klee, Alexej von Jawlensky, Fernand Léger ou Henri Matisse. Fondé par Emmy Hennings et Hugo Ball, cette salle est considérée comme l'un des lieux fondateurs du mouvement Dada. Le poète Tristan Tzara et le peintre Jean Arp contribuent à son rayonnement. De retour à Paris en 1917, à la suite de la naissance de leur fils Luc, ils participent à des expositions collectives Dada à Zurich et Bâle. En 1918, Adya et Otto van Rees font partie des premiers signataires du manifeste Dada de Berlin.
Le malheur frappe la famille van Rees en novembre 1919. Un accident ferroviaire tue leur fille Aditya, treize ans, et blesse grièvement Otto qui demeure hospitalisé durant un mois, suivi d'une longue convalescence aux Pays-Bas. Ce drame marque durablement le processus créatif des artistes, évolution de la palette chromatique, des thématiques, des atmosphères.
Adya et Otto van Rees fréquentent les cercles de Montparnasse à partir de 1928. Ils se lient avec Jaime Colson, Germán Cueto, Michel Seuphor, Joaquín Torres García et Georges Vantongerloo. En 1929, Otto van Rees participe à la création du groupe Cercle et Carré, à l'intiative du peintre Joaquín Torres García et du dessinateur, poète et critique Michel Seuphor. Otto expose à la Galerie Povolozky à Paris, au Palais de l’Athénée de Genève, Adya au Salon des Surindépendants.
En 1934, Adya et Otto van Rees se séparent. Adya refuse le divorce qui va à l'encontre de ses convictions religieuses. Otto emménage avec sa nouvelle compagne la peintre Micha Landt en 1938. Adya passe la Seconde Guerre Mondiale en Suisse, Otto aux Pays-Bas où il refuse de de siéger au conseil des artistes liés à la Kultuurkamer. Adya ne retourne en Hollande qu'en 1948. Otto rompt avec Micha Landt. Otto et Adya se retrouvent en 1951. Presqu'aveugle, Adya ne parvient plus à travailler. Otto meurt en 1957 percuté par un vélo. Adya disparait deux ans plus tard à l'âge de 81 ans. Sur leur sépulture commune figure une traduction latine d'un aphorisme attribué au médecin grec antique Hippocrate, "Ars longa, vita brevis", l'art est long, la vie est brève.
Adya et Otto van Rees, au coeur des avant-gardes
Jusqu'au 13 septembre 2026
Musée de Montmartre
12 rue Cortot - Paris 18
Tél : 01 49 25 89 39
Horaires : Ouvert tous les jours de 10h à 19h - Dernière entrée 45 minutes avant la fermeture
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.
Inscription à :
Publier les commentaires
(
Atom
)


Enregistrer un commentaire