Ailleurs : Fondation du doute à Blois, célébration du mouvement Fluxus, lieu de réflexion artistique

La Fondation du doute à Blois, inaugurée en 2013, s'affirme dans le paysage artistique comme un lieu alternatif et collaboratif. Créée sous l'impulsion de l'artiste Ben Vautier (1935-2024), du collectionneur et mécène Gino Di Maggio (né en 1940), avec le concours de la Fondation Mudima de Milan et Catarina Gualco, elle consacre son parcours permanent au mouvement Fluxus. Trois-cent-cinquante oeuvres et documents produits par une quarantaine d'artistes jouent les ambassadeurs de ce courant avant-gardiste du XXe siècle auprès du grand public.

Installée au sein d'un ancien couvent du XVIIe siècle, la Fondation du doute a pris la suite de l'ancien Musée de l'Objet, lancé en 1996, établissement dédié à la présentation des collections personnelles du galeriste Éric Fabre, passionné des lettristes et des Nouveaux Réalistes. Le site se partage aujourd'hui entre la Fondation et deux institutions blésoises d'enseignement, le conservatoire de Musique et de Théâtre Blois Agglopolys ainsi que l'école des Beaux-Arts. Espace artistique de réflexion et d'échanges, la Fondation du doute dispose de 1500m2 d'exposition. À la programmation d'évènements variés, expositions temporaires, concerts, conférences, elle associe un programme de recherches, de résidences artistiques et de rencontres. 





La Fondation du doute entretient une vocation de transmission dans un lieu où se pratique l'enseignement depuis le XVIIIe, tour à tour séminaire, école primaire, collège puis, depuis 1975, conservatoire et école d'art. Elle a vu le jour grâce à l'engagement de Ben Vautier, figure de l'école de Nice, plasticien subversif et solaire, ami des artistes, inventeur, brocanteur. Son travail d'avant-garde post-moderne, entre performance et action, installations, peinture et écriture, nourrit des liens intimes avec le lettrisme. Ses inscriptions manuscrites ont porté son propos philosophique, humoristique, poétique, faussement naïf, à travers la planète entière. À la Fondation du doute, c'est l'une de ses oeuvres qui accueillent les visiteurs. La Cour des doutes se caractérise par une installation monumentale, "Le Mur des mots" de Ben, 313 tableaux-écritures déployés sur la façade sur 30 mètres de long et 12 mètres de haut. Cette commande publique de la Ville de Blois et du ministère de la Culture et de la communication a été inaugurée en 1995.

Les collections permanentes de la Fondation du doute célèbrent la diversité et l'ampleur mouvement Fluxus, des pères fondateurs John Cage, Marcel Duchamp, Erik Satie aux disciples Robert Filliou, Yoko Ono, Allan Kaprow, Georges Maciunas... Entre 1958 et 1961, aux États-Unis puis en Europe, John Cage inspiré par la philosophie zen et les ready-made de Marcel Duchamp influence de jeunes artistes épris de liberté. Leur pratique iconoclaste, qualifiée de "non-art" par Georges Maciunas, emprunte aussi bien au Futurisme, qu'au mouvement Dada. Ce groupe d'avant-gardistes s'inscrit dans un rejet des institutions, du marché capitaliste et des arts élitistes ou commerciaux. Ils remettent en question de la notion même d'oeuvre avec humour, provocation, audace. Leur art synthétique mêle intimement vie et création. 






À Blois, la Fondation du doute déploie un parcours permanent renouvelé en 2022, constitué des collections personnelles de Ben Vautier, Gino Di Maggio et Caterina Gualco. Carrière d'ingénieur dans l’industrie pétrolière, Di Maggio a développé très tôt une passion pour l'art. Mécène, promoteur des mouvements Fluxus, Gutai et Mono-ha, écrivain, éditeur, il a créé, en 1989, la Fondation Mudima à Milan, première fondation d’art contemporain d'Italie. Caterina Gualco commissaire, collectionneuse, est la fondatrice de la Galerie Unimedia Modern à Gènes.

Sur deux étages et 1000m2, la scénographie évoque en onze chapitres thématiques, les artistes Fluxus. Ils s'inscrivent à rebours de la tradition, explorent les limites des disciplines, abolissent les frontières entre l'art et la vie pour explorer le Mail art, la vidéo, les performances, le Eat art, l'art jeu... 







Le programme Interlude enrichit ponctuellement les collections et le parcours, notamment grâce aux prêts d'institutions à l'instar du Centre des livres d'artistes de Saint-Yrieix-la-Perche et le Centre Pompidou. Le Pavillon, au cœur du cloître, 210 m2 d'espace, alterne expositions temporaires, conférences, concerts. Le Café Le Fluxus aménagé par Ben lui-même, propose restauration et bar, bibliothèque, expositions et programmation artistique variée. 

La circulation des idées dépasse les murs de la Fondation du doute grâce au parcours Centre Mondial du questionnement, trente questions, trente panneaux disséminés dans la ville de Blois par Ben. 

Fondation du doute 
14 rue de la Paix - 41000 Blois 
Horaires : Du 7 février au 20 décembre 2026, du mercredi au dimanche de 14h à 18h30
Entrée : 7,5 €
Tarif réduit : 5,5 € / Tarif 6-17 ans : 3,5 €. Moins de 6 ans gratuit. Possibilité de billets combinés avec le Château Royal de Blois et la Maison de la magie et le Son & Lumière.




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.