Babi Badalov, poète et artiste visuel produit des manifestes ludiques, poétiques, politiques, pas exempts d'une certaine dimension décorative. La Fondation du doute à Blois lui consacre une exposition, "Make riot not war", jusqu'au 17 mai 2026. Conçue comme une installation globale, elle éclaire la diversité d'une pratique marquée par son engagement militant, un art qui échappe aux tentatives de classification mais revendique une filiation avec le mouvement Fluxus, ses jeux avec l'écriture et ses liens avec le lettrisme. Réfractaire, rebelle, anarchiste, punk, Babi Badalov campe sur des positions tranchées, sans compromis, défense des droits humains et de la liberté d'expression, dénonciation des systèmes de domination. Avec une économie de moyens que seul l'art permet, il entre en lutte contre le capitalisme, la tentation de l'autoritarisme et le retour du fascisme. Installations, performances, peintures, collages, son travail porte un message politique accessible à tous et célèbre l'altérité, l'ailleurs, les marges.
Babi Badalov nait en 1959, à Lerik, en Azerbaïdjan, Rukhsara, sa mère dont le visage est tatoué dans son cou, est d'origine iranienne et son père azéri. Découvrant son attrait pour le dessin, il étudie les arts décoratifs à Bakou. Mais les lois et les persécutions contre les homosexuels dans son pays natal le contraignent à l'exil. S'ouvre alors pour lui un parcours nomade, marqué par des années de précarité. Confronté aux situations complexes des réfugiés, il expérimente la réalité des minorités, des réfugiés Squatteur, migrant, clandestin, le voyage devient synonyme de déracinement et de rejet. Ce sera Moscou au temps de l'URSS, l'Angleterre, puis la France.
Demandeur d'asile à Cardiff, Babi Badalov participe à une manifestation au cours de laquelle des dommages matériels sont constatés par les autorités. Il est arrêté, sa demande rejetée. Renvoyé vers son pays natal, l'Azerbaïdjan, sa vie est menacée au quotidien du fait de son homosexualité. En 2008, il s'installe en France en tant que réfugié politique et obtient l'asile. Aujourd'hui naturalisé, il est désormais citoyen français.
La fascination de Babi Badalov pour les langues étrangères acquises de façon imparfaite, nourrit son art poétique du lettrisme. Il emprunte autant aux calligrammes, qu'aux enluminures, associe graphisme et littérature, calligraphie et images. Les caractères bousculés deviennent mots-figures, dessins stylisés.
La peinture sur tissu de Babi Badalov procède de l'art textile et du lettrisme. Il peint des mots devenus motifs décoratifs sur matériaux récupérés, draps usagés, coussins hors d'âge, rideaux défraîchis, qu'il brode, orne, transforme en bannières, drapeaux, teintures. Babi Badalov compose à partir des alphabets latin, cyrillique, perso-arabe, signes graphiques qui conjuguent dans un même mouvement orient et occident. Il imagine un lexique, ferment d'inventions langagières et formelles. Le potentiel visuel du langage surmonte les difficultés de communication à défaut d'avoir une langue, une culture communes.
Le multilinguisme de Babi Badalov, idiome très personnel, emprunte la voie d'un chaos plastique et signifiant. Il peint avec des mots en six langues, en azéri, persan, broken english, français approximatif. Les mots se glissent sur le fil d'alphabets composites, acquièrent les qualités esthétiques des néologismes. Les significations plurielles dépassent les définitions, embrassent le sentiment du collectif et l'expérience intime. Figures de style, anaphores, allitérations, rimes, répétitions, ajouts de lettres, retraits de syllabes, le métissage espiègle des mots, matière malléable, grammaire réinventée qui brouille les frontières entre signifiant et signifié.
Dans la lignée des ready-made, Babi Badalov prélève des éléments de son propre quotidien, présentés comme des oeuvres biographiques. La forme personnelle des objets détournés, vêtements tagués, valises, documents administratifs touche à l'histoire universelle humaine.
À l'occasion de l'exposition qui se tient à la Fondation du doute, Babi Badalov a travaillé à un mur de collages. Papiers variés, tracts politiques, affiches électorales, flyers de soirées, pages arrachées de vieux magazines composent un patchwork de sens et d'idées, dispositif immersif à la narration immédiate
Babi Badalov. Make Riot not War
Jusqu'au 17 mai 2026
Fondation du doute
14 rue de la Paix - 41000 Blois
Horaires : Du 7 février au 20 décembre 2026, du mercredi au dimanche de 14h à 18h30
Entrée : 7,5 €
Tarif réduit : 5,5 € / Tarif 6-17 ans : 3,5 €. Moins de 6 ans gratuit. Possibilité de billets combinés avec le Château Royal de Blois et la Maison de la magie et le Son & Lumière.
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.


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