Théâtre : Arletty. Un coeur très occupé - La Scène Parisienne - Jusqu'au 27 avril 2026

Crédit Fabienne Rappeneau

 En juillet 1970, un jeune journaliste s'invite au domicile d'Arletty dans l'espoir d'obtenir une exclusivité, des informations sensationnelles au sujet de sa liaison avec un officier allemand durant l'Occupation. La comédienne, 72 ans, amusée par l'intrusion, accepte de recevoir Samuel. Il souhaite lui donner l'opportunité de s'exprimer quand l'opprobre publique l'avait contrainte au silence. À travers les lettres échangées avec son amant, elle se replonge dans cette histoire d'amour interdite et relit avec le journaliste des bribes des 638 lettres échangés entre Biche et Faune. 


À la suite de son succès en 2025, "Arletty. Un cœur très occupé" reprend en 2026 sur les planches de La Scène Parisienne. Jean-Luc Voulfow, scénariste et dramaturge, déconstruit le mythe inventé par la presse, propagée par la rumeur publique pour se poser à hauteur d'homme. Il nourrit le récit d'extraits de la correspondance échangée entre les deux amants. Cette relation initiée dans un temps sombre, a soulevé la controverse, mais Arletty et Hans se sont aimés passionnément au-delà des convictions, de la morale. 

Durant la Seconde Guerre Mondiale, sous l'Occupation, la comédienne Arletty (1898-1992) continue de tourner. Elle joue dans six films, notamment deux longs-métrages de Jean Carné, "Les visiteurs du soirs" (1942) et "Les Enfants du Paradis" (sorti en 1945). En mars 1941, José de Chambre, fille de Pierre Laval, présente Arletty (1898-1992), au sommet de sa carrière, à Hans Jürgen Soehring (1908-1960), lieutenant-colonel de la Luftwaffe, proche d'Hermann Goering. L'actrice s'éprend de l'officier allemand, de dix ans son cadet. La liaison affichée fait scandale. Soehring est dégradé sous-officier en 1943 et envoyé en Italie en 1944. 

À la Libération, Arletty doit se justifier de cet amour décrié. Arrêtée en octobre 1944 par les FFI - Forces françaises de l'intérieur -, elle est livrée à la vindicte populaire pour "collaboration horizontale", jugée par le comité d'épuration, interdite d'exercice de son métier durant trois ans, internée à Drancy puis à Fresnes et placée en résidence surveillée. Avec sa gouaille si naturelle, Arletty aura cette formule restée célèbre "Mon coeur est français, mais mon cul est international !"

Évocation captivante, "Arletty. Un cœur très occupé" convoque la mémoire de la grande Histoire et des destinées intimes. La pièce se penche sur la puissance du sentiment amoureux, sa dimension déraisonnable et irrépressible. François Nambot, également comédien, signe une mise en scène sobre qui donne la part belle à l'interprétation.  "Vous ne connaissez rien à l'amour" lance Arletty-Béatrice Costantini au journaliste-François Nambot. Le tandem est alerte, savoureux. Bientôt l'importun devient confident, au gré des révélations. Présence scénique envoûtante, une voix, un phrasé, Béatrice Costantini livre une incarnation vibrante d'Arletty, personnalité entière au franc-parler légendaire qui laisse transparaître sa vulnérabilité, sa nostalgie. Face à elle, François Nambot sensible, nuancé est très convaincant. Un beau moment de théâtre et d'émotions. 

Arletty. Un cœur très occupé
Jusqu'au 27 avril 2026
Mardi 19h30, jeudi 19h30 / Vendredi 21h / Dimanche 16h30

Auteur Jean-Luc Voulfow 
Mise en scène François Nambot 
Distribution Béatrice Costantini et François Nambot 
Lumières Jacques Rouveyrollis

La Scène Parisienne
34 rue Richer - Paris 9
Tél : 01 42 46 03 63


Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.