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| Crédit Cyril Bruneau |
Vincent trompe son épouse, Sophie, avec Alice, la femme de son meilleur ami, Paul. Il a décidé que le mensonge était le meilleur choix de vie. Ses boniments sont au service de son égoïsme, de son petit confort. Il est passé maître dans l'art de la planification et de l'agenda au cordeau. Sophie et Paul s'arrangent de ce jeu de dupes, plus lucides que Vincent ne voudrait bien le croire. Mauvaise foi incarnée, le mari volage démasqué se trouve en proie à l'effondrement de ses affabulations. Pour le menteur invétéré à qui tout le monde ment, il est temps de régler la facture de l'adultère et de la duplicité.
La pièce créée en 2011 par Florian Zeller, écrite pour Pierre Arditi, succès dans le monde entier, revendique ses influences dramaturgiques. La chorégraphie du dérèglement met à mal les faux-semblants à la façon de Georges Feydeau. Entre répliques assassines à la Sacha Guitry et goût du dialogue naturaliste, Zeller s'approprie les codes du vaudeville. Rythmique de précision, il maîtrise fausses pistes et maladresses savoureuses pour provoquer le rire. Les effets de surprise nourrissent l'engrenage du mensonge, les rouages révélés. La vision pessimiste du couple et des rapports humains confirme la filiation avec l'esprit d'Harold Pinter.
Au Théâtre Edouard VII, Ladislas Chollat met en scène l'énergie du mouvement qu'incarne le personnage de Vincent, dans une direction d'acteurs efficace et inventive. Les décors amovibles de William Mordos se prêtent à des changements de lieux spectaculaires.
Florian Zeller place les personnages face à leur contradiction. Les petits arrangements avec la vérité autant que la morale entretiennent les fables que Vincent s'invente. Il a choisi de porter un masque mais le grand dissimulateur adultère se trouve dans la position de l'arroseur arrosé.
La distribution, quatuor mené par Stéphane De Groodt dans le rôle de Vincent, panache burlesque, belle présence scénique, sert une mécanique au propos mordant. Sylvie Testud, en maîtresse espiègle, gentiment moqueuse, est délicieuse. Clotilde Courau incarne avec sobriété Sophie, l'épouse trompée, bourgeoise distante, jamais dupe des manipulations de sa moitié. Stéphane Facco, interprète avec nuances Paul, le meilleur ami, mari d'Alice, redoutable dans son double jeu.
L'amour, l'amitié, la fidélité, les empêchements, les trahisons, la nécessité de préserver les apparences, "La Vérité" aussi amusante soit-elle pour le spectateur n'en demeure pas moins teinté d'un désenchantement amer. Énergie du boulevard contemporain, comédiens habités, une soirée de théâtre hautement divertissante.
La Vérité, de Florian Zeller - Jusqu'au 31 décembre 2025
Du mardi au samedi à 21h00 - Samedi 16h30 - Dimanche 16h00
Mise en scène de Ladislas Chollat assisté d’Éric Supply
Avec Stéphane De Groodt, Sylvie Testud, Clotilde Courau, Stéphane Facco
Décors de William Mordos
Lumière de Dimitri Vassiliu
Costumes de Jean-Daniel Vuillermoz
Théâtre Edouard VII
10 place Édouard VII - Paris 9
Tél Location : 01 47 42 59 92
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.




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