Lundi Librairie : Le paysan de Paris - Louis Aragon

 

Un promeneur de vingt-neuf ans déambule à travers le Paris des années 1920. Il connait intimement la ville mais prend le parti de la regarder pour la première fois avec le regard du poète surréaliste. Il exprime le même intérêt pour les monuments, incontournable patrimoine, que pour les lieux du quotidien, cafés, salon de coiffure, atelier de tailleur, bains douches. Il s'intéresse à la révolte des commerçants du Passage de l'Opéra promis à la destruction en 1925. S'arrête pour lire une affiche, une carte de restaurant, se perd dans des réflexions sur l'amour et au final capture des images vibrantes de la modernité en marche. Plus tard il navigue vers d'autres quartiers plus interlopes, découvre une boîte de nuit miteuse, une salle de spectacle de seconde zone, un salon de massage lupanar. Ses déambulations s'achèvent par une balade nocturne aux Buttes Chaumont, en compagnie d'André Breton et Marcel Noll.

Publié en 1926 aux éditions Gallimard, "Le paysan de Paris" de Louis Aragon (1897-1982) a d'abord paru, sous forme de feuilletons, entre juin 1924 et octobre 1925, dans la Revue Européenne. Le recueil, dédié au peintre surréaliste André Masson, réunit quatre textes "Le passage de l'Opéra" et "Le sentiment de la nature aux Buttes Chaumont", " Préface à un mythologie moderne" et "Songe du paysan". 

Le narrateur, alter ego romanesque de l'auteur, se laisse porter au fil de la promenade et écrit dans le mouvement du flux de conscience, enchaînement naturel des idées qui produit d'hétéroclites associations. Textes, images, réflexions, aphorismes assemblés sans structure préconçue illustrent les préceptes littéraires du surréalisme. L'exercice de style expérimental s'inspire des collages Dada. L'esthétique recherchée éclaire un refus de classification. Louis Aragon revendique sa liberté d'écrivain et établit une distanciation avec le groupe surréaliste. Le langage abstrait de la pensée et la prose naturaliste s'associent aux éléments poétiques et descriptions réalistes. Les détails les plus infimes, presque insignifiants, ouvre des voies vers l'imaginaire. Ces micro-accidents sensibilisent à la perception du merveilleux et rendent compte de l'étrangeté de la vie moderne, les décalages. 

Verve réaliste, la balade ponctuée de descriptions colorées, vivantes, témoigne de l'évolution urbaine comme symbole de la finitude du monde, de sa nature éphémère et tragique. Le changement, les transformations sont les symptômes d'une folle course en avant. L'écriture devient à son tour flânerie, distille un mystère empreint de suggestion. Aragon juxtapose références littéraires directes, Baudelaire notamment, et pastiches ironiques. Les méditations philosophiques, propos métaphysiques et licence poétique, construisent les bases d'une mythologie contemporaine.

La réalisation concrète des préceptes surréalistes hybride un lyrisme déchaîné et à la trivialité cocasse de l'oralité. Les transcriptions automatiques révèlent une réalité alternative, où l'amour, la poésie sont les modes d'accès privilégiés à une mystique salvatrice.

Le paysan de Paris - Louis Aragon - Editions Gallimard - Poche Folio



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.