Paris : Hôtel Mezzara, un hôtel particulier signé Hector Guimard, concrétisation de l'esthétique Art Nouveau - XVIème

 

L’Hôtel Mezzara construit entre 1910 et 1911 par Hector Guimard (1867-1942) pour son ami, l’industriel du textile Paul Mezzara (1866-1918), témoigne d’un assagissement du style Guimard au cours de cette période. Fleuron de l’Art Nouveau, seul bâtiment de l’architecte encore propriété de l’Etat, l’hôtel particulier a été classé en totalité en 2016, avec sa parcelle d'implantation et ses grilles de clôture sur rue. Cette réalisation illustre puissamment la vision de l’architecte et son attention aux détails. En façade, les nombreux éléments sculptés, les motifs végétaux, les volutes embrassent la courbe de l’édifice. La fluidité des lignes rythme le mouvement de la ferronnerie, les arabesques des grilles ouvragées ornées de ronces, les balcons et garde-corps en fonte dessinés par Guimard lui-même. La porte d’entrée ouvragée est caractéristique de l’Art Nouveau. L’Hôtel Mezzara s’articule autour d’une travée centrale décentrée qui marque une volonté d’asymétrie. Les deux corps du bâtiment se rencontrent sur un hall central. A l’intérieur, le vestibule, ancien espace d’exposition, est surmonté d’une verrière colorée véritable puit de lumière, orné d’un vitrail zénithal. L’escalier courbe est remarquable. Internat de jeunes filles de 1953 à 2015, il a malgré ses fonctions conservé sa distribution, ses volumes et ses décors d’origine notamment de remarquables ferronneries, corniches en staff, cheminées, vitraux ainsi que le mobilier de la salle à manger, imaginé par Guimard. Le jardin de sept-cents mètres carrés a été préservé. L’intérêt patrimonial et la valeur financière de l’Hôtel Mezzara complexifient les projets de réhabilitation. Projets de mise en vente, puis de location avec bail emphytéotique se sont succédés. Le Cercle Guimard, association créée en 2003, qui s’engage à faire rayonner l’oeuvre d’Hector Guimard, tente depuis 2015 d’initier un musée dédié à l’architecte. Faute de fonds nécessaires à la campagne de restauration ou de budget pour couvrir le loyer, l’initiative ne se concrétise pas. Retrouvez tous les bâtiments parisiens signés Hector Guimard dans la promenade à travers Auteuil ici






Paul Mezzara, peintre, décorateur, mécène et industriel du textile, a fait fortune grâce à la maison de dentelles et broderies Melville et Ziffer. Vice-président de la Société des artistes, soutien du renouveau des arts décoratifs, ce protecteur des artistes fait partie du cercle proche de la famille Guimard. En 1910, il épouse en troisièmes noces, Marguerite Martin (1880-1945). Le couple habite alors dans le XVIIème arrondissement. Mezzara, désireux d’établir son statut social, souhaite faire bâtir une résidence parisienne, reflet de son goût pour l’Art Nouveau. Il se porte acquéreur à bon prix d’une parcelle étroite à Auteuil sur laquelle se trouve un ancien hôtel particulier. Il fait appel à son ami Hector Guimard, alors en pleine gloire, pour reconstruire l’édifice sur ce terrain un peu complexe à travailler. Le chantier se poursuit de 1910 à 1911.  

Plus classique que l’Hôtel Guimard de l’avenue Mozart, l’Hôtel Mezzara concrétise les préceptes prônés par les maîtres de l’Art Nouveau et marque l’évolution du style Guimard vers une simplification des lignes. L’architecte exploite les progrès techniques au service de ses principes esthétiques, sa recherche de volumes généreux. Les structures d’acier et l’utilisation du béton armé libèrent l’espace. En façade, Guimard a renoncé à la polychromie. Brique et pierre de taille possèdent la même blondeur discrète. 

Au coeur de l’édifice, articulation entre les deux corps de bâtiments, se trouve un hall, conçu sur deux niveaux, vestibule surmonté d’une verrière, un vitrail coloré. Ce patio central, lieu d’exposition et de vente des produits Melville & Ziffer, est éclairé par ce puit de lumière. Hector Guimard imagine non seulement l’architecture générale, mais aussi les décors intérieurs, une partie du mobilier et des objets du quotidien. Pour la salle à manger, il dessine en 1912 table, chaises et buffet. La pièce est ornée d’une fresque néo-pointilliste de Charlotte Chauchet-Guilleré (1878-1964) intitulé « Le Goûter ». Léon Fallot signe les meubles du grand salon, Edgar Brandt les lustres. Paul Follot et Francis Jourdain interviennent dans les aménagements

Résidence personnelle, mais également lieu de présentation et de vente des collections, l’Hôtel Mezzara incarne le succès de son commanditaire. Malade depuis longtemps, Paul Mezzara décède précocement en 1918. Les aménagements, suspendus dès 1913 du fait de l’alitement du propriétaire et d’un divorce difficile, ne sont pas achevés.







En 1930, les quatre héritières Mezzara vendent l’hôtel particulier à Suzanne Lacascade (1884--1970). Avec sa sœur, la demoiselle y établit le cours privé Lacascade. Le bâtiment racheté par l’Etat en 1953, est confié au ministère de l’Education nationale. Il devient l’annexe du Foyer des lycéennes, devenu lycée d’Etat Jean Zay en 2011, un internat de jeunes filles. Il héberge jusqu’à une trentaine de pensionnaires. Détail cocasse, en 2009, l’Hôtel Mezzara fait partie des décors du film « Chéri » de Stephen Frears, d’après le roman de Colette.

En 2015, reconnu inutile aux besoins du ministère de l’Education nationale, l’édifice est déclassé du domaine public. Il est mis en vente pour sept millions d’euros. Le Cercle Guimard s’émeut de la situation tente de réunir les fonds afin de transformer l’hôtel particulier en musée, sans succès. L’importance de l’investissement nécessaire et le refus de l’Etat de participer financièrement à cette initiative privée laisse l’entreprise ne se concrétise pas. L’Hôtel Mezzara est classé aux Monuments historiques par arrêté du 5 juillet 2016. A cette époque, la nouvelle politique publique au sujet des édifices présentant un intérêt patrimonial, prévoit de ne plus vendre ces biens mais de proposer une location sous forme de bail emphytéotique relevant du droit administratif.

Les mesures de conservation et de sauvegarde des biens meubles et immeubles se multiplient. L’ensemble mobilier historique de la salle à manger - mobilier Guimard et décor - est classé en 2019 aux Monuments historiques et lié à l’immeuble par une servitude de maintien dans les lieux. En 2020 le ministère de l’Action et des Comptes publics devait lancer un appel d’offre concernant le bail emphytéotique, spécifique prévoyant une ouverture au public au moins cinq jours par an. L’homme d’affaires Fabrice Choné, co-fondateur de Direct Energie aurait manifesté son intérêt pour soutenir financièrement le projet proposé par le Cercle Guimard.

Hôtel Mezzara, oeuvre d'Hector Guimard 
60 rue Jean de la Fontaine - Paris 16


Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie. 


Bibliographie 
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette
Le guide du promeneur 16è arrondissement - Marie-Laure Crosnier Leconte - Parigramme

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