Expo : Temps, peintures et nota bene - Jesper Christiansen - Le Bicolore - Maison du Danemark - Jusqu'au 31 juillet 2022

 


Jesper Christiansen, figure majeure de l’art contemporain danois, présente une série d’œuvres puissamment inspirée par la nature et le rythme des saisons au Bicolore, la plateforme de la Maison du Danemark. A l’occasion de l’exposition « Temps, peintures et nota bene », ce peintre figuratif au style distinctif, réinterprète le genre classique du paysage, son grand oeuvre depuis plus de trente ans. La forêt, les champs, les jardins deviennent sous son pinceau autant de sources d’émerveillement. Jesper Christiansen explore les paysages de la région Holbæksur sur l’île principale du Danemark, Seeland. Il ne possède pas de voiture et se déplace uniquement à vélo électrique, depuis son atelier à Odsherred, dans un périmètre de soixante kilomètres, délimité par l’autonomie de sa batterie. Ses grands formats foisonnants embrassent le spectacle de la nature à travers des scènes réalistes au lyrisme puissant. Les œuvres baignées de lumière du nord ouvrent les portes d’un ravissement contemplatif. Jesper Christiansen nous invite à la promenade, à prendre le temps de l’apaisement, de la méditation devant une fenêtre ouverte sur un jardin, une vue sur le lac depuis la chambre, celle sur le potager depuis le bureau, le verger depuis la cuisine. Il raconte la douceur de vivre en harmonie avec la nature, s’attachant à la succession des saisons, métaphore du temps qui passe. Son travail propice aux rêveries se nourrit abondamment de références culturelles, littérature, philosophie, en réservant une place particulière à la musique. L’oeuvre symbolique de Jesper Christiansen, ponctuée de signes évocateurs, de messages, de mots, de notes, distille une quiétude particulière, celle du souvenir heureux et réenchante le monde. 











Jesper Christiansen invente des perceptions alternatives de l’espace. Par l’accumulation des strates successives, fragmentation de l’image, il joue sur des perspectives volontairement distordues dans le fourmillement des détails. Les motifs surgissent en grands aplats de couleurs, en touches pointillistes d’une extrême minutie. Les profondeurs sont modifiées par la remontée à la surface des formes, lesquelles semblent emprunter à la ligne claire de la bande dessinée, ou bien à l’expressivité de la Figuration libre des paysages de Robert Combas. La formule plastique, proche des impressionnistes, des pointillistes, se déploie dans une esthétique au foisonnement ornemental très Nabi, dans un ordonnancement idéalisé symboliste et romantique.

« Temps, peintures et nota bene » s’ouvre sur le printemps, la renaissance de la nature, le verdoiement piqueté de petites fleurs des champs. Puis vient la plénitude nourricière de l’été, bientôt suivie des rousseurs de l’automne et l’opulence des pommiers généreux. Jesper Christiansen invoque la mélancolie tranquille de l’hiver par de petits paysages au pastel, d’après les Saisons de Nicolas Poussin.

Les habitants de ces lieux ne figurent jamais sur les tableaux. Les objets du quotidien, un vélo adossé à une barrière, une tasse posée sur un plateau, un livre ouvert, suggèrent leur présence. Les saynètes s’inscrivent dans des décors familiers, telles des instantanés de vie dont l’occupant viendrait de quitter la scène, un petit déjeuner, un bouquet de tulipes fraîchement composé, une botte d’asperge posée sur une nappe à carreaux.










La musique apparaît comme très importante pour Jesper Christiansen qui sème des indices et autant de clins d’œil, la pochette du disque de la symphonie n°5 de Nielsen, la première page de la partition de la Spring Symphony de Benjamin Britten, une partition de Beethoven. A cette omniprésence, presque une bande originale des toiles, répond celle des livres, la série de polars écrite par son épouse Anna Grue, « Le Testament » de Rainer Maria Rilke, « La Divine Comédie » de Dante, un catalogue d’exposition de Jasper Johns. L’observation attentive des signes révèle des fragments de littérature en danois, en allemand, en anglais, en français. 

Dans la dernière phase de son processus créatif, le peintre associe l’écrit et les images. L’intrusion des mots, mystères indéchiffrables, se décline en phrases interrompues, en suspens, flottant dans le verdoiement des végétaux. Ici, se trouve en lettres d’imprimerie l’incipit du roman « Logneren » de l’auteur danois Martin A. Hansen, plus loin les mots personnels manuscrits. Les journaux intimes du peintre s’échappent entre les branches des arbres, tandis que les carnets de voyage vagabondent dans les hautes herbes. Jesper Christiansen envisagerait même d’ajouter des notes de bas de page à ses œuvres.

Temps, peintures et nota bene - Jesper Christiansen
Jusqu’au 31 juillet 2022


Le Bicolore
Deuxième étage de la Maison du Danemark
142 avenue des Champs Elysées - Paris 8
Horaires : Du mardi au dimanche, de midi à 18h
Tél : 01 56 59 17 44