Lundi Librairie : Sorcières la puissance invaincue des femmes - Mona Chollet


La chasse aux sorcières, du XVème au XVIIème siècle en Europe et en Amérique du Nord, a connu une intensité particulière au cours de la Renaissance pourtant largement associée à la fin de l’obscurantisme. Des femmes accusées de sorcellerie, désignées par la société comme dangereuses car trop indépendantes, insoumises au pouvoir des hommes, sans enfant, ou tout simplement âgées ont été persécutées et mises à mort sans raison. Cette histoire méconnue, le caractère misogyne du phénomène, a profondément influencé notre société. Nous avons hérité de cette violence. La figure de la sorcière devient métaphore de la condition féminine à travers le temps. Fine observatrice de son temps, Mona Chollet, journaliste au Monde Diplomatique, essayiste, donne à penser le féminin et ouvre des pistes pour envisager le monde autrement. Elle réunit dans cet essai le résultat d’un travail de recherche parsemé de lectures éclairante mais également les réflexions générées par l’expérience au quotidien du sujet féminin. 

La figure de la sorcière, victime et rebelle, est devenue un symbole féministe contemporain. Ces femmes, inconscientes en leur temps de leur potentiel subversif, incarne désormais les héroïnes de la résistance et de l’indépendance vis à vis du patriarcat. Cette réappropriation de l’Histoire s’est étendu au point de prendre l’ampleur d’un phénomène de société. Dès les années 1970, les mouvements féministes annoncent la résurgence de la sorcière et aujourd’hui, les branches contemporaines font parler d’elles, le witch bloc des manifestations de 2017 en France, le néo-paganisme Wican aux Etats-Unis et les sorts collectifs lancés contre Trump. 

L’histoire tragique des femmes persécutées, stigmatisées et tuées à la Renaissance résonnent étrangement avec notre époque. Il est aisé de tracer des parallèles qui renvoient aux grands débats autour du voile par exemple mais aussi au mouvement me too / balance ton porc. Etude sur la place des femmes dans la société, et ce qui dérange le patriarcat au point qu’il exige leur soumission, « Sorcières, la puissance invaincue des femmes » aborde quatre grands thèmes pour tenter de déconstruire les préjugés. Mona Chollet aborde l’idée d’une émancipation des femmes qui passe obligatoirement par une indépendance financière et souvent également par l’absence de conjoint. Mona Chollet s’inquiète de l’autocensure des filles à l’école face aux disciplines scientifiques, héritage du rationalisme des Lumières qui exclut les femmes des Sciences. Ce sont ces disciplines, ces formations, pourtant qui permettent d’accéder aux postes les plus rémunérateurs.

La société dicte des injonctions aux femmes, trouver un mari, fonder une famille, au détriment de leur carrière, de la poursuite de leurs rêves et de leur épanouissement personnel. Les célibataires sans enfants sont soupçonnées d’égoïsme, d’hédonisme débridé, de refuser de se sacrifier. Assumer une vie libre d’attaches matrimoniales demeure difficile tant la désapprobation latente face aux femmes indépendantes reste violente. L’essai de Mona Chollet questionne la maternité et le désir de ne pas avoir d’enfants le refus de se plier à la maternité, désignée comme l’aboutissement d’une vie de femme, le seul recours pour atteindre l’épanouissement. La domination masculine se perpétue au sein même de la famille. 

Pour renforcer cette sujétion, le corps même des femmes est soumis aux influences sociales, perpétuant leur aliénation à la beauté et à la jeunesse. La société plaque des normes inatteignable et décrète des dates de péremption auxquelles les hommes échappent. Mona Chollet décrypte ces mécanismes afin de donner les clés pour les déconstruire et se libérer en se réappropriant son propre corps. L’image négative de la femme âgée véhiculée par la société du spectacle, qui parle trop, qui s’impose, prend trop de place (injonction à la minceur), l’inquiétude vis à vis de l’âge prend naissance dans la peur misogyne, de la sagesse, de l’expérience (culte de la virginité), leurs connaissances (modèle de la femme objet sans cervelle). 

Au final, Mona Chollet établit un parallèle inspirant entre la façon dont la société capitaliste cherche à exploiter et soumettre la nature au point de la détruire et la façon dont elle traite les femmes. La figure de la sorcière indique un rapport au monde différent, plus attentif à l’écologie alors que la société capitaliste mène une véritable guerre contre son environnement pour le soumettre de même qu’elle tente de soumettre les femmes.

Sorcières, la puissance invaincue des femmes - Mona Chollet - Zones Editions