mardi 15 janvier 2019

Cinéma : Une jeunesse dorée, d'Eva Ionesco - Avec Galatéa Bellugi, Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Lukas Ionesco



En 1979, Rose a seize ans. Retirée à la garde de sa mère et confiée à la Ddass, elle rêve d’émancipation. Avec l’accord d’un juge aux enfants et sous la condition qu’elle poursuive ses cours dans un lycée technique, Michel son fiancé, un jeune peintre romantique de vingt-deux ans, devient son tuteur. Ensemble ils vivent au jour le jour, irrésistiblement attirés par les exubérantes nuits parisiennes du Palace. Existences dévouées à la fête, ils s’installent chez des amis dans un grand appartement peuplés de gamins à leur image, dont le seul souci semble n’être que leur tenue du soir, leur parure de créatures de la nuit. Lors d’une soirée costumée, Rose et Michel font la connaissance d’un couple de riches oisifs plus âgés, Lucille et Hubert. Ces derniers les prennent sous leur aile et les invitent à demeurer dans leur château en banlieue. Lucille, excentrique, vénéneuse, s’intéresse particulièrement à Michel qu’elle souhaite aider dans sa carrière artistique. Tandis qu’Hubert, dandy décadent et écrivain en panne d’inspiration, se rapproche de Rose. Une relation toxique à quatre se noue.






Histoire d’un premier amour, conte sensuel, Une jeunesse dorée est le deuxième film de la réalisatrice, actrice, romancière, Eva Ionesco qui co-signe le scénario avec son compagnon Simon Liberati. Sur fond d’année Palace, le club légendaire des années 1980, cette chronique fantasmée d’une époque évoque avec panache une période faste de démesure, d’insouciance, de narcissisme aussi. Le théâtre transformé en boîte de nuit de Fabrice Emaer apparaît comme ce lieu de fascination et d’extravagance où se croisent les tendances dans un grand brassage social de tous les milieux, la mode, les arts, les grands bourgeois et les jeunes branchés désargentés.





Dans une veine autobiographique, la cinéaste se saisit de ses souvenirs pour en faire la matière de la fiction. Reconstitution flamboyante, la beauté des images à la composition très picturale exprime la poésie théâtrale, la sophistication de cet âge mythique. Eva Ionesco convoque les figures iconiques de ce temps, Fabrice Eamer, Alain Pacadis le sulfureux chroniqueur mondain, Paquita Paquin, Edwige Belmore. 

Autour de Rose et Michel, les jeunes gens modernes souhaitent vivre leur vie comme au cinéma, en perpétuelle représentation. Art de la fugacité et de l’intensité, art de l’artifice, rituels de la nuit, transgression des limites. Les doubles romancés du chausseur Christian Louboutin incarné par Nassim Guizani, ou encore celui du décorateur Vincent Darré à qui Alain-Fabien Delon prête ses traits, se croisent sur fond de fêtes sans fin. L’alcool, la drogue, les êtres se consument, la noirceur inhérente à la nuit se cache derrière la fantaisie.




Baby-doll électrique, gamine gouailleuse, Galatéa Bellugi dans le rôle de Rose est une fée à la moue boudeuse. Son protecteur et amoureux, le doux Michel, Lukas Ionesco, lumineux et tendre, veille sur elle. Même blondeur, même innocence de l’enfance, ce couple miroir perd peu à peu sa candeur. Ils brûlent leur jeunesse tandis qu’à la fois Pygmalions et vampires, Lucille et Hubert, Isabelle Huppert, mante religieuse baroque, inquiétante et fascinante, et Melvil Poupaud dandy désabusé, prolongent la leur à travers eux. Le marivaudage léger fait place à la violence des sentiments, à l’amour exacerbé. 

Une jeunesse dorée, d’Eva Ionesco
Avec Isabelle Huppert, Melvil Poupaud, Galatéa Bellugi, Lukas Ionesco, Alain-Fabien Delon, Hugo Dillon, Nassim Guizani, Manal Issa, Benoît Solès
Sortie le 19 janvier 2019




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