mardi 8 janvier 2019

Cinéma : L'ange, de Luis Ortega - Avec Lorenzo Ferro, Chino Darín, Daniel Fanego



Au début des années 1970, à Buenos Aires, Carlitos est un jeune homme apparemment sans histoire de la bonne société argentine. Mais à dix-sept ans, il se découvre un certain talent pour les menus larcins et les effractions dans les villas cossues de la ville. Boucles blondes, regard azur, moue boudeuse de bel indifférent, personne ne lui résiste, surtout pas sa mère qui l’adore. Renvoyé de plusieurs lycées à la suite, il se retrouve dans un établissement technique. Il y fait la connaissance de Ramon, fils d’un malfrat local qui bientôt prend Carlitos sous son aile pour le former à la cambriole de haut vol. L’adolescent au visage d’ange, aussi désinvolte qu’effrayant, se révèle insensible à la souffrance des autres, incapable de faire la différence entre le bien et le mal. Une fois armé, il prend goût au sentiment de puissance que lui procurent les armes à feu.






Sélectionné à Cannes dans la section Un Certain Regard, produit par Pedro et Agustin Almodovar, L’ange s’inspire d’un fait divers qui a défrayé la chronique en Argentine, l’itinéraire sanglant d’un tueur en série adolescent. Evocation d’une époque de grande liberté et d’extrême violence, le réalisateur Luis Ortega s’est inspiré de la vie de Carlos Eduardo Robledo Puch, surnommé « l’Ange de la Mort » condamné à la perpétuité pour onze meurtres, quarante attaques à main armée, agressions sexuelles et enlèvements. En vie mais toujours enfermé, il est à 66 ans prisonnier ayant effectué la plus longue peine à ce jour dans les geôles argentines. 

Guidé par une obscure fascination pour ce personnage hors norme, le cinéaste a détourné l’idée du biopic afin d’explorer de façon esthétique l’énigme d’un jeune homme sans problèmes qui se tourne vers le crime. Luis Ortega interroge cette société argentine des années 1970, qui sous la dictature des généraux, régime fascisant, accouche de monstres. 






La mise en scène ultra-stylisée se déploie précise haletante dans un décor vintage léché, écrasé de soleil. La théâtralisation de la ville participe de la dimension très picturale des plans composés comme des tableaux aux nuances pop dans la saturation des couleurs et l’omniprésence du rouge sang, rouge désir. La dérive hors de la réalité des personnages s’incarne dans des scènes ouatées surréalistes où le réel fait de brutales apparitions, plongée soudaine dans la fureur de la violence des braquages menés à un rythme trépidant. Dans un troublant vertige morbide, Luis Ortega distille l’horreur et l’incertitude jusqu’au sentiment de sidération.




A travers la figure de l’éphèbe assassin, le réalisateur expose sa vision sulfureuse du personnage d’adolescent tueur, jouant sur les effets d’attraction répulsion. Solitude, mégalomanie, inconscience, il s’interroge sur ce qui construit une personnalité sanguinaire. Carlitos, criminel atypique au physique aussi gracieux que ses intentions sont sombres, cache sa monstruosité derrière les apparences trompeuses de l’innocence, de la beauté physique. Le charme androgyne vénéneux de Lorenzo Ferro qui lui prête ses traits, amplifie l’ambiguïté sexuelle du personnage. Lumineux, il incarne avec fraîcheur cette amoralité juvénile, faisant le lien entre désir et destruction dans sa balade sanglante entre insouciance meurtrière et violence expéditive. Malgré une forme d’érotisation de son sujet, Luis Ortega ne cède pas à la complaisance dans une oeuvre âpre, à la fois troublante et glaçante. Captivant.

L’ange, de Luis Ortega
Avec Lorenzo Ferro, Chino Darín, Daniel Fanego 
Sortie le 9 janvier 2019




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