samedi 20 octobre 2018

Paris : Rue de Jarente, cours intérieures secrètes du XVIIème siècle, incursion curieuse aux numéros 4 et 6 - IVème



La rue de Jarente, attrayante voie du Marais, dissimule aux regards, derrière les rigoureuses façades de style Louis XVI de nombreuses petites cours antérieures. La présence de ces enclaves pavées typiques du XVIIème siècle illustre avec charme l’histoire du quartier. En 1773, le prieuré royal de la Couture-Sainte-Catherine sous l’impulsion de son prieur commendataire Louis de Jarente offre d’importants terrains à la Couronne afin que soit notamment créer un nouveau marché couvert. Les travaux débutent en 1781 et la rue de Jarente est ouverte en 1783. La ruelle a peu changé depuis. C’est un vrai plaisir d’y déambuler nez au vent, de se glisser discrètement derrière une porte entrouverte.


Aperçu sur la rue de Jarente depuis la rue Caron

La rue de Jarente depuis la place du Marché Sainte Catherine
via la rue Caron - Eugène Atget - 1906 - Crédit Musée Carnavalet

Au n°2, impasse de la Poissonnerie et fontaine de Jarente

Au n°4 de la rue de Jarente - Double cour intérieure







Au numéro 2 de la rue de Jarente, se trouve l’impasse de la Poissonnerie où étaient rassemblés les étals des poissonniers autour de la fontaine de Jarente construite à leur usage dont je vous parlais ici. Attenante à cet ancien cul-de-sac, s’ouvre au numéro 4, une double courette champêtre et arborée où les riverains visiblement passionnés d’horticulture travaillent à une végétation abondante. Derrière un immeuble Louis XVI, au numéro 6 de la rue de Jarente, deux charmantes cours pavées forment un L. Plus loin, au numéro 8, une maison du XVIIème remaniée avec plus ou moins de bonheur au XVIIIème et au XIXème siècle, aurait été selon la légende le logis du prieur de la Couture Sainte-Catherine.

Fondée en 1201 par des sergents d’armes de la garde du roi en mémoire de la bataille de Bouvines, les terrains appartenant à la Couture Sainte-Catherine comprennent au début du XVIIème siècle outre l’église Sainte-Catherine, un cloître gothique, des jardins d’agrément, des potagers, des treilles et des dépendances ainsi que des terres agricoles flanquées de granges. En 1629, l’ordre de Sainte Catherine est réuni à la congrégation de Sainte Geneviève qui va peu à peu absorber le premier. En 1767, le couvent Saint-Catherine tombe en ruines et le noviciat est transféré rue Saint-Antoine, dans la maison des Jésuites, dont l'ordre vient d'être supprimé. 


Cour du 4 rue de Jarente - Eugène Atget
1911 - Crédit Musée Carnavalet
Entrée du 6 rue de Jarente - Eugène Atget
1911 - Crédit Musée Carnavalet






Entrée du 4 rue de Jarente - Eugène Atget
1911 - Musée Carnavalet


En 1773, Louis-François-Alexandre de Sénas d'Orgeval de Jarente (1746-1810), coadjuteur de l'évêché d'Orléans et prieur commendataire du prieuré royal de la Couture-Sainte-Catherine fait don à la Couronne de terrains appartenant à sa congrégation. L’ouverture de la rue de Jarente, longue de 98 mètres et large de 4, est décidée par lettres patentes datées du 6 janvier 1781. A l’époque, les profondes rénovations du quartier suivent un plan établi par l’architecte Jacques-Germain Soufflot, concepteur de l’Eglise Sainte-Geneviève, notre actuel Panthéon, et l'un des principaux artisans du retour au "grand goût néo-classique" dans les années 1750, mouvement qui s'oppose alors à l'art rocaille. 

L'église Sainte-Catherine est démolie en 1783 alors que se poursuit le réaménagement des terrains alentours. Sont ouvertes les rues de Jarente, Caron, Necker, d’Ormesson ainsi que l’impasse de la Poissonnerie. La création de la place du Marché Saint-Catherine permet d’ériger un marché couvert pérenne afin de remplacer le marché en plein air de la rue Saint-Antoine. Dédiée aux commerces de bouche, ces nouvelles halles abritent les échoppes de boulangers, maraîchers, bouchers et un peu à l’écart de poissonniers.


Au n°6 de la rue de Jarente - Double cour intérieure









Selon la demande originelle du prieuré de la Couture Sainte-Catherine, le produit dégagé de la vente des lots est en partie affecté à la construction de l’église Sainte-Geneviève, futur Panthéon. Sur les nouvelles voies ouvertes, d’Ormesson, Necker, Caron, au moins une doit permettre le passage d’une charrue. Ce sera la future rue de Jarente inaugurée en 1784. 

Cours intérieures de la rue de Jarente - Paris 4
4 rue de Jarente
6 rue de Jarente

Bibliographie
Le Marais, évolution d’un paysage urbain - Danielle Chadych - Parigramme
Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments - Félix et Louis Lazare
Le guide du promeneur 4è arrondissement - Isabelle Brassart, Yvonne Cuvillier - Parigramme
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit

Sites référents 

1 commentaire :

eimelle a dit…

bravo sur tes recherches sur cet endroit! à découvrir!