samedi 22 septembre 2018

Paris : Fontaine de Jarente, curieuse source vive de l'impasse de la Poissonnerie - IVème



La Fontaine de Jarente mais dite aussi de la Poissonnerie ou encore mentionnée comme fontaine de Necker sur un cliché signé Eugène Atget ou bien d’Ormesson est adossée au fond de l’impasse de la Poissonnerie, ancien cul-de-sac médiéval devenu minuscule voie sans issue. Les différents noms de cette insolite invitée empruntent aux rues du quartier créées sur des terrains offerts à la Couronne vers 1773 par une congrégation du Val des Ecoliers fondée en 1201 par quatre Maîtres en Théologie de l'Université de Paris. En 1214, des sergents d’armes de la garde du roi promettent d'édifier une église en hommage à Sainte Catherine d'Alexandrie s'ils remportent la victoire. Les dons de riches croyants et la protection de la famille royale permettent la création d'un nouveau prieuré au coeur du Marais, le prieuré de Saint-Catherine-du-Val-des-Ecoliers. En 1767, le couvent tombe en ruines et le noviciat est transféré dans la maison des Jésuites, dont l'ordre vient d'être supprimé. L'église est démolie et les terrains réaménagés. Louis-François-Alexandre de Sénas d'Orgeval de Jarente (1746-1810), coadjuteur de l'évêché d'Orléans et prieur commendataire du prieuré royal de la Couture-Sainte-Catherine, qui décide de faire don des terrains, participe par cette décision à la profonde rénovation du plan du quartier.







Selon la demande originelle du prieuré, le produit dégagé de la vente des lots est en partie affecté à la construction de l’église Sainte-Geneviève, futur Panthéon. Sur les nouvelles voies ouvertes, d’Ormesson, Necker, Caron, au moins une doit permettre le passage d’une charrue. Ce sera la future rue de Jarente ouverte en 1784. La plus importante construction du quartier demeure celle d’une place dédiée aux commerces de bouche, la place du Marché Sainte Catherine. Des halles abritent alors boulangers, maraîchers et bouchers. 

Pour des raisons d’hygiène, les étals des poissonniers sont excentrés et installés dans la petite impasse qui nous intéresse aujourd’hui et où est élevée une fontaine utilitaire, l’approvisionnement en eau potable étant nécessaire à leur commerce. Ce sera la fontaine de Jarente, édifiée dans un style néo-classique que goûtait fort peu Voltaire, en 1783 par Caron, maître général des bâtiments du Roi, architecte du Marché Sainte Catherine et principal promoteur du lotissement Sainte-Catherine. La rive droite de Paris est alors approvisionnée en eaux par le canal de l’Ourcq, les sources de Belleville et de Montmartre.








Le motif principal en avant-corps de la fontaine est encadré de deux pilastres d’ordre dorique, deux portes sur les linteaux desquels sont ciselées des rosaces formées de coquilles et de plantes aquatiques. L'ensemble est couronné par un entablement avec fronton triangulaire dans le tympan duquel est sculpté dans le style « congélation », une bouche d’eau entourée de roseaux d’où se déverse un flot gelé. En dessous, une niche rectangulaire est décorée d’un bas-relief gravé d’un faisceau de licteur aux entrelacs de chêne, de deux dauphins et de cornes d’abondance. Un mascaron en bronze représentant un satyre crache un jet d’eau continu. 


1869 Photographe Pierre Emonts ou Emonds
Musée Carnavalet histoire de Paris
1890 Photographe Médéric Mieusement




Vers 1900 Photographe Eugène Atget


La fontaine de Jarente était à l’origine alimentée par les mêmes eaux que la fontaine de Birague voisine. Elle est inscrite au titre des Monuments historiques depuis le 17 juin 1925.

Fontaine de Jarente 
Impasse de la Poissonnerie - Paris 4

Bibliographie
Le guide du promeneur 4è arrondissement - Isabelle Brassart, Yvonne Cuvillier - Parigramme
Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments - Félix et Louis Lazare
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit

Sites référents



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