vendredi 24 août 2018

Paris : Bicyclette ensevelie, une oeuvre d'art monumentale et pop de Claes Oldenburg à La Villette



La Bicyclette ensevelie (Buried Bicycle) est une installation monumentale imaginée par le couple de plasticiens Claes Oldenburg et Coosje Van Bruggen. Inaugurée en novembre 1990 dans le parc de la Villette, véritable héritier des jardins d’illusion, cette réplique pop et gigantesque d’un objet du quotidien se trouve propulsée de manière inattendue dans l’espace public. Le gigantisme de cette oeuvre in sitù entre en écho avec celui de l’espace vert dessiné par l’architecte Bernard Tschumi et vaste de 55 hectares. Les divers éléments dispersés le long d’un chemin répondent au jeu de lignes et de courbes d’un vélo fractionné. Selle, pédale, roue, guidon, les quatre parties émergeant du sol disparaissent en partie dans le vert de la prairie. Oeuvre joyeuse au pouvoir évocateur, La Bicyclette ensevelie renvoie à l’univers de l’enfance et entre en écho avec le parc, lieu public de promenade, de culture et de jeu. Ce dispositif de présentation singulier qui convoque une image globale, demande au promeneur de reconstruire mentalement l’ensemble, le temps d’une déambulation entre les différents morceaux épars.







Né en 1929 à Stockholm en Suède d’un père diplomate, Claes Oldenburg s'est installé à Chicago avec sa famille en 1936. Il étudie l’art et la littérature à Yale avant d’intégrer la School of the Art Institute of Chicago où il débute son parcours en réalisant des performances artistiques. Sa rencontre avec Coosje Van Bruggen (1942-2009) sculptrice et historienne d’art, qui devient sa femme en 1977, est déterminante. Représentant le quotidien dans sa banalité, leur oeuvre commune fait naître le trouble par la représentation d’objets familiers détournés, intrus dans la ville. 

Le plasticien Claes Oldenburg brouille les codes entre marché de l’art et objets de la société de consommation. Le geste artistique monumental entre en rupture avec la tradition, présence insolite de l’intervention qui poétise de façon inattendue à la fois les objets du quotidien et le paysage urbain. Son travail bouleverse l’échelle et la matière dans le but de générer avec humour et ironie un effet visuel qui relève du processus de distanciation. Les interconnexions qui se créent au travers de ces créations entre la culture populaire contemporaine (cinéma, bande dessinée, publicité, objets de consommation courante, modernité) et le Pop art s’affirment comme une satire de la société. L’esthétique des images familières, objets symboles de la société de consommation, est détournée par la réalisation à échelle monumentale.






Début des années 1980, le premier mandat de François Mitterrand est marqué par la volonté d’un renouveau artistique dans l’espace public. En novembre 1985, le ministère de la Culture et l’Etablissement public du parc de la Villette passe une commande au couple d’artistes. La proposition est validée en novembre 1986 après de difficiles négociations. 

Les éléments de La Bicyclette ensevelie, objet colossal, sculpture démesurée, sont composés d’acier, d’aluminium et plastique renforcé par des fibres. Claes Oldenburg et Coosje Van Bruggen ont trouvé leur source d’inspiration dans le roman de Samuel Beckett, Molloy, dans la scène où le héros malheureux chute à vélo dans un fossé et déboussolé peine à reconnaître celui-ci. L’installation se veut un hommage à la France, que les artistes considèrent comme la patrie du vélo et du Tour de France. Elle évoque également à la grande tradition du vélo dans l’Art, dans la lignée de La roue de bicyclette de Marcel Duchamp en 1913, La tête de taureau de Pablo Picasso en 1942. La forme finale de l’oeuvre est plus prosaïquement librement inspirée par le vieux vélo d’enfant ayant appartenu à leur fille. 

Le choix de représenter parties du vélo s’inscrit dans l’intention d’une représentation réaliste partielle. La configuration d’une bicyclette retranscrite en entier aurait présenté un ensemble trop lourd d’éléments sculpturaux. Les quatre détails semblent ensevelis dans le sol et laissent travailler l’imagination pour reconstituer le vélo dans son ensemble qui mesurerait tout entier 48 mètres de long. Les couleurs choisies notamment le bleu contrastent avec le rouge des Folies qui ponctuent le parc. 









L’installation se fond dans le paysage et les badauds se l’approprient. Un doute naît de sa configuration singulière qui la fait ressembler à une attraction ludique pour les enfants. Ceux-ci jouent volontiers avec les éléments qu’ils escaladent. La Bicyclette ensevelie se prête à l’interprétation, au détournement. Elle pose aussi la question du Land Art. Ce mouvement, projection dans la ville, fait sortir l’art des musées. Sa forme même, sans socle, avec accès direct, éléments dispersés, bouleverse l’idée de présentation des œuvres d’art.

La Bicyclette ensevelie, épave engloutie d’un monde de géants disparus, jouet abandonné que la nature a recouvert. Elle propose au promeneur de se lancer dans une forme d’archéologie moderne qui souligne la dimension fictionnelle de l’oeuvre. Déployée dans toute son étendue fragmentaire, elle assume sa fonction décorative et esthétise avec extravagance le parc. L’esprit de l’objet entre en écho avec son environnement, le parc lieu de promenade, de loisirs, lieu de l’enfance, dialogue avec l’environnement tout en évoquant le déclin de la société de la consommation. Cette déréliction du vélo évoque la périssabilité des objets du quotidien. 

Bicyclette ensevelie, de Claes Oldengurg et Coosje Van Bruggen
Parc de la Villette - Paris 19
Entre la prairie du Cercle Sud et la prairie du Triangle 

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