vendredi 4 mai 2018

Expo : Zeugma - Gérard Garouste - Galerie Templon - Paris 3



Trois événements parisiens composent l'actualité foisonnante de Gérard Garouste. Le premier qui se tient aux Beaux-Arts s'inspire de Rabelais et Dante tandis que dans le cadre du deuxième, au musée de la Chasse et de la Nature dont je vous parlais ici, l'artiste revisite sous l'intitulé Diane et Actéon le mythe gréco-romain. A la galerie Templon, l'exposition Zeugma, dans un registre de folie douce, de loufoquerie un peu à côté de la sérénité, joue sur l'intertextualité et les double-sens, mêlant les champs d'inspiration, parfois ésotériques pour mieux renverser les interprétations. Le zeugma, figure de style (un même verbe utilisé pour plusieurs compléments sans rapport, dans un registre différent, qui créée un effet de surprise et apporte une dimension poétique à la phrase par ce décalage) signifie également en grec, le pont, le lien. Flirtant avec l'absurde, la drôlerie du pastiche, Gérard Garouste cherche à créer le lien entre les œuvres d'un point de vue à la fois pictural, philosophique et sémantique. Références à histoire de l'art, aux grands textes fondateurs de la Bible à Cervantès et dimension autobiographique, dans le cadre de l'exposition il ne déploie ses obsessions que pour mieux explorer l'exégèse talmudique qu'il considère comme l'inconscient de la philosophie occidentale. 










Les toiles figuratives de Gérard Garouste telles des énigmes visuelles à résoudre explorent un champ iconographique, très référencé, codifié même, dont l'esthétique puissante s'exprime dans le mouvement des compositions. Chargé de symboles, de références complexes à la religion, l'art, la littérature, la mythologie mais également à l'histoire personnelle de l'artiste, son travail creuse jusqu'à l'introspection les obsessions personnelles auxquelles il ajoute une dimension existentielle. 

Le peintre s'attache dans cette exposition à l'idée du passage, de la transmission. Les scènes complexes de sa narration picturale demandent un travail d'interprétation. Ses motifs fétiches, les livres, les dés, les ponts, l'eau croisent son bestiaire de toujours, les oies, les ânes, les coqs, les grenouilles dans une illustration de conte philosophique moderne. La quête esthétique révèle les fêlures, la frénésie dans l'expression des toquades, l'excès burlesque des frasques et un humour très personnel. 











De la fougue, de l'humeur et de la grande maîtrise technique naissent des collisions inattendues. L'histoire personnelle de l'artiste, son enfance douloureuse, les traumas croisent la puissance d'interrogation des grands récits mythologiques, des textes fondateurs sacrés et profanes. Il s'engage intimement, spirituellement, politiquement, interrogeant la pensée dominante pour révéler l'inconscient collectif et construire des ponts entre la réalité et l'imaginaire, la mémoire et le présent. 

Afin de prolonger son cheminement personnel, Gérard Garouste a choisi trois grandes voies introspectives aux effets thérapeutiques, l'étude des textes sacrés, la cure psychanalytique et la peinture. Le Talmud, la Torah, La divine comédie, Don Quichotte, Le Procès, il cherche dans ces textes comme autant de référents profondément humains ce qui relie les cultures, les religions. 








A l'autoportrait en Pinocchio, au visage de son fils, à la présence de son beau-frère décédé se mêlent les figures de Jorge Luis Borges et Franz Kafka encadrant le philosophe talmudiste Chouchani, les grands maîtres Honi ou Rabbah Bar Bar Hana. Extravagance porteuse d'une fantaisie à la Chagall, énergie flamboyante.

Zeugma, Gérard Garouste
Jusqu'au 12 mai 2018

Galerie Templon
30 rue Beaubourg - Paris 3
Tél : 01 42 72 14 10
Horaires : du lundi au samedi de 10h à 19h - fermé le dimanche

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