Série : True Detective redonne au polar ses lettres de noblesse



Projet complexe, ambitieux, dérageant, True Detective est la nouvelle série HBO en huit épisodes écrite par Nick Pizzolatto, également reconnu pour ses talents de romancier et réalisée par Cary Fukunaza. Construite sur le mode de la mini-série, dans la tradition fictionnelle du polar qui fait penser à la littérature, James Ellroy, Raymond Carver, elle ouvre une brèche dans le mode narratif classique des séries américaines et surprend par sa maîtrise et sa radicalité. Dans un monde de mensonge et de violence, sur fond de Louisiane profonde, True Detective dresse le portrait d’une Amérique miséreuse, ultra-religieuse, paradoxale, hantée par les spectres de la drogue, de la prostitution, de la bestialité. Un récit âpre, très réaliste qui couvre plusieurs décennies.

En 2012, deux anciens détectives de la brigade criminelle, Rust Cohle (Matthew McConaughey) et Marty Hart (Woody Harrelson) sont interrogés séparément  par des policiers au sujet du meurtre à caractère rituel d’une prostituée qui a eu lieu 17 ans plus tôt. Un crime similaire vient d’être commis. Les deux hommes n’ont plus rien à voir avec ce qu’ils étaient en 1995. Cohle a été rattrapé par ses démons alors que Hart s’est embourgeoisé. Ils se souviennent de la traque du serial killer, face caméra. Une mise en scène d’une rare efficacité. Les allers-retours entre présent et passé révèlent par touches les éléments de l’enquête et la psychologie des personnages.

Cohle, personnage hors norme, sombre, désabusé, texan mélancolique n’est pas sorti indemne d’un drame familial et de quatre années en infiltration pour la brigade des stups. Matthew McConaughey, silhouette émaciée qu'il a conservé de son rôle dans Dallas Buyers Club sorti mercredi dernier, endosse avec talent ce rôle profond et inquiétant. Tandis que Woody Harrelson campe Hart un père de famille normal, apprécié de ses collègues, levant le coude volontiers et coureur de jupon. Un conformisme de façade tout en ambiguïté. De cette interprétation magistrale, la série tire toute sa force. 




Avec ses anti-héros fatigués, épuisés, True detective offre une expérience narrative pénétrante, cryptique, pleine de symboles. La réalisation est superbe tout en sobriété, paysages désolés et photographie qui rappelle certaines séries scandinaves comme The Killing. On songe également aux ambiances  de The Lake de Jane Campion. Dialogues percutants et seconds rôles formidables de justesse complètent la narration. La lente progression de l’enquête exalte les tensions alors qu’une atmosphère délétère entre red neck et white trash se met en place insidieusement, révélant les recoins les plus sombres de l’âme humaine.Une chasse au démon captivante et fascinante.

Les épisodes de True Detective sont diffusés en France sur OCS trois jours après la diffusion aux Etats-Unis.