samedi 28 novembre 2015

Paris : Le parc Georges Brassens, bucolisme urbain et histoire carnassière - XVème



Le XVème arrondissement, le plus étendu des vingt qui composent Paris, est aussi l'un des plus modernes sur le plan architectural. Complexe et multiple, dès le début du XXème siècle, l'urbanisation intense et rationnelle lui donne un visage singulier dans le foisonnement des genres, des constructions les plus pointues aux micro-quartiers bucoliques jusqu'à la restauration d'îlots végétalisés. A partir des années 50, la désindustrialisation et les grands programmes d'urbanismes marquent de profondes mutations dans ce paysage citadin par excellence. Le parc Georges Brassens est l'un des poumons du XVème, superbe espace vert d'agrément s'étendant sur 8,7 hectares développés sur des terrains en dénivelé où se trouvaient, de 1894 à 1978, les anciens abattoirs de Vaugirard. Une petite visite et un peu de recherche s'imposaient.







Dès le début du XVIIème siècle, de nombreuses congrégations religieuses s'installent autour du hameau de Vaugirard développant une activité viticole de bon aloi. Au XVIIIème siècle, sur le terrain de l'actuel parc Georges Brassens se déploient les vignobles de Périchot. Tout autour la plaine fertile et moulins à vent offrent un spectacle champêtre. Au début du XIXème siècles les vignes cèdent la place à des cultures maraîchères mais peu à peu l'industrialisation de Vaugirard fait reculer l'agriculture et en 1860, lors de l'annexion à la ville de Paris, la commune n'a plus grand chose de rurale.

Commandités en 1894 par la Ville de Paris pour remplacer les abattoirs de Grenelle situés rue Pérignon, avenue de Suffren, avenue et place de Breteuil, les abattoirs de Vaugirard sont achevés en 1898 date à laquelle ils sont inaugurés par le président Félix Faure. L'architecte Ernest Moreau, en charge du projet, s'inspire des réalisations de Janvier et Baltard à la Villette tout en apportant aux aménagements des améliorations sur le plan de l'hygiène. Six bâtiments sont répartis autour d'une vaste cour. Le plus grand ensemble dont l'entrée se trouve rue des Morillons s'étend sur 23 552 m2 comprend cour d'étables, bouveries, bergeries avec greniers à fourrage approvisionnés par le chemin de fer de la Petite Ceinture dont les voies longent la face sud des abattoirs tandis que du côté de la rue Briançon se trouve la halle aux chevaux et du côté rue Dantzig l'abattoir dont la viande est destinée à la charcuterie. Vers la rue de Castagnary, les ateliers boucherie-charcuterie prennent le relai pour la transformation. Chaque jour, les animaux qui descendent des trains sont menés à pied dans la rue. 110 000 bœufs, 70 000 veaux, 500 000 moutons, 80 000 porcs y sont abattus chaque année.






La désindustrialisation de la ville progressant, les premiers pavillons closent leurs portes à partir de 1974 et la fermeture définitive des abattoirs de Vaugirard est consommée en 1978. Au début des années 80 les lieux sont restructurés et entièrement repensés par les architectes Jean-Michel Millieux et Alexandre Ghuilamila ainsi que le paysagiste Daniel Collin. Le parc est inauguré en 1985 et porte le nom de l'auteur-compositeur Georges Brassens amoureux du XVème arrondissement qui vécut, à deux pas, impasse Florimont et villa Santos-Dumont. Les anciens bâtiments sont démolis à l'exception de quelques vestiges pittoresques. Au centre du parc, le beffroi de la halle à la criée surplombe aujourd'hui un bassin autour duquel jouent les enfants du quartier. Les deux pavillons de la rue des Morillons accueillaient lorsque les abattoirs étaient encore en activité le concierge, le surveillant général et les services d'octroi au rez-de-chaussée, les syndicats de la Boucherie et de la Charcuterie ainsi que les logements de certains employés aux étages.







Le portail au deux taureaux, oeuvre du sculpteur Isidore Bonheur, frère de Rosa est l'une des réminiscences du passé boucher des lieux. Le modèle de ces puissants bovidés a été présenté à l'Exposition Universelle de 1865. Commandée à la fonderie du Val d'Osne en 1897 à la demande de la Ville de Paris pour les abattoirs de Vaugirard, cette paire de taureaux est souvent confondue avec le bœuf d'Auguste Cain dont un exemplaire se trouve à Nîmes sous le nom de Simbeu. A l'angle des rues Briançon et des Morillons, un second portail décoratif, élément de l'ancien marché aux chevaux annonce les deux halles préservées où chaque dimanche se tient de 9h à 18h un grand marché du livre ancien et d'occasion très réputé. Au centre, une sculpture d'Albert Bouquillon, Le porteur de viande, rappelle aux chineurs le destin des lieux.

Au centre du parc, le théâtre Silvia Monfort dresse sa singulière structure enrubannée dans des bardages spiralés d'acier rouge et gris. Inaugurée en janvier 1982, cette pyramide hexagonale est l'oeuvre de l'architecte Claude Parent. Elle a remplacé le chapiteau provisoire de la troupe qui se trouvait à cet emplacement. Lieu pluridisciplinaire, on y pratique la danse, le théâtre, le cirque dans un amphithéâtre de 415 places.








Dans le parc, un mur d'escalade destiné aux enfants a été constitué de pierres provenant des anciens pavillons. A côté de celui-ci se trouve une sculpture d'âne attelé à une charrette qui plait beaucoup aux gamins. Elle est signée par François-Xavier Lalanne. Théâtre de marionnette et promenades à poney raviront les plus petits. A gauche de l'entrée rue des Morillons, le "jardin des senteurs", un jardin pédagogique, recense plus de quatre-vingt variétés de plantes aromatiques et médicinales. A proximité, quelques ruches produisent un le miel parfumé vendu une fois par mois sur place. Un peu plus loin, la roseraie joue ses plus belles gammes dès le printemps.








Passé un petit pont sur un ruisseau vagabond, tout en haut de la colline, se trouve l'une de ces vignes parisiennes improbables et charmantes. Plantée en 1983 en hommage au passé viticole du terrain, le vignoble de 1200 m2 est composé de 720 pieds, essentiellement Pinot noir, qui produisent entre 200 et 600 kg de raisin par an. La vinification ainsi que la mise en bouteille du Clos des Morillons se déroule dans les sous-sols de l'ancienne mairie de Grenelle située place du Commerce. Chaque année, les bouteilles s'acquièrent aux enchères et les bénéfices sont versés au profit des œuvres sociales de l'arrondissement.

Si le parc est particulièrement agréable, je n'ai pas pu m'empêcher avec mon esprit tordu de songer très fort lors de mes recherches à ce que Stephen King, auteur, au hasard, de Simetierre, aurait pu faire d'une histoire aussi singulière. 

Parc Georges Brassens
Entrée principale 36 bis rue des Morillons - Paris 15

Bibliographie
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Edition 1996 - Parigramme
Guide du promeneur 15è arrondissement - Florence Claval - Parigramme
Le guide du patrimoine - Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette

Sites référents


Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

Share this

Related Post