samedi 13 décembre 2014

Expo : Rétrospective Jeff Koons - Centre Georges Pompidou - Paris 4



Chantre de la provocation et du kitsch, maître incontesté des salles de vente où ses créations atteignent des sommes colossales, Jeff Koons, artiste polémique s’il en est, brouille les frontières entre la culture populaire et les beaux arts. Reprenant à son compte, les codes de la société de consommation, il satisfait les désirs d’une époque avide d’images faciles, trace à travers ses sculptures monumentales, régressives, œuvres lisses aux couleurs acidulées, un paysage mental de l’Occident où l’apparence a pris le pas sur la profondeur. Cet ancien trader de Wall Street qui assume sa quête de gloire par l’art, pur produit de la société américaine en harmonie avec son temps, s’installe au Centre Pompidou jusqu’au 27 avril 2015 pour une rétrospective sur ses trente-cinq ans de carrière. Après le Whitney Museum de Londres et avant le Guggenheim de Bilbao, c’est donc le monde de l’art parisien qui adoube, aujourd’hui, le trublion néo-pop.









Marcel Duchamp disait que "Le grand ennemi de l’art, c’est le bon goût." Jeff Koons a pris cet aphorisme au pied de la lettre. Appareils électroménager sur néons, chatons mignons, céramiques meringuées, fleurs gonflables, jouets reproduits à grande échelle, statuaire classique comme piédestal pour les boules miroitantes de la série Gazing Balls, images pornographiques sont autant de reflets d’un monde construit par nos appétits d’avoir. A travers la centaine de sculptures et peintures présentées au Centre Pompidou, objets prosaïques fétichisés devenus œuvres d’art, le visiteur découvrir une œuvre cohérente, traversée de ligne de force devenues évidentes grâce à la scénographie glacée de la rétrospective qui permet à un certain point d’englober d’un tour de tête l’évolution complète de l’artiste. 








L’œil violenté par la brutalité du banal porté aux nues se trouble devant les emblèmes de notre société, étendards symptomatiques de la surconsommation, la surmédiatisation. Irrévérence, impertinence, clinquant, Jeff Koons capte avec esprit le flux des désirs matériels de nos sociétés, manipule avec aisance les concepts produisant en série comme Wahrol à La Factory. Son studio de Manhattan où 130 personnes travaillent sous ses ordres dans une activité industrieuse prolifique, est une immense fabrique de standards.








Immédiateté, accessibilité, synchronicité avec son époque marquée par une absence de dialectique, l’œuvre de Jeff Koons, entre pouvoir de fascination et répulsion, captive par l’évidence de la démarche sans aucune ironie et l’outrance assumée. Comme une plaisanterie de mauvais goût qui nous ramènerait à nos penchants les plus troubles. Roi de l’artketing, le marketing appliqué à l’art, il a choisi comme stratégie de plaire au plus grand nombre, privilégiant l’art spectacle, l’art ornemental à la réflexion. Petite anecdote qui m’a marquée lors de mes recherches sur le personnage. Jeff Koons est un collectionneur d’art averti. Il collectionne notamment les œuvres de Gustave Courbet et de Jean-Baptiste Corot. Il vend donc ses Balloon Dogs pour acheter des Courbet. Je vous laisse le mot de la fin.

Rétrospective Jeff Koons - jusqu’au 27 avril 2015
Centre Georges Pompidou
Place Georges-Pompidou - Paris 4
Horaires : Tous les jours sauf le mardi de 11h à 21h

2 commentaires :

Vive la rose et le lilas a dit…

J'adore ta conclusion... Qui aussi est la mienne depuis fort longtemps. Etre en accord avec soi-même c'est important ;)

Caroline a dit…

Jeff Koons prétend à travers son oeuvre faire du beau et du désirable. Sauf qu'à côté, dans sa sphère privée, le beau et le désirable, pour lui, c'est Gustave Courbet. Il se fout donc de nous, non ? Menteur, menteur !

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