lundi 25 novembre 2013

Lundi Librairie : Syngué Sabor, Pierre de patience d'Atiq Rahimi



La pierre de patience est une pierre magique mythique à laquelle les hommes confient leurs peurs, leurs frustrations, leurs souffrances pour qu’elle les absorbe et les en libère.

« La pierre t’écoute, éponge tes mots, tes secrets jusqu’à ce qu’un beau jour elle éclate […] Et ce jour là, tu es délivré de toutes tes souffrances, toutes tes pensées ».

Dans une chambre « quelque part en Afghanistan ou ailleurs », une femme veille son mari combattant blessé plongé dans le coma. Un décor vétuste, reflet du délabrement d’un pays en conflit. Au loin parviennent les bruits du monde extérieur, de la guerre, le chaos et le quotidien d’une population en déroute.

Au chevet de son époux, la femme prie et son murmure s’amplifie en un cri intime qu’elle ne peut plus réprimer. Elle se dévoile, se révèle à elle-même dans un long monologue, confession d’un être que la société a voué au silence. Elle retrace sa vie avec et sans cet homme auquel sa famille l’a marié contre son gré, récit de ses désillusions, souvenir de sa sœur vendue à un vieillard, la réclusion chez sa belle-famille, son incompréhension des luttes fratricides qui détruisent son pays. Tour à tour accusatrice, impudique, révoltée jusqu’à la violence et aimante malgré tout, elle raconte sa solitude, ses frustrations. Elle est la voix libérée de celles qui sont opprimées, au delà des interdits, défi aux tabous d’une société liberticide.

Atiq Rahimi a dédié son roman à Nadia Anjuman poétesse de 25 ans assassinée par son mari parce qu’elle écrivait. Il s’agit de son quatrième livre, rédigé en français sa langue d’adoption et non en persan comme les précédents. L’auteur puise dans ce décalage une puissante liberté d’expression qui soulève le voile de pudeur qui couvrait les mots de son verbe maternel. Egalement réalisateur, (Terre et cendres, présenté en 2004 à Cannes dans Un Certain Regard), l’influence du cinéma se fait sentir dans l’écriture, épurée, chronométrée, plans séquence et fondu des chapitres.  

Les mots lancinants sont un hymne incantatoire où se mêlent craintes, souffrances, humiliations.  Un cri de révolte contre les mensonges et la tradition. L’auteur réinvente la douleur des femmes prisonnières de l’ombre et leur offre une voix, une mémoire. Malgré le sujet poignant et la puissance de la révélation, j’ai eu du mal à ressentir de l’empathie pour ce destin tragique. Syngué Sabour est un court roman aux fortes intentions politiques mais qui passe à côté de l’émotion en versant dans un certain pathos qui me laisse froide.

Syngué Sabour, pierre de patience  d’Atiq Rahimi - Edition P.O.L - Collection de poche Folio - Prix Goncourt 2008

2 commentaires :

AuroreInParis a dit…

J'ai beaucoup aimé le film tiré du livre. Mais une fois que j'ai pris connaissance d'une histoire par un support donné, je n'ai pas trop envie de le voir sous une autre forme. Mais je suis quand même persuadée que le livre doit être encore plus beau que le film !

Caroline a dit…

Il faudra que je visionne le film alors. Tu m'as donné envie.

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