Ailleurs : Maison de Chateaubriand, domaine départemental de la Vallée aux Loups, une maison d'écrivain à Châtenay-Malabry

 

La Maison de Chateaubriand domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, propriété de l'homme de lettres de 1807 à 1817, évoque le parcours littéraire et politique de François-René de Chateaubriand (1768-1848). Patrimoine culturel et naturel, elle témoigne également de sa sensibilité à la nature, aux paysages. François-René de Chateaubriand développe un attachement profond à ce domaine, en particulier le parc dont il plante lui-même les arbres, évoqués dans son œuvre comme des membres de sa famille. Il leur donne même des noms. Lieu de création, il y rédige "Les Martyrs" publié en 1809, "Les aventures du dernier Abencérage" en écrit en 1807, publié en 1817, "Itinéraire de Paris à Jérusalem" publié en 1811, "Moïse" en 1811, "De Buonaparte et des Bourbons" en 1814, "De la monarchie selon la charte" en 1816, et débute l'écriture de "Mémoire de ma vie" qui deviendra "Mémoire d'Outre-tombe".

Acquis par le département des Hauts-de-Seine en 1967, maison et parc, vaste de quatorze hectares, planté de la main du grand homme, sont classés aux Monuments historiques par arrêté du 24 janvier 1978. À la suite d'une vaste campagne de réhabilitation, la propriété ouvre au public en 1987. La maison reconstitue l'atmosphère de ce fut la résidence de Chateaubriand et joue sur la puissance d'évocation d'une capsule temporelle. Il ne s'agit néanmoins pas du mobilier de l'écrivain mais d'un ensemble réuni dans le goût du XIXe siècle et inspiré par l'inventaire dressé par Maître Denis en 1818 lors de la vente de la propriété. Le site est labellisé Maison des Illustres en 2011. 







La Maison de Chateaubriand, domaine départemental de la Vallée-aux-Loups, dont le dernier loup a été abattu en 1870, accueille 90 000 visiteurs par an. La riche programmation de cette institution, expositions, conférences, ateliers, rencontres et visites thématiques fait vivre la maison et son parc. Deux prix littéraires y sont remis chaque année, le prix Chateaubriand créé en 1987, le prix Chateaubriand des collégiens des Hauts-de-Seine en 2021. 

Sous la direction d'Anne Sudre depuis 2022, l'institution de référence s'attache à la conservation, l'étude, la valorisation et la diffusion des écrits chateaubrianesques. La bibliothèque de recherche, consacrée à Chateaubriand, son œuvre et le XIXe siècle romantique, comptent 13 500 volumes. La collection de 1700 manuscrits autographes, dont 400 de la main de Chateaubriand, est le troisième fonds le plus important après celui de la BNF et de Fondation Martin Bodmer en Suisse. 

Aujourd'hui, la maison se compose de trois ailes. Chateaubriand n'a connu que la maison Aclocque, au centre, édifiée en 1783 pour André-Arnoult Aclocque (1748-1802), brasseur du Faubourg Saint Antoine et commandant-général de la Garde nationale parisienne. En façade, il fait ajouter un péristyle néo-classique, au fronton triangulaire, des colonnes et des cariatides, et des fenêtres gothiques de style troubadour. "Je fis quelques additions à ma chaumière, j’embellis sa muraille de briques d’un portique soutenu par deux colonnes de marbre blanc : je me souvenais d’avoir passé par Athènes. Mon projet était d’ajouter une tour ; en attendant, je simulais des créneaux sur le mur qui me séparait du chemin ; je précédais ainsi la manie du Moyen-Âge qui nous hébète aujourd’hui". Autre addition, l'escalier à double volée, conçu "pour y mettre des fleurs", pourrait avoir été emprunté à un bateau anglais, démâté dans la rade de Saint-Malo. 

De nos jours, la visite intervertit salle à manger et grand salon. À l'étage, la chambre dite de Chateaubriand est en réalité l'ancien petit salon de Céleste de Chateaubriand. Aménagé en chambre d'écrivain, l'espace s'inspire des descriptions connues de la véritable chambre de François-René. La pièce voisine est dite chambre de Juliette Récamier (1777-1849) est l'ancienne chambre de Céleste de Chateaubriand. Amie de Mathieu de Montmorency-Laval, propriétaire du domaine à partir de 1818, la salonnière séjourne à de nombreuses reprises, jusqu'en 1826, dans cette maison. 







L'histoire de Chateaubriand et de sa propriété de la Vallée-aux-Loups débute à son retour d'Orient. Dans un article publié dans les pages du "Mercure", en 1807, il affirme publiquement son opposition à Napoléon, "Le Tyran déifié". Victime de la censure impériale, François-René de Chateaubriand est contraint de quitter Paris et de s'en éloigner à "au moins deux lieues". Il trouve refuge dans la Vallée-aux-Loups, près d'un village devenu aujourd'hui Châtenay-Malabry. Il tombe sous le charme d'un domaine de quinze arpents - sept hectares - acheté pour la somme de 3000 francs, "produit de ses rêves et de ses veilles", une grande partie de ses droits d'auteur sur "Atala" et "Le Génie du christianisme".

Chateaubriand évoque la propriété dans les "Mémoires d'Outre-tombe" : "Il y a quatre ans qu’à mon retour de la Terre Sainte j’achetai, près du hameau d’Haulnay, dans le voisinage de Sceaux et de Chatenay, une maison de jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux descendant de cette maison, n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances". Bientôt rejoint par son épouse, Céleste de Chateaubriand (1774-1847), Chateaubriand aménage lui-même la maison et le parc, son ermitage romantique, où "Tout [...] est mouvement et murmure."







L'homme de lettres, devient botaniste, paysagiste. Il transforme le verger originel en un parc propice à la méditation, à la contemplation et à la création. Il y plante des essences rares, des spécimens exotiques importés comme autant de souvenirs de ses voyages, chênes d’Armorique, cyprès chauves d’Amérique, platanes de Grèce, cèdres du Liban, pins de Jérusalem. L’Impératrice Joséphine, férue de botanique, offre à l'écrivain plusieurs arbustes parmi lesquels un rare spécimen de magnolia à fleurs pourpres, l'un des deux seuls en France avec celui de Malmaison. Chateaubriand confie son attachement particulier à ce parc façonné de ses propres mains. "Ces arbres naquirent et crûrent avec mes rêveries ; elles en étaient les hamadryades. [...] Je m'étais attaché à mes arbres ; je leur avais adressé des élégies, des sonnets et des odes : il n'y a pas un seul d'entre eux que je n'aie soigné de mes propres mains [...]. Je les regardais comme mes enfants ; je savais leur âge, et je ne perdais pas de vue un moment les progrès qu'ils faisaient. Je m'étais flatté de mourir au milieu d'eux."

C'est encore avec une grande émotion que Chateaubriand évoque ses arbres lorsqu'il quitte sa maison en 1817. "Il le faut abandonner tout rempli des beaux adolescents qui déjà dans leurs rangs pressés cachaient et couronnaient leur père. Je ne verrai plus le magnolia qui promettait sa rose à la tombe de ma Floridienne, le pin de Jérusalem et le cèdre du Liban consacrés à la mémoire de Jérôme, le laurier de Grenade, le platane de la Grèce, le chêne de l’Armorique, au pied desquels je peignis Blanca, chantai Cymodocée, inventai Velléda". 







Au fond du jardin, Chateaubriand fait aménager la Tour Velléda, un bureau au milieu des bois. Velléda figure mythologique celte ou germanique, prophétesse, inspire l'héroïne de son roman "Martyrs". La druidesse de l'Île de Sein, emprunte également beaucoup à Natalie de Noailles (1774-1835), muse et maîtresse, de François-René de Chateaubriand, qui la surnomme "l'Enchanteresse". Ils se rencontrent en 1805 et rompent définitivement en janvier 1812.

Juliette Récamier et François-René de Chateaubriand font connaissance en 1803 chez Madame de Staël. Ils se rapprochent à partir de 1817. Leur liaison, relation amoureuse et intellectuelle, débute en 1818 et ne prend fin qu'au décès de Chateaubriand en 1848. 

Malgré le retour des Bourbons et la Restauration (1814-1830), Chateaubriand fait face à d'importants soucis financiers. Il se sépare de sa précieuse bibliothèque en 1816. Toujours endetté, il est contraint de vendre la propriété de la Vallée-aux-Loups en 1818, à son ami Mathieu de Montmorency-Laval. "De toutes les choses qui me sont échappées, la seule que je regrette". 

Deux ailes supplémentaires viennent par la suite agrandir la maison. À droite, l'aile Montmorency, avec sa tourelle d'inspiration troubadour, est construite en 1818-1820, à l'emplacement d'un ancien appentis où Chateaubriand conservait ses outillages. À gauche, se situe le pavillon La Rochefoucauld, édifié entre 1860-1865, aujourd'hui occupé par l'accueil du musée, la boutique et la bibliothèque.

En 1914, le docteur Henri Le Savoureux achète la propriété où il établit une maison de santé. En admirateur de l'homme de lettres, soutenu dans son entreprise par son épouse Lydia Plekhnanov, il réunit régulièrement un cercle d'artistes et d'écrivains pour entretenir la mémoire du lieu. 

En 1986, le département des Hauts-de-Seine acquiert la propriété voisine, occupée par les pépinières Croux, où se trouve notamment un château du XVIIIe siècle. L'arboretum de la Vallée-aux-Loups, hommage à la passion botanique de l'écrivain, voit le jour sur les terrains annexés. Maison de Chateaubriand, parc et musée botanique forment désormais un domaine remarquable, vaste de soixante hectares.

Maison de Chateaubriand, domaine départemental de la Vallée-aux-Loups
87 rue Chateaubriand - 92290 Châtenay-Malabry
Horaires : Ouvert tous les jours sauf le lundi - À partir du dernier dimanche d'octobre jusqu'à février : 13h – 16h30 / Mars et octobre : 13h – 18h / Avril à septembre : 13h – 18h30 / Week-end : 10h – 12h et l’après-midi selon les horaires ci-dessus / 
Dernière entrée : 45 mn avant l’heure de fermeture
Fermeture annuelle : du 25 décembre au 1er janvier, le 1er mai
Accès transports en commun
Ligne B, station Robinson (terminus), puis prendre l'itinéraire piétonnier fléché (environ 20-25 minutes à pied)
Ligne B, station La croix de Berny, puis prendre le T10 jusqu'à la station Théâtre La Piscine. 
Bus ligne 194 (Châtenay-Malabry – Lycée Polyvalent / Porte d’Orléans), arrêt Marc Sangnier
Bus ligne 294 (Igny RER / Châtillon-Montrouge), arrêt Marc Sangnier



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.