Théâtre : Le Poisson-Scorpion, d'après Nicolas Bouvier - MES Catherine Schaub - Sur une idée originale de et avec Samuel Labarthe - Théâtre de Poche Montparnasse - Jusqu'au 3 janvier 2027

Crédit Sébastien Toubon 


En 1955, en route vers le Japon, Nicolas Bouvier (1929-1998), l'écrivain-voyageur, fait escale à Ceylan. Foudroyé par la maladie, le paludisme, la jaunisse, il se retrouve rapidement sans ressources, reclus dans une chambre vétuste, envahies de blattes et de termites. Écroulé sur son grabat dans la solitude la plus désespérante, il tente de surmonter cette épreuve. Face à lui-même, torturé par la fièvre, il sent sa raison vacillée en proie aux hallucinations fébriles, visions de cauchemar et détresse psychologique extrême. 


À la suite du succès rencontré par l'adaptation de "L'Usage du monde" (1963), texte le plus connu de Nicolas Bouvier, le comédien Samuel Labarthe reprend la route en compagnie de l'écrivain-voyageur. Il interprète "Le Poisson-scorpion" (1982), récit d'une escale forcée de neuf mois à Ceylan, l'ancienne colonie britannique, république du Sri Lanka depuis 1972.

Anne Rotenberg, Gérald Stehr et Samuel Labarthe signent une adaptation pour un seul en scène fidèle à l'esprit de l'œuvre originelle, publiée par Nicolas Bouvier en 1982, vingt-cinq ans après l'échappée de cet enfer. Le spectacle fait entendre la poésie d'une langue, les bizarreries engendrées par le choc émotionnel, la décomposition physique de son être qui entraîne le lent délitement mental de l'auteur. Dans la touffeur d'un huis clos asphyxiant, climat hostile et faune envahissante, le voyageur s'enlise dans ses angoisses, fragilisé par ses souffrances physiques. L'île prend les aspects d'un enfer tropical, un piège insulaire claustrophobe. L'autodérision, humour salvateur, devient seul instrument de survie à cette expérience pénible.

Sur les planches du Poche Montparnasse, la scénographie épurée de James Brandily repose sur un minimalisme évocateur où lumières de César Godefroy et univers sonore d'Aldo Gilbert convoquent des lointains hostiles. La précision de la mise en scène de Catherine Schaub accompagne Samuel Labarthe dans une interprétation sensible des états de conscience altérés. L'arpenteur du monde contraint au retrait de la société des hommes, arraché aux chemins de la liberté, souffre de sa claustration dans l'angoisse et l'impuissance. Samuel Labarthe fait résonner l'inquiétude, les mots et les silences, incarne en pleine intelligence du texte, les tensions, le souffle. Attentif à la musicalité, la dimension littéraire de l'œuvre, il redonne chair à ce voyageur en pleine désagrégation, incarne son agitation et son sentiment d'épuisement, ses illuminations. Un très beau spectacle.

Le Poisson-Scorpion
Jusqu’au 3 janvier 2027
Du mardi au samedi à 19h00 - Le dimanche à 15h00

Texte Nicolas Bouvier
Mise en scène Catherine Schaub
Sur une idée originale de et avec Samuel Labarthe
Adaptation Anne Rotenberg, Gérald Stehr et Samuel Labarthe
Scénographie James Brandily
Lumières César Godefroy
Univers sonore Aldo Gilbert
Vidéo Mathias Delfau
Régie générale en tournée Fouad Souaker
Régie lumière en tournée Alexandre Milcent
Régie vidéo en tournée Zita Cochet
Production Agnès Harel
Diffusion Marie Barbet-Cymbler

Équipe technique du Théâtre de Carouge
Régie générale en répétition William Fournier
Régie son, lumière et vidéo Gautier Janin et Adrien Grandjean en alternance
Couture Cécile Vercaemer-Ingles
Entretien des costumes Anne-Laure Futin
Construction Grégoire de Saint Sauveur et Chingo Bensong
Montage Emma Dupanloup (stagiaire techniscéniste), Noé Stehlé, Ferat Ukshini
Et toute l’équipe du Théâtre de Carouge

Coproductions 42 Production, Théâtre de Carouge
Diffusion 42-production.com
Remerciements à la Bibliothèque de Genève et à Madame Barbara Prout pour les documents et archives sonores, aux ayants droits de Nicolas Bouvier, Messieurs Thomas et Manuel Bouvier

Théâtre de Poche Montparnasse
75 boulevard du Montparnasse - Paris 6
Tél location : 01 45 44 50 21



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.