Paris : Tour Clovis, dernier vestige de l'église abbatiale Sainte Geneviève, ancien clocher-tour gothique dans l'enceinte du Lycée Henri IV - Ve arr

 

La Tour Clovis, vestige de l'ancienne église abbatiale Sainte Geneviève, dresse sa silhouette familière au coeur du Quartier Latin dans le Ve arrondissement. Clocher réformé de l'ancienne église abbatiale démolie au XIXe siècle, elle s'élève au Nord-Est de la cour d'honneur du lycée Henri IV. L'établissement scolaire se niche au sein des anciens bâtiments conventuels de l'abbaye Sainte Geneviève, édifiés au XIIIe et au XVIIe siècle, ainsi que ceux des services administratifs du XIXe siècle. L'ancien cloître du monastère, reconstruit au XVIIIe siècle, constitue désormais la cour d'honneur de l'établissement. Base romane du XIe et XIIe siècles, premier et second étage de style ogival du XIVe et XVe siècles, la Tour Clovis est couronnée par une balustrade gothique flamboyant dotée de gouttières caractéristiques. Un escalier remarquable accède au sommet. Là, les physiciens André-Marie Ampère (1775-1836) puis François Arago (1786–1853) mènent des expériences sur la pression atmosphérique. 






Au printemps 507, la bataille de Vouillé oppose l'armée des Wisigoths et des Auvergnats au Sud, à celle des Francs (vers 466-511) positionnés au Nord. Les troupes de Clovis remportent une victoire qui augure des frontières du futur royaume de France sur la ligne des Pyrénées. L'empereur de Byzance Anastase (vers 430-518) délivre des lettres de patrice et de consul au roi des Francs. En 508, le Clovis déplace sa capitale de Tournaco vers Lutetia Parisiorum. Il installe sa résidence au sein de l'ancien palais des Thermes des Césars romains. Afin d'entériner le statut de la ville et manifester l'attachement à la foi chrétienne, la reine Clotilde et Geneviève de Paris (vers 420-entre 502 et 512) suggèrent la fondation d'une grande abbaye au sommet du mont Lucotitius, le monastère des Saints Apôtres.

L'église abbatiale est achevée après le décès de Clovis en 511. Elle accueille la sépulture du souverain fondateur ainsi que le tombeau de sainte Geneviève (419- vers 502/512), inhumée dans la crypte. La basilique achevée, dédicacée aux "Saints Apôtres Pierre et Paul", l'évêque de Reims, futur saint Rémi (vers 437-533) la consacre le 24 décembre 520. 

Au IXe siècle, les raids normands, en 856-857 et 861, menacent les lieux de culte chrétiens de la Capitale. Les reliques de sainte Geneviève sont déplacées en sécurité à chaque nouvelle alerte. Progressivement, entre le IXe et le Xe siècle, la tradition la considère comme la patronne de Paris. Vers 1080, la base du clocher de l'église abbatiale ainsi que le premier étage sont financés par le préchantre Thibaud. 






Au tournant du XIIe siècle, l'abbaye adopte le double vocable et ajoute celui de Sainte Geneviève à celui des Saints Apôtres. Ce dernier disparaît au début du XIIIe siècle. Ruinée par les invasions barbares, l'église abbatiale fait l'objet d'une reconstruction à l'initiative d'Etienne de Tournai (1128-1203), chanoine régulier de Saint-Victor, homme de lettres, juriste et abbé de Sainte-Geneviève dans le dernier tiers du XIIe siècle. La tour clocher prend sa forme finale lors de cette campagne. L'abbaye Sainte Geneviève, "abbaye exempte", indépendante des agents royaux, l'est également de l'évêché. Pierre Abélard (1079-1142), promoteur les études aristotéliciennes, fonde en 1110 au sein du monastère de Sainte Geneviève, le premier collège qui préfigure l'Université de Paris et échappe à l'autorité épiscopale.

En 1718, le duc d'Orléans, frère du roi, dont la résidence est voisine de l'abbaye, offre l'horloge de la tour au monastère. La Révolution de 1790 dissout les communautés religieuses et supprime l'abbaye Sainte Geneviève. Les bâtiments sont dévolus à un nouveau lycée, successivement l'école centrale du Panthéon, le lycée Napoléon, le lycée Corneille puis finalement le lycée Henri IV à partir de 1873. 

À l'occasion du percement de la rue Clovis, entre 1807 et 1809, l'ancienne abbatiale, vétuste, est rasée à partir de 1801. De cette église, seul demeure le clocher. Désigné, aujourd'hui, sous le nom de Tour Clovis, il se trouve dans l'enceinte du lycée Henri IV 

Tour Clovis 
Se visite uniquement à l'occasion des Journées du Patrimoine

Lycée Henri IV
23 rue Clovis - Paris 5



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.

Bibliographie
Connaissance du Vieux Paris - Jacques Hillairet - Rivages
Le guide du promeneur 5è arrondissement - Bertrand Dreyfuss - Parigramme
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette